ACTE IV, SCÈNE VllI T.n
Mais ayez la bonté ..
LCCILE.
Ma bonté m'a trahie!
Vous feriez, je le vois, le malheur de ma vie. Je ne recueillerais de mes soins les plus doux, Que l'éclat scandaleux des fureurs d'un jalour. Ql;c n'ai-je conservé, prévoyante et soumise, L'insensibilité que je m'étais promise ! Lisette, je t'ai crue; et toi seule, tu m'as...
LISETTE, à Dorante, voyant plcun-r Liicile
N'avez-vous point de honte?
DOnANTE.
Eh! ne m'accable pas!
Tu sais mon innocence. Apaisez vos alarmes, Lucile! retenez ces précieuses larmes!
C'est mon injuste amour qui les a fait couler; C'est lui qui, toutefois, pour moi doit vous parler. L'amour est défiant, quand l'amour est extrême.
LUCILE
S'il se faut quelquefois défier quand on aime.
C'est de tout ce qui peut, dans le cœur alarmé.
Soulever des soupçons contre l'objet aimé.
ie tiens, vous le savez, cette sage maxime,
])e ces vers qui vous ont mérité mon estime ;
De votre propre idylle, ouvrage séducteur,
Où voire esprit <(• montre, et non p;'s votre cœur..
234 LA M ET ROM AN lE
DORANTE
Ni l'un ni l'autre. Il faut qu'enfin je le confosse, Madame, et que je cède au remords qui me presse. Du moins, vous concevrez, après un tel aveu. Pourquoi tout mon bonheur me rassurait si peu. C'est que je n'en jouis qu'à titre illégitime ; C'est que tous ces écrits, source de votre estime. Vous venaient par mes soins, mais ne sont pas de moi.
LUCILE
Ils ne sont pas de vous !
DORANTE
Non.
LISETTE
Le sot homme !
LUCJLE.
Quoi?...
Laissant lire, il est vrai, dans le fond de mon âme, J'inspirais le poëte, en lui peignant ma llamme. Que son art, à mon gré, s'y prenait faiblement! Et que le bel esprit est loin du sentiment! Mais cet art vous amuse; il a fidlu vous plaire, Laisser dire des riens, sentir mieux, et se taire. N'est-ce donc qu'à l'espril que votre cœur est dû? Et ma sincérité m'aurait-elle perdu?
LUCII.E.
Votre sincérité mérite qu'on vous aime .