‹ Œuvres choissiesChapitre 140 sur 232 · XLIX® JOURNÉE · texte numérisé non relu

XLIX® JOURNÉE

Attraits de Vamour de Dieu.

Relis, mon âme, ce doux commandement d'aimer ; c'est' commencer à aimer que d'aimer à le relire et à peser toutes les paroles qu'il contient. 0 Dieu ! j'ai connu, et j'ai senti que pour vous aimer il faut être tiré et attiré. Mais comment m'attirez-vous? est-ce seulement en me manifestant vos beautés, c'est-à-dire en me montrant tout le bien, comme vous disiez à Moïse : « Je te montrerai tout le bien^», en me montrant moi-même à toi? Hâtez-vous donc, ô Seigneur 1 montrez-mai en vous toute vérité, toute perfection et tout bien, afin que je coure à vous, ravi par l'odeur de vos parfums, par la douceur de vos attraits.

Mais, ô Seigneur I est-ce assez que vous éclairiez mon mtelîigence? Ne suis-je qu'un ignorant, qu'il faut instruire ? Ma volonté n'est-elle pas aussi malade par un ^ecret et invincible attachement au bien sensible, que mon entendement est malade par une ignorance profonde de vos vérités? Entrez donc au dedans de moi, ô Seigneur 1 Saisissez-vous du secret et profond ressort d'où parient mes résolutions et mes volontés. Remuez, excitez, animez

1. Luc, X, 28. — 2. I Cor., XIII, 8-lâ. — 3. Entendre. Lex, - 4. Exod^ XXXIII, 19.

MÉDITATIONS SUR l'ÉVANGILE 533

tout ; et du dedans de mon cœur, de cette intime partie de moi-même, si je puis parler de cette sorte, qui ébranle tout le reste, inspirez-moi cette chaste et puissante délectation qui fait Tamour, ou qui l'est. Répandez la charité dans le fond de mon cœur, comme un baume et comme une huile céleste. Que de là elle aille, elle pénètre, et qu'elle remplisse tout au dedans et au dehors. Alors je vous aimerai ; et je serai vraiment fort, pour vous aimer de toute ma force.

Recommençons la lecture du divin précepte, ou plutôt lisons-le intérieurement dans ces tables intérieures, dans ces tables de notre cœur, où vous avez commencé à en écrire toutes les paroles. Voi^^ dites : « Aimez. » Je veux aimer. Vous dites : « De tout votre cœur. » C'est de tout mon cœur. Vous dites : « De toute votre pensée. > Venez, toutes mes pensées, tous mes sentiments, tout mes mouvements, tous mes désirs : venez, réunisse2;-vous pour aimer Dieu. Vous dites : « De toutes vos forces »; c'est-àdire de toutes ces forces que vous excitez, et que vous m'inspirez vous-même. 0 Seigneur I je vous suis, je cours de toute ma force, pour m'unir à vous.

Mais, ô Seigneur ! vous fuyez : plus j'approche, plus je vous vois loin; vous êtes près, et vous êtes loin; vous êtes en moi, plus que moi-môme. Vous n'y êtes pas seulement comme vous êtes dans toutes les choses animées et inanimées; vous êtes en moi comme la lumière et la vérité qui m'éclaire, et comme le chaste attrait où mon cœur se prend. 0 Dieu ! vous êtes donc bien proche : mais, ô Seigneur ! vos lumières vous rendent inaccessible. 0 vérité ! vous croissez à mesure que je vous approche, et sans cesse vous vous retirez à nia faible intelligence. Il faut que je m'aille perdre dans cette nue où vous vous cachez, dans ce point obscur que je vois de loin, d'où vous vous faites sentir. Dieu si connu et si inconnu, je veux vous aimer au-delà de mes connaissances, comme un être incompréhensible, que l'on ne connaît qu'en s'élevant audessus de toutes ces connaissances, sans jamais pouvoir s'élever assez, ni comprendre, ni connaître assez combien vous êtes incompréhensible. 0 Seigneur! je m'unis à vous, à vos lumières, à votre amour; vous êtes seul

digne de vous connaître et de vous aimer. Je m'unis au* tant que je le puis à vos lumières et à vos attraits incompréhensibles, et, dans ce silence intime de mon âme, je consens à toutes les louanges que vous vous donnez. 0 Seigneur ! « le silence est votre louange * ! » David le chantait ainsi dans un de ses psaumes, « le silence est votre louange ». Il faut se taire, il faut se perdre, il faut s'abîmer, et reconnaître qu'on ne peut rien dire de digne de vous, ni vous aimer comme il faut. C'est ainsi qu'il faut aimer le Seigneur son Dieu, non seulement de toutes ses forces, mais encore, s'il se pouvait, de toutes les forces de Dieu.

§ 3. — Les Élévations sur les Mystères (1695).

Les Elévations suivirent les Méditations ; elles étaient composées aussi pour des religieuses. Le ton en est très différent; les Elévations sont abstraites, d'une couleur métaphysique très prononcée. Bossuet se laisse entraîner par sa pensée qui contemple Dieu et il oublie un peu les religieuses pour qui il écrit. Les Elévations furent publiées par 1 abbé Bossuet en 1727.

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