ACTE II, SCÈNE V lO
L1 SETTE
Mademoiselle, point de curiosité.
C'est bien innocemment que j'ai pris la licence
Ue vous insinuer la désobéissance.
LLCILE.
Qu'est-ce à dire ?
LISETTE
Oubliez ce que je vous ai dit.
LUCILE
Quoi?
LISETTE
Vous venez de voir celui dont il s'agit. Ma préférence élait un furt mauvais précepte.
LUCILE
Que me dis-tu? C'est là celui que l'on excepte?
LISETTE
Lui-même. Rendez grâce à l'inallcntion
Qui ferma votre cœur à la séduction.
Vous gagnez tout au inonde à ne le pas connaître.
le devoir eût eu peine à se rendre le maître;
Et, sûre de l'aveu d'un père complaisant.
Vous n'eussiez pas remis le clioix jusqu'à présent.
LUCILE
Mille cbosus de lui maintenant me reviennent, Qui véritablement engagent et préviennent.
LISETTE
Ce que, depuis un mois, de lui vous avez lu, Témoigne assez combien son esprit vous eût plu.
166 LA MËTROMANIE
LUCILE
Quoi! ces vers que je lis, que je relis sans cesse...
LISETTE
Sont les siens.
LUCILE
Quel esprit! quelle délicatesse!
De plaisirs et de jeux quel mélange amusant ! Que, sous des traits si doux, l'amour est séduisant! L'auteur veut plaire et plaît sans doute à quelque beiîe A qui l'on doit le feu dont sa plume étincelle.
LISETTE
C'est ce qu'apparemment votre père en conclut
Et la raison qui fait que son ordre l'exclut.
Il craint que vous n'aimiez la conquête d'une autre...
D'une autre! Mais j'y songe : et s'il était la vôtre?
Vous riez ! et moi, non. C'est au plus sérieux.
Les vers étaient pour vous. J'ouvre à présent les yeu,i.
Oui, je vous reconnais traits pour traits dans l'image
De celle à qui s'adresse un si galant hommage.
LUCILE
Je remarque en effet... Prenons par ce chemin. Monsieur de l'Empyrée approche^, un livre en main. On m'a, pour le choisir, presque tyrannisée ; Et mon âme jamais n'y fut moins disposée.
LISETTE, seule.
Bon! Ce préliminaire est, je crois, sufflsant Et Dorante, VU veut, peut traiter à présent.