A UNE DAME
Qui me demandait des vers, pour un envoi de manchettes qu'elle faisait à M. le -duc... L. T. M.
L'an passé fut l'an de bêtise :
Aujourd'hui l'esprit fait la loi :
C'est celte loi qui m'autorise A versifier cet envoi.
I/esprit, qui dans mon cœur pétille.
Fait feu des quatre pieds pour vous :
Je veux qu'à chaque mot il brille ; Saint Marivaux, priez pour nous!
Beau Thyrsis, voilà des manchettes Qu'Églé vous offre poliment Pour ombrager vos mains blanchettes.
C'est di'jà rimer joliment.
l. ■ L'année précédente, j avais fait pour elle un envoi en prose, qui avjii tic trouvé très-mauvais. Celui-ci ne devait g'ère paraître meilleur, i
538 POESIES DIVEKSKiS
Mais à peine, liélas I je m'adinii e.
Que je me sens liumilié; Reste à raisonner : eli I que dire Sur un sujet si délié?
Paix! je vais consulter l'Oracle », Auquel on court de tous côléi.
J'en reviens; écoutez ; miracle!
C'est lui qui m'inspire : écoutez.
Lucinde aime Charmant : Lucinde Au col une laisse lui met ; Mais moi, qui ne suis pas si dinde *, Je vous la veux mettre au poiymi.
J'enchaîne plus galamment quelle :
Sa laisse n'était qu'un rul an.
Et la mienne, de la dentelle :
beau duc, adonisez-vous-en.
Surtout, pour une bagatelle, Thyrsis, ne la chiffonnez pas ; Et soyez aussi jaloux d'elle Qu'un jeune abbé de ses rabats.
i. Pièce du jour de M. de Saint-Foii, qui eut un succès prodigieux (1740).
2. Lucinde dans cette pièce joue, à l'égard d'un jeune garçon, le rôle que jone le garçon de 'rère Pliilippe, à l'égard des jeunes filles qu'il croit des oies.
POESIES DIVEÎiS ES ;>3y
Sachez lui faire faire place ; Ne jetez pas uu iiiul au veut, Uue vous ue l'ayez avec grâce Bien retroussée aupaiavaut.
Item, quand vous voudrez écrire ; Item, quand vous prendrez au plat; Item, lorsque vous voudrez rire Et badiner avec un chat.
Mais souvenez-vous, en revanche, Qu'à la ruelle de nos lits.
C'est une autre paire de manche :
Oubliez-les près de Philis.
Les braves mignons de couchettes N'y sont pas si près regardants, Et ménagent peu leurs raanclicUes Avec qui veut perdre ses gants.
Ne les mettez qu'aux jours de fêtes :
C'est-à-dire, en langue d'amant, Qu'avec vos habits de conquêtes Et vos boutons de diamant.
Que le poignet elle vous ceigne ; Et qu'elle vous serve toujours De parure et jamais d'enseigne Le Ciel bénira vos amours.