‹ Œuvres choissiesChapitre 145 sur 232 · III® ÉLÉVATION · texte numérisé non relu

III® ÉLÉVATION

Encore de Vêfre de Dieu, et de son éternelle béatitude,

« Je suis celui qui suis : celui qui 3st m'envoie à vous ^ > . c'est ainsi que Dieu se définit lui-même; c'est-à dire que Dieu est celui en qui le aon-être n'a point de lieu ^, qui, par conséquent, est toujours, et toujours le même, par conséquent immuable, par conséqueat éternel ; ^ous termes qui ne sont qu'une explication de ceiui-ci : « Je suis celui qui est. » Et c'est Die a qui donne lui-même cette explication par la bouche de Malachie, lorsqu'il dit chez ce prophète : « Je suis Seigneur, et je ne change pas ^. >>

Dieu est donc une intelligence, qui ne peut ni rien ignorer, ni douter de rien, ni rien apprendre ; ni perdre, ni acquérir aucune perfection ; car tout cela tient du non-être. Or Dieu est celui qui est, celui qui est par essence. Comment donc peut-on penser que celui qui est ne soit pas, ou que l'idée qui comprend tout l'être ne soit pas réelle ; ou que, pendant qu'on voit que l'imparfait es^t, on puisse dire, on puisse penser, en entendant ce qu'on pense, que le parfait ne soit pas ?

Ce qui est parfait est heureux ; ::ar il connaît sa perfection, puisque connaître sa perfection est une partie trop essentielle de la perfection pour manquer à l'être parfait. 0 vous êtes bien heureux! 0 Dieu! je me réjouis de votre éternelle félicité. Toutel'Ëcriture nous « prêche quel'homme qui espère en vous est heureux ^ » ; à plus iorte raison ètes-vous heureux vous-même, ô Dieu en qui on espère! A.ussi saint Paul vous appelle- t-il expressément « bien-

1. Exo\f III, 14. —2. Lieu place. — 3. Malach., III, 6, — 4. Psalm /CXXllI. \).

heureux » : « Je vous annonce ces choses selon le glorieux Évangile de Dieu bienheureux. » Et encore : « C'est ce que nous montrera en son temps celui qui est bienheureux, et le seul puissant, Roi des rois, et le Seigneur des seigneurs, qui seul possède l'immortalité, et habite une lumière inaccessible, à qui appartient la gloire et un empire éternel. Amen ^. » 0 Dieu bienheureux ! je vous adore dans votre bonheur. Soyez loué à jamais, de me faire connaître et savoir que vous êtes éternellement et immuablement bienheureux. Il n'y a d'heureux que vous seul, et ceux qui, connaissant votre éternelle félicité, y mettent la leur- Amen, amen

VII« SEMAINE IVe ÉLÉVATION

Les suites affreuses du péché originel.

« Il y a une grande affliction, et un joug pesant sur les enfants d'Adam, depuis le jour de leur sortie du sein de leur mère jusqu'au jour de leur sépulture dans le sein de la mère commune ^ . » Nos misères commencent avec la vie, et durent jusqu'à la mort : nul ne s'en exempte. Quatre sources intarissables les font couler sur tous les états et dans toute la vie, « les soucis, les terreurs, les agitations d'une espérance » trompeuse, « et enfin le jour de la mort ». Les maux quiviennent de ces quatre sources empoisonnent toute la vie. Tout en ressent la violence et la pesanteur, « depuis celui qui est assis sur le trône jusqu'à celui qui est abattu à terre et sur la poussière ; depuis celui qui est revêtu de pourpre et des plus belles couleurs, jusqu'à celui qui est couvert d'une toile grossière et crue : on trouve partout, fureur, jalousie, tumulte, incertitude et agitation d'esprit, les menaces d'une mort prochaine, les longues et implacables colères, les querelles et les animosités. » Quelle paix parmi tant de furieuses passions ? « Elles ne nous laissent pas en repos pendant le sommeil. Dans le silence et la tranquillité de la nuit, dans la couche > où l'on refait des travaux du jour, on apprend^

t. Tim.^ I, 1, 11K VI, 15. — 2. EccL, XL, 1 et seq.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES ftS9

on expérimente un nouveau genre de trouble. < A peine a-t-on goûté un moment les douceurs d'un premier sommeil, et voilà qu'il se présente »à une imagination échauffée « toute sorte de fantômes et de monstres, comme si Ton avait été mis en sentinelle » dans une tour. On se trouble dans les visions de son cœur. « On croit être poursuivi par un ennemi furieux, comme dans un jour de combat; on ne se sauve de cette crainte qu'en s'éveillant en sursaut; on s'étonne d'une si vaine terreur», et d'avoir trouvé tant de périls dans une entière sûreté.

On a peine à se remettre d'une si étrange épouvante, et on sent que sans aucun ennemi on se peut faire à soimême une guerre aussi viqlente que des bataillons armés. Les songes nous suivent jusqu'en veillant. Qu'est-ce que les terreurs qui nous saisissent sans sujet, si ce n'est un songe effrayant ? Mais qu'est-ce que l'ambition et une espérance fallacieuse, qui nous mène de travaux en travaux, d'illusion en illusion, et nous rend le jouet des hommes, sinon une autre sorte de songe qui change de vains plaisirs en des tourments effectifs ? Que dirais-je des maladies accablantes, « qui inondent ^ sur toute chair, depuis l'homme jusqu'à la bête, et cent fois plus encore sur les pécheurs »? Et où arrive-t-on par tant de maux, et à quelle mort ? Laisse-t-on du moins venir la mort doucement et comme naturellement, pour nous être comme une espèce d'asile contre les malheurs de la vie ? Non ; l'on ne voit que des « morts cruelles, dans le combat, dans le sang, l'épée, Too^pression, la famine, la peste, l'accablement, tous les fléaux de Dieu : toutes ces choses ont été créées pour les méchants, et le déluge est venu pour eux ». Mais le déluge des eaux n'est venu qu'une seule fois; celui des afflictions est perpétuel, et inonde toute la vie dès la naissance.

Après cela peut-on eroire que l'enfance soit innocente? 0 Seigneur! «vous jugez indigne de votre puissance de punir les innocents * ». Pourquoi donc répandez-vous votre colère sur cet enfant qui vient de naître ? A qui at-il fait tort ? de qui a-t-il enlevé les biens ? A-t-il cor ^

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