AU ROI DE PRUSSE
Favori brillant du destin.
Héros du Nord et du Parnasse, De l'aimable Cour de Berlin, L'Auguste à la fois et l'Horace; Roi, dont le nom de toutes parts Vole et revole sur les ailes De la Victoire et des Beaux- Arts j Roi, qu'un témoin, des plus fidèles.
Nous assure être flls de Mars Et de l'une des neuf Pucelles ' ; Titres pour être des amis
1. t Je m'avisai, par pure plaisaDtene, de faire cette Épître au roi de Prusse, 4 l'imitation de celle que lui venait d'écrire M. de Voltaira, qui commenc* i':nsi (ter novembre 1744) :
Dq Héros de la Germanie £t da plus bel es^prit des rois, Je n'ai reçn, depuis trois mais, Ni beaax vers ni prose jolie, etc. •
2. Dans cette Épitre , Voltaire appelle le roi de Prusse , • flls de Mars et de Calliope. >
,^n ÉPITRES
Et de Voltaire et de Louis;
Titres de noblesse amphibie
Pour être dignement assis
Au trône et dans l'Académie ;
Titres d'où naît la faculté,
Le beau talent, le don commode
De faire, avec facilité,
Une chanson comme un traité.
Une conquête comme une ode ;
Prince, enfin, terrible et charmant.
Dont, pour tout dire élégamment,
La main royale est occupée
A manier également
Le compas, la lyre et l'épée;
0 le plus bel esprit des rois!
Par quelle rigueur impolie
N'avoir écrit depuis trois mois
« Ni beaux vers ni prose jolie »
A ce roi de nos beaux esprits 1
Il peut le tenir à mépris :
Crois-moi, fais pour lui la folie
De laisser là tes beaux projets.
Tes alliés, tous tes sujets.
L'empereur et son adversaire * ;
Qu'ils aillent par delà les ponts !
1. Charles VII et la magnanime reine de Hongrie, Marie-Thérèse. Celait pendant la guerre de la Succession d'Autriche (1741-1748).
Voltaire te parle : réponds;
C'est là, c'est là ta grande affaire.
Sache, quand il a la bonté
De relancer Ta Majesté,
Qu'il te sied fort mal de te taire.
Est-ce donc tout que lui déplaire ?
Lui déplaire est le vrai danger
Pour qui veut vivre dans l'histoire ;
Sa vanité vaut bien ta gloire,
Et les deux sont à ménager.
Garde-toi de désobliger
Le divin auteur de Mérope :
Si tu l'oses, je ne sais pas
Ce que diront et tes soldats.
Tes peuples, l'empire et l'Europe.
Peut-être ne diront-ils mot :
Soit. Mais que diront Thîriot
Et les messieurs de chez Procope ?
Eh ! qui de ces messieurs, grand roi.
Offensé dans son capitaine.
Voudra jamais prendre la peine
De composer un vers pour toi ?
Reviens donc à résipiscence, Et romps au plus tôt le silence, Si d'abord du sien, puis du leur.
Tu ne veux subir la rigueur Dont tu sens trop la conséquence.
Mais encore un plus grand malheur A craindre, en cas d'impénitence :
C'est qu'en rêve, il est dangereux.
Ce Voltaire si doucereux!
En rêve, son audace éclate; En rêve, il cajola ta sœur * !
Prends garde que, dans sa fureur.
En rêve, un joiu, il ne te batte.
i . Allusion au beau Madrigal, si connu, de Voltaire :
A LA PBINCES8E TJLKIQUB DE PRUSSB
Souvent ud peu de vérité
Se mêle au plus grossier mensonge .
Cette nuit, dans l'erreur d'un songe,
An rang des rois j'étais monté.
Je vous aimais, Princesse, et j'osais tous le direl Las dieux à mon réveil ne m'ont pa> toot étô '
ic n'ai perdu qoB coa CEjin.