‹ Œuvres choisis avec une analyse de son théâtre et des notesChapitre 95 sur 221 · ACTE V, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VIII

D'un père, je le sais, l'autorité suprême

Indique ce qu'il faut qu'on haïsse ou qu'on aime;

Mais de ce droit jamais vous ne fûtes jaloux.

Aujourd'hui même encor, vous vouliez, disiez-vous,

Que, par mon propre choix, je m;: rendisse heureuse;

Vous vous en étiez fait une loi généreuse :

Et c'est ainsi qu'un père est toujours adoré,

Et que moins il est craint, plus il est révéré.

Vous m'avez ordonné surtout d'être sincère,

Et d'oser là-dessus m'expliquer sans mystère.

Mon devoir le veut donc, ainsi que mon repos.

FRANCALEU.

Au fait! (Ba?.) J'augure mal de cet avant-propos.

LUCILE

Parmi les jeunes gens que ce lieu-ci rassemble...

FRANCALEU.

Ah! fort bien!

LUCILE

Rassurez votre fille qui tremble, Et qui n'ose qu'à peine embrasser vos genoux.

FRANCALEU.

Vous penchiez pour quelqu'un ? J'en suis fâché pour vous- Pourquoi tardiez- vous tant à me le venir dire?

LUCILE

C'est que celui vers qui ce doux penchant m'attire Est le seul justement que vois aviez exclu.

Quoi! Quand j'ai mes raisons...

LUCILE

Vous ne les avez plus.

Son cœuFj à mon égard, était selon le vôtre. Vous craigniez qu'il ne fût dans les liens d'une autre : Et jamais un soupçon ne fut si mal fondé. 11 m'adore, et de moi, près de vous, secondé... Ah! je lis mon arrêt sur votre front sévère! Eh bien ! j'ai mérité toute votre colère : Je n'ai pas, contre moi, fait d'assez grands efforts; Mais est-ce donc avoir mérité mille morts? Car enfin, c'est à quoi je serais condamnée. S'il fallait à tout autre unir ma destinée. Non, vous n'userez pas de tout votre pouvoir, Mon père! Accordons mieux mon cœur et mon devoir. Arrachez-moi du monde à qui j'étais rendue! Hélas! il n'a brillé qu'un instant à ma vue. Je fermerai les yeux sur ce qu'il a d'attraits. Puisse le ciel m'y rendre insensible à jamais!

FRANCALEU.

La sotte chose en nous, que l'amour paternelle ! Ne suis-je pas déjà prêt à pleurer comme elle?

DAMIS

Eh 1 laissez-vous aller à ce doux mouvement, Monsieur ! ayez pitié d'elle et de son amant. Je ne vous rejoignais, après ma lettre lue,

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