LE BERGER MALADROIT
Sur un tendre gazon, Célimène, étendue.
Laissait à ses pieds son amant.
Et l'écoutait nonchalamment Sans lui répondre un mot, sans en paraître émue.
« Tournez du moins vers moi la vue.
Lui disait-il lan^uissamment; Bergère, après avoir aimé si constamment,
Toute ma peine est donc perdue !
Où vîtes- vous plus de respect?
Où voyez- vous plus ili; tendresse?
Les aurai-je toujours, quand j'éprouve, à regret, Que l'un m'est inutile et que l'autre vous blesse?
Comment, de vous, se fait-on donc aimer? Oue dois-je!... » D'en plus dire il ne prit pas la peine,
Voyant les yeux de Célimène
S'appesantir et se fermer.
« Elle s'endort! ah! la cruelle!
Dit tout bas l'innocent berger.
Laissons-la donc en paix, et nous éloignons d'elle. Adieu ! repose, ingrate ! et je vais m'affliger
De ne pouvoir être infidèle. »
Dans la mélancolie aimant à se plonger, A ces mots il passa dans un lieu solitaire.
Pouvait-il pis ni mieux faire
S'il eût voulu se vencer?