SCÈNE PREMIÈRE BAL [VEAU, FRANCALEU
BALIVEAU
F/Iieureux tempérament! Ma joie en est extrême. Gai, vif, aimant à rire; enlin, toujours le même.
FRANCALEU.
C'est que je vous revois. Oui, mon cher Baliveau, Kmbrassons-nous encore, et que, tout de nouveau. De l'ancienne amitié ce témoignage éclate. La séparation n'est pas de fraîche date ; Convenez-en : pendant l'intervalle écoulé, La Parque, à la sourdine, a diablement filé. Ln auriez-vous l'hunicur moins gaillarde et moins vive? Pour moi, je suis de tout; joueur, amant, convive; Fréquentant, fêtoyant les bons faiseurs de vers. J'en fais même comme eux.
BALIVEAU
Comme eux?
FKANCALEU.
Oui.
BALIVEAU
Ou'l travers !
FRANCALEU.
Pas tout à fait comme eux, car je les fais sans peine. Aussi me traitent-ils de poëte à la douzaine ; Mais, en dépit d'eux tous, ma muse, en tapinois. Se fait, dans le Mercure, applaudir tous les mcis.
Comment?
FRANCALEU.
J'y prends le nom d'une Basse-Bretonne.
Sous ce voile étranger, je ris, je plais, j'étonne; Et le masque femelle agaçant le lecteur, De tel qui m'a raillé fait mon adorateur.
BALIVEAU, à part.
Il est devenu fou !
FRANCALEU.
Lisez-vous le Mercure ?
BALIVEAU
Jamais.
FRANCALEU.
Tant pis, morbleu! tant pis! bonne lecture! Lisez celui du mois; vous y verrez encor. Comme aux dépens d'un fou, je m'y donne l'essor. Je ne sais pas qui c'est; mais le benêt s'abuse, Jusque-là qu'il me nomme une dixième muse. Et qu'il me veut, pour femme, avoir absolument. Moi j"ai, par un sonnet, riposté galamment. Je goûte à ce commerce un plaisir incroyable! Et vous ne trouvez pas l'aventure impayable?