LES TRIBULATIONS DE LA POLOGNE
Un nouveau conquérant s'élève en Suède, on y voit un autre Gustave ^, non moins fier ni moins hardi ou moins belliqueux que celui dont le nom fait encore trembler TAlIemagne. Charles-Gustave * parut à la Pologne surprise et trahie comme un lion qui tient sa proie dans ses ongles tout prêt à la mettre en pièces. Qu'est devenue cette redoutable cavalerie qu'on voit fondre sur l'ennemi avec la vitesse d'un aigle ? où sont ces âmes guerrières, ces marteaux d'armes tant vantés ^, et ces arcs qu'on ne vit jamais tendus en vain? ni les chevaux ne sont vites^, ni les hommes ne sont adroits que pour fuir devant le vainqueur. En même temps la Pologne se voit ravagée par le rebelle Cosaque, par le Moscovite infidèle, et plus encore par le Tartare, qu'elle appelle à son secours dans son désespoir. Tout nage dans le sang, et on ne tombe que sur des corps morts ; la reine n'a plus de retraite, elle a quitté le royaume; après de courageux, mais de vains efforts, le roi est contraint de la suivre : réfugiés dans la Silésie, Où ils manquent des choses les plus nécessaires, il ne leur reste qu'à considérer de quel côté allait tomber ce grand arbre ébranlé par tant de mains, et frappé de tant de coups à sa racine, ou qui en enlèverait les rameaux épars ^. Dieu en avait disposé autrement; la Pologne était nécessaire à son Église et lui devait un vengeur ^. Il la regarde en pitié; sa main
1. I Reg., II, 6. — 2. Brisures. Lex. — 3. Gustave-Adolphe. — 4. Roi de Suède, armé contre la Pologne, parce que le roi de l^ologne, Jean- Casimir, avait protesté contre son élection au trône de Suède. — 5. Marteaux d'armes, sortes de massues qui sont d'un coté des haches tranchantes, de l'autre des marteaux. — 6. Viies. Grammaire : Adjectif. — 7. Dan., IV, 11. — 8. Jean Sobieski, né en 165>9, mort en 1696. Servie dans sa jeunesse dans les armées de Louis XIV. En 1667 il repoussa une inrasion de Tatars, Turcs et Cosaques. Roi de Pologne en 1673, il continue à lutter contre les Turcs et les arrête sous les murs de Vienne en 1683.
puissante ramène en arrière le Suédois indompté, tout frémissant qu'il était. Il se venge sur le Danois, dont la soudaine invasion l'avait rappelé, et déjà il l'a réduit à l'extrémité. Mais l'Empire et la Hollande se remuent contre un conquérant qui menaçait tout le Nord de la servitude. Pendant qu'il rassemble de nouvelles forces et médite de nouveaux carnages, Dieu tonne du plus haut des cieux; le redouté capitaine tombe au plus beau temps de sa vie, et la Pologne est délivrée. Mais le premier rayon d'espérance vint de la princesse palatine ; honteuse de n'envoyer que cent mille livres au roi ej;^ à la reine de Pologne, elle les envoie du moins avec une incroyable promptitude. Qu'admira-t-on davantage, ou de ce que ce secours vint si à propos, ou de ce qu'il vint d'une main dont on ne l'attendait pas, ou de ce que, sans chercher d'excuse dans le mauvais état où se trouvaient ses affaires, la princesse palatine s'ôta tout pour soulager une sœur qui ne l'aimait pas?