CHAPITRE PREMIEH L'ÉDUCATION
Bossuetà Dijon. — Éducation classique. — Jacques-Bénigne Bossuet naquit à Dijon, le 27 septembre 1627, d'une famille de magistrats remarquables par le bon sens, l'activité et la foi : son grand-père^ paternel, Jacques Bossuet, et son grand-père maternel, Clauàe Mochet d'Azu, avaient joué un rôle considérable dans les affaires de la Ligue, et tout Dijon se souvenait de leur courage et de leur clairvoyance patriotique.
n fît ses études au collège des Jésuites de Dijon, où il se signala comme un élève studieux et réfléchi : bos suetus arairo (bœuf habitué à la charrue) disait-on de lui par plaisanterie. Le fond de son éducation est l'étude lente et solide des deux antiquités ; il dira lui-même plus tard : « Ce que j'ai appris de style, je le tiens des livres latins et un peu dea grecs. »
Bossuet au collège de Navarre. — 1. Éducation théologique. -- Ses études classiques terminées, Bossuet partit pour le collège de Navarre, à Paris (1642), où il étudia pendant deux ans la philosophie, et pendant cinq ans la théologie sous la direction du célèbre Nicolas Cornet. 11 y acquit la connaissance totale de la Somme de saint Thomas, des principaux écrits des Pères et de la Bible ; peu préoccupé d'érudition, il écartait les questi»>ns difficiles et s'attachait aux idées qui fortifiaient sa foi ou pouvaient lui fournir une doctrine riche pour la prédication. Il
était déjà évident, en effet, qu'il avait tous les dons du prédicateur : la facilité de l'élocution, le goût des idées générales, le sens de la dialectique passionnée.
Les incidents qui distinguèrent ses deux thèses sont connus.
Il avait dédié la première à Condé, au vainqueur de Rocroi, qui était un ami de sa famille et qu'il avait pu voir à Dijon dans son enfance. Le jour de la soutenance (24 janvier 16i8), Condé vint sur le soir à la Sorbonne, accompagné de ses laquais portant des torches, et il eut forte envie de se mêler à l'argumentation, tant il la trouva vive et bien conduite. Le collège de Navarre profita de la seconde thèse de Bossuet pour essayer de se libérer d'un privilège que le collège de Sorbonne avait sur lui : Bossuet plaida sa cause en latin devant le Parlement ; il fut déclaré docteur, mais le collège de Navarre perdit son procès (26 avril 1651).
Bossuet au collège de Navarre. — 2. Éducation mondaine, — Tonsuré à huit ans, chanoine à treize ans, Bossuet se destinait au sacerdoce; mais il trouvait légitime et agréable de voir le monde. Avec son ami Rancé — plus tard réformateur de la Trappe — il fréquentait le théâtre et se laissait charmer par l'élégance romanesque et la grandeur tendue des tragédies de Corneille. 11 versifiait des madrigaux ou des poésies pieuses dans le goût précieux de son temps. Un de ses protecteurs, le marquis de Feuquières, l'introduisait à l'hôtel de Rambouillet. C'est là que le jeune théologien de seize ans, un soir, à onze heures, donna aux habitués de la Chambre Bletre le divertissement d'un sermon improvisé, ce qui fit dire à Voiture : « Je n'ai jamais ouï prêcher ni si tôt, ni si tard. »
Le trait fit du bruit. Cospéan, évêque de Lisieux, eut l'idée de faire entendre le jeune prodige à l'hôtel de Vendôme. Voici, d'après Lebarq, le discours que Bossuet y prononça en 1643.