SCÈNE VI MOMUS, LA MORALE
LA MORALE
C'est bien à Momus que j'ai l'honneur de parler?
HOHUS.
A lui-même. Vous ne me reconnaissez pas dans ce nouvel habillement?
LA MORALE
Je ne vous avais jamais vu représenté dans un si bizarre équipage. Où sont vos grelols? où est vo\re marotte? en un mot, tous vo£ attributs oïdinaires?
MO MUS
En est-il de particuliers pour Momus? Toutes sortes d'attributs ne me conviennent-ils pas, depuis la foudre de Jupiter jusqu'aux tenailles de Vulcain?
LA MORALE
II est vrai que votre esprit de vertige anime tous les états de la vie.
MOMUS
Vous ne voyez rien sur moi qui n'annonce quelques-unes de mes fonctions principales. Avec l'épée, je tue; avec la plume, je ruine; (prcnai.t son petit coiiei) avec ceci, je subjugue les belles; (pieuaDt sa calotte) avcc cela, je coiffe tout le monde.
LA MORALE
Mais que veut dire cet air martial que je vois répandu sur vous et qui prime un peu sur tout le reste ? cet habit, ce plumet, cette épée, ce baudrier...
MOMUS
Est-ce que ma plus belle qualité n'est pas celle de colonel du fameux régiment de la calotte '?
1 . Le marquis d'Argenson s'exprime ainsi, à propos de la sayante société de rEntresol dont il faisait partie et sur laquelle il courait mille sots commérages: ■ Je ne me levais jamais le matin que je ne me disse : a Aujourd'hui paraîtra quelque brevet de calotte contre nous. » [Journal et Mémoires du marquis d'Argenson (10 décembre 1731.) Et le savant éditeur, M. Rathery, nous apprend dans une note (tome I, page 101) que < vers la fin du règne de Louis XIV, on imagina un Régiment de la calotte, dont on envoyait des brevets à ceux qu'on supposait avoir la tète légère. Cette plaisanterie qui avait pris naissance parmi les gardes du corps, dans les antichambres de Ver-