ACTE I, SCÈNK VI J
Hl' mil patience !
M ON DO R
Oui, je vous flcmande excuse.
Il est vrai que... le zèle... a manqué de... respect; !\!ais le passé rendait Favenir très-suspect.
DAMIS
Cent écus, supposons. Plus ou moins, il n'importe. Çà, partageons les prix que dans peu je remporte.
MONDOR
Les prix?
DAMlS.
Oui ; de l'argent, de l'or, qu'en lieux divers La France distribue à qui lait mieux les vers. A Paris, à Rouen, à Toulouse, à Marseille, J'ai concouru partout; partout j'ai fait merveille...
MONDOR
Ah! si bien que Paris paiera donc le loyer; Rouen, le maître en droit; Toulouse, le barbier; Marseille, la lingère; et le diable, mes gages.
DAMlS.
Tu doutes qu'en tous lieux j'emporte les suffrages?
MONDOR
Non, ne doutons de rien; et, sur un fonds meilleur^ N'hypotliéquez-vous pas l'auberge et le tailleur?
DAMIS
Sans doute, et sur un fonds de la plus noble espèce.
Le Théâtre-Français donne aujourd'hui ma pièce. Le secret m'est gardé. Hors un acteur et toi, Personne au monde encor ne sait qu'elle est de moi. Ce soir même on la joue : en voici la nouvelle. Mon talent à l'Europe aujourd'hui se révèle. Vers l'immortalité je fais les premiers pas ; Cher amij que pour moi ce grand jour a d'appas! Autre espoir.,,
MOINDOR.
Chimérique.
Une fille adorable.
Rare, célèbre, unique, habile, incomparable...
MONDOR
De cette incomparable, après, qu'espérez-vous?
DAMlS.
Aujourd'hui triomphant, demain j'en suis l'époux; Demain... Où vas-tu donc, Mondor?
JIONDOR.
Chercher un maître.
DAMIS
Et pourquoi tout à coup suis-je indigne de l'être?
MONDOR
C'est que i'air est, monsieur, un fort sot aliment.
DAMIS
Qui te veut nourrir d'air? Es-tu fou?
MONDOR
Nullement.