‹ Œuvres choisis avec une analyse de son théâtre et des notesChapitre 192 sur 221 · AU MEME · texte numérisé non relu

AU MEME

LA QUEN0Uij1.LE unique ET MERVEILLEUSE

Quand le pauvre Binbin mourut

(Car, puisqu'il faut bientôt qu'il meure,

Autant vaut dire cela fut,

Que cela sera tout à l'heure).

Quand donc j'eus vu le sombre bord.

Tout en descendant de la barque.

Mon premier soin, ce fut d'abord

D'aller remercier la Parque

De m' avoir coupé le filet

D'une vie obscure et chagrine

Pour faire en un cabriolet.

Nommé bière en son origine

D'une célérité divine.

Rouler mon vieil esprit follet

Sur les remDartî de Proserpinf !

4f,4 ÉPITRES

En curieux et franc Binbin, J'avais bien aussi quelque hâte De voir en face, un jour, entin, Ces trois servantes du destin, Bien pires que celle à Pilate, Dont j'avais, à tort, à travers, En véritable enfant qu'on gâte.

Médit tant de fois dans mes vers.

Mais parlons une fois sans rire.

Disons la pure vérité :

J'avais au trio redouté Quelque petite chose à dire, Au sujet d'un mortel chéri Dont la douce et riante image Me suit par delà le rivage Du triste fleuve de l'oubli.

Dieu sait, dès qu'elles m'aperçurent, Dans quelle surprise elles furent De voir, pour la première fois, .

Une ombre qui riait sous cape En lieux où pleurent le bourgeois.

Le noble, le prince et le pape.

« \ive la mort ! vive Esculape !

S'écria la vieille des trois.

Au ciseau de qui rien n'échappe ; Voici celui gui ne fut rien,

ÈPITRES 465

Pas même académicien, Pour avoir fuit l'Ode à Friape.

Nous lui devons un compliment Pour une strophe de cette ode, Où le gaillard, effrontément.

Nous en faisait un à sa mode.

Faisons danser le médisant.

Il s'y vantait en téméraire, Aussi bien qu'en mauvais plaisant, Et s'y promettait de nous faire Ce qu'assurément il n'est guère En état de faire à présent.

— Or çà, l'ami, sortons d'affaire, Me dit-elle en s'humanisant.

Et prenant le ton débonnaire :

Nous vous tenons ; voyons un peu.

Avec un septuagénaire.

Si la parole vaut le jeu ! »

Je perdis un peu contenance.

Et rougissant de souvenance :

« Eh! mon Dieu! leur dis-je, laissons Les reproches et les leçons :

J'en eus là-haut ma suffisance.

Eh, quoi donc ! comme un Iroquois, Traité partout de Turc à More, Serai-je toujours, suis -je encore

Devant Monsieur de Mirepoix * ?

Non, non, je suis devant vous trois.

Et plus sage un peu qu'autrefois;

En mourant, on s'améliore.

Une petite potion

De votre excellent opium

En vaut bien une d'ellébore.

Laissons donc là le temps jadis .

Pour Dieu ! rayons de mon histoire

Un péché qu'à vingt ans je fis,

Et que trente ans, comme on peut croire,

Auraient effacé des esprits

Et fait oublier, sans les cris

D'un prélat d'heureuse mémoire,

Qui crut qu'il était de sa gloire

D'en rafraîchir le souvenir.

Et de rendre le fait notoire

A tous les siècles à venir.

Le saint homme, en grand capitaine,

M'excluant de la Quarantaine,

Me tuait de- honte et de faim :

Je n'avais plus fauteuU ni table ;

C'était fait du pauvre Binbin,

1. On sait que M. de Mirepoix, pour empêcher la nomination de Piron > l'Académie française, montra au roi la fameuse Ode ^iuin 1753).

Sans un seigneur plus équitable

Qui daigna me tendre une main.

Aux malheureux toujours propice.

De mon mal il fit ma santé.

Et mon repos, de mon supplice.

Ainsi, la douce humanité

Me retira du précipice ^

Qu'avait creusé la piété.

Dames, par curiosité.

Que dans vos magasins je fouille!

Et de l'Humain dont la bonté

Fit toute ma félicité.

Que je voie un peu la quenouille. »

« — Les aveugles sont curieux, Dit Lachésis la dégourdie.

Par qui toute trame est ourdie; Tiens, elle te crève \es yeux!

Lorgne et disparais : expédie; Un quinze-vingt, dans le grand tas, La distinguerait de cent pas.

Tant elle est grosse et rebondie. »

Ma lorgnette en l'air, en effet.

Je la vis, selon mon sonhait; C'est-à-dire dodue, et telle Que peut-être jamais si belle Pour Nestor, pour Mathusalem,

Pour un décuple Fontenelle, Jusqu'aujourd'hui, par le destin.

Ne fut mise encore à la main De Clotho la sempiternelle.

Cette quenouille est un morceau Incrusté de'nacre et d'ivoire; Une perle de très-belle eau.

Longuette et finissant en poire.

Tourne, vire et sert de fuseau.

Ompliale, beauté lydienne.

En fit présent au fils d'Alcmène, Quand chez elle il fut séjourner ; Et sur la rive stygienne, Allant de là se promener.

Ce héros, à la bohémienne.

Eut la sottise de donner Ce joyau qui ferait tourner La tête à monsieur de Jullienne *.

La quenouillée est d'un beau lin.

Plus blanc que la neige, et si fin, Qu'à l'œil il est imperceptible, Et qu'il lui serait impossible

1. Célèbre amateur de tableaux et d'objets d'art, qui possédait ui:e tiès riihe collection, dont oa a le catalogue (1767).

D'en distinguer le brin du brin.

Son volume aussi, comme on pense.

Éparpillé, serait immense, N'était qu'un ruban bleu turquin L'entoure en serpentant, le serre. Et, l'emmaillottant tout des mieux.

Fait qu'il ne paraît presque aux yeux Que de la grosseur ordinaire.

Patience, voici le beau.

C'est que certain petit bourreau.

Marmot n'aimant que le désordre, Garnement qu'on appelle Amour, La nuit s'amusant à détordre Le fil qu'on a tordu le jour, Aux ûleuses du noir séjour En donne sans cesse à retordre i Et la trame ainsi devenant Une toile de Pénélope, Du mortel chéri, maintenant, Qu'on tire l'heureux horoscope.

Vivez donc en pai:* et contents.

Beaux amis et belles amies.

Qui, pour lui, donneriez vos vies :

Vous le posséderez longtemps; Tandis que moi, dont la fusée

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A fait le tour du dévidoir.

Je vais, tout ce temps, sans le voir, Bien m'ennuyer dans l'Elysée, Tant beau puisse être le manoir.

BOOQDET

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