‹ Œuvres choissiesChapitre 184 sur 232 · Passent : Lez · texte numérisé non relu

Passent : Lez

donner en général une idée de son ouvrage ; mais personne ne le saurait faire bien précisément. S'il s'en fallait rapporter au titre, on croirait qu'en promettant de donner l'histoire des principaux commentateurs du Nouveau Testament, il voudrait nous faire connaître seulement leur génie et leur savoir, leur.genre d'écrire, leur manière d'interpréter, le temps et l'occasion de leur composition et les autres choses semblables sans entrer dans les questions, ou décider sur le fond, qui serait un ouvrage immense et auquel plusieurs grands volumes ne suffiraient pas. Mais ce n'est pas le dessein de notre auteur. Sous prétexte d'une analyse telle cj^u'elle, qu'il fait semblant de vouloir donner de certains endroits, il veut dire son sentiment sur le fond des explications, louer, corriger, reprendre qui il lui plaira, et les Pères comme les autres, décider des questions, non pas à la vérité de toutes, car ce serait une entreprise infinie, mais de celles qu'il a voulu choisir, et en particulier de celles où il a occasion d'insinuer les sentiments des sociniens, tant contre la divinité de Jésus-Christ que sur la matière de la grâce, ou en commettant les grecs avec les latins, et les Pères les plus anciens avec ceux qui les ont suivis, il interpose son jugement avec une autorité qui assurément ne lui convient pas.

On ne voit donc pas pourquoi il lui plaît d'entrer dans ces questions, puisqu'assurément il n'est pas possible qu'il les éclaircisse autant qu'il faut dans un volume comme le sien : ce qui est cause qvi'en remuant une infinité de difficultés, qu'il ne peut ni ne veut résoudre, il n'est propre qu'à faire naître des doutes sur la religion ; et c'est un nouveau charme pour les libertins, qui aiment toujours à douter de ce qui les condamne. On ne peut rendre non plus aucune raison du choix qu'il a fait des auteurs dont il a voulu composer sa compilation telle quelle. S'il se voulait réduire selon son titre à traiter des commentateurs du Nouveau Testament, on ne voit pas ce qui l'obligeait à parler de saint Athanase, de saint Grégoire de Nazianze et des autres qui n'ont point fait de commentaires, ni des écrits polémiques de ces Pères, ou de ceux de saint Augustin. Si, sous le nom de commen-

DÉFENSE DE LA TRADITION ET DES SAINTS PÈREi 603

tateurs il veut comprendre tous les auteurs qui ont traité du Nouveau Testament, c'est-à-dire tous les auteurs ecclésiastiques,on ne voit pas pourquoi il oublie un saint Anselme, un Hugues de Saint- Victor, un saint Bernard et surtout un saint Grégoire le Grand ; d'autant plus que les deux derniers, outre qu'ils ont comme les autres la doctrine de l'Évangile, et en particulier les matières sur lesquelles M. Simon a entrepris de nous régler, ils ont encore expressément composé des homélies sur les Évangiles, et que d'ailleurs ils méritaient sans doute autant d*étre nommés que Servet et que Bernardin Ochin, dont M. Simon nous a donné une si soigneuse analyse, encore qu'il n'en rapporte aucun commentaire; c'est-à-dire que, sous le nom des commentateurs, il a parlé de qui il lui a plu : que sous le titre de leur histoire il traite les questions qu'il a en tête : en un mot. qu'il dit ce qu'il veut, sans que son livre se puisse réduire à aucun dessein régulier ; et si je voulais exprimer naturellement ce qui en résulte, je dirais qu'on y apprend parfaitement les expositions des sociniens, les livres où Ton peut s'instruire de leur doctrine, le bon sens et l'habileté de ces curieux commentateurs, ainsi que de Pelage, chef de la secte des Pélagiens, et de tous les autres auteurs, ou hérétiques ou suspects ; et qu'on y apprend plus que tout cela comment il faut affaiblir la foi des plus hauts mystères, avec les fautes des Pères (c'est-à-dire celles que M. Simon leur impute), et en particulier celles de saint Augustin principalement surJTes matières de la grâce, dont notre auteur découvre lé véritable système, et fait bien voir à saint Augustin ce qu'il devait dire pour confondre les Pélagiens ; en sorte, si Dieu le permet, que ce ne sera plus ce docte Père, mais M. Simon qui en sera le vainqueur. En un root, ce qu'il apprend parfaitement bien, c'est à estimer les hérétiques et à blâmer les saints Pères, sans en excepter aucun ; pas même ceux qu'il fait semblant de vouloir louer. Et voilà, après avoir lu et relu son livre, ce qui en reste dans l'esprit, et le fruit qu'on peut recueillir de son travail.

Si cela paraît incroyable à cause qu'il * est insensé, je

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