‹ Œuvres choissiesChapitre 143 sur 232 · II® ÉLÉVATION · texte numérisé non relu

II® ÉLÉVATION

La perfection et Véternité de Dien.

On dit : Le parfait n'est pas : le parfait n'est qu'une idée de notre esprit qui va s'élevant de l'imparfait qu'on voit de ses yeux, jusqu'à une perfection qui n'a de réalité que dans la pensée. C'est le raisonnement que l'impie voudrait faire dans son cœur insensé, qui ne songe pas que le parfait est le premier, et en soi, et dans nos idées, et que l'imparfait en toutes façons n'en est qu'une dégradation. Dis-moi, mon âme, comment entends-tu ^ le néant, sinon par l'être ? Comment entends-tu la privation, si ce n'est par la forme dont elle prive ? Comment Timperfection, si ce n'est par la perfection dont elle déchoit? Mon âme, n'entends-tu pas que tu as une raison, mais impar-

1. C'est une preuve de Texistence de Dieu que saint Anselme, et Descartes avaient développée avant Bossuet. Bossuet la renouvelle par la chaleur d'une foi qui atteint à la poésie. —2. Entends. Lex.

faite, puisqn'eBe ignore, qu'elle doute, qu'elle erre, et qu'elle se trompe ? Mais comment entends-tu Terreur, si ee n'est comme privation de la .vérité ; et comment le doute ou l'obscurité, si ce n'est comme privation de Tintelligence et de la lumière; ou comment enfifn l'ignorance, si ce n'est comme privation du savoir parfait; comment dans la volonté, le dérèglement et le vice, si ce n'est comme privation de la règle, de la droiture et delà vertu. Il y a donc primitivement une intelligence, une science certaine, une vérité, une fermeté, une inflexibilité dans le bien, une règle, un ordrja, avant qu'il y ait une déchéance de toutes ces choseé; en un mot, il y a une perfection avant qu'il y ait un défaut, avant tout dérèglement, il faut qu'il y ait une chose qui est elle-même sa règle, et qui, ne pouvant se quitter soi-même, ne peut non plus ni faillir, ni défaillir. Voilà donc un être parfait, voilà Dieu, nature parfaite et heureuse. Le reste est incompréhensible, et nous ne pouvons même pas comprendre jusqu'où il est parfait et heureux; pas même jusqu'à quel point il est incompréhensible.

D'où vient donc que l'impie ne connaît point Dieu; et que tant de nations, ou plutôt que toute la terre ne l'a pas connu; puisqu'on en porte Fidée en soi-même avec celle de la perfection ! D'où vient cela,, si ce n'est par un défaut d'attention, et parce que l'homme, livré aux sens et à l'imagination, ne^ veut pas ou ne peut pas se recueillir en soi-même, ni s'çiiacher aux idées pures, dont son esprit, embarrassé d'images grossières, ne peut porter* la vérité simple?

L'homme ignorant s'imagine qu'il connaît le changement avant l'immutabilité, parce qu'il exprime le changement par un terme positif, et l'immutabilité par la négation du changement même ; et il ne veut pas songer qu'être immuable, c'est être, et que changer c'est n'être pas ; or l'être est et il est connu devant^ la privation, qui est nonêtre. Avant donc qu'il y ait des choses qui ne sont pas toujours les mêmes, il y en a une qui, toujours la môme, ne souffre point de déclin ; et celle-là non seulement est,

\. Porter. Ler. — 2. Devant. Grammaire : Préposition,

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