‹ Œuvres choissiesChapitre 16 sur 232 · BOSSUET A SAINT VINCENT DE PAUL · texte numérisé non relu

BOSSUET A SAINT VINCENT DE PAUL

A Metz, ce 12 janvier 1658.

Monsieur,

J'ai appris de M. de Champin ^ la charité que vous aviez pour ce pays, qui vous obligeait à y envoyer une mission considérable ; que vous l'aviez proposé à la Compagnie ^, et que vous et tous ces messieurs aviez eu assez bonne opinion de moi pour croire que je m'emploierais volontiers à une œuvre si salutaire. Sur l'avis qu'il m'en a donné, je le suppliai de vous assurer que je n'omettrais rien de ma part, pour y coopérer dans toutes les choses dont on me jugerait capable. Et comme Mgr l'évêque d'Auguste^ et moi devions faire un petit voyage à Paris, je le priais aussi de savoir le temps de l'arrivée de ces messieurs, afin que nous pussions prendre nos mesures sur cela; jugeant bien l'un et l'autre que nous serions fort coupables devant Dieu, si nous abandonnions la moisson dans le temps où sa bonté souveraine nous envoie des ouvriers si fidèles et si charitables. Je ne sais, Monsieur, par quel accident, je n'ai reçu aucune réponse à cette lettre : mais je ne suis pas fâché que cette occasion

1. Frère Mathieu Renard fît cinquante-trois voyages de Paris à Metz, porteur des aumônes de Vincent de Paul. Il traversa les pays occupés par les soldats sans jamais perdre un denier des aumônes qu'il devait distribuer. Le 2 mars 1658, dans une lettre à Vincent de Paul, Bossuetdit : « Frère Mathieu, qui est arrivé ici comme par miracle au milieu d'un déluge qui nous environnait de toutes parts, vous rendra compte... » — 2. Texte revu sur Tédition Urbain Levêque (Paris, Hachette). — 3. Docteur de la Maison de Navarre, membre de la Conférence des mardis. — 4. La Compagnie des prêtres qui s'assemblait le mardi à Saint-Lazare. — 5. Pierre Bédacier, administrateur de ï'évêché de Metz, évoque d'Auguste (Augustopolis en Asie Mineure)

se présente de vous renouveler mes respects, en vous assurant, avant toutes choses, de l'excellente disposition en laquelle est Mgr l'évêque d'Auguste pour coopérer à cette œuvre.

Pour ce qui me regarde, Monsieur, je me reconnais fort incapable d'y rendre le service que je voudrais bien; mais j'espère de la bonté de Dieu que l'exemple de tan: de saints ecclésiastiques, et les leçons que j'ai autrefois apprises en la Compagnie, me donneront de la force pour s^gir avec de si bons ouvriers, si je ne puis rien de moimême. Je vous demande la grâce d'en assurer la Compagnie, que je salue de tout mon cœur en Notre-Seigneur, et la prie de me faire part de ses oraisons et saints saci-ifîces.

S'il y a quelque chose que vous jugiez ici nécessaire pour la préparation des esprits, je recevrai de bon cœur et exécuterai fîdèlement,-avec la grâce de Dieu, les ordres que vous donnerez. Je suis. Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

BossTjET, prêtre, grand archidiacre de Metz,

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