DISCOURS SUR LES DISPUTES
Dieu puissant ! permettez que ces temps déplorables , Un jour, par nos neveux, soient mis au rang des fables.
Mais je vois s'avancer un fâcheux disputeur ; Son air d'humilité couvre mal sa hauteur; Et son austérité , pleine de l'Évangile , Paraît offrir à Dieu le venin qu'il distile. « Monsieur , tout ceci cache un dangereux poison ; » Personne ? selon vous , n'a ni tort , ni raison ; » Et , sur la vérité n'ayant point de mesure , » Il faut suivre pour loi l'instinct de la nature ! »
— « Monsieur , je n'ai pas dit un mot de tout cela »
— « Oh ! quoique vous ayez déguisé ce sens-là ,
» En vous interprétant , la chose devient claire.... » — Mais , en termes précis, j'ai dit tout le contraire. Cherchons la vérité , mais d'un commun accord ; Qui discute a raison , et qui dispute a tort. Voilà ce que j'ai dit ; et d'ailleurs , qu'à la guerre, A la ville, à la cour, souvent il faut se taire....
— « Mon cher monsieur , ceci cache toujours deux sens ; » Je distingue.... » — Monsieur, distinguez , j'y consens. — J'ai dit mon sentiment , je vous laisse les vôtres,
En demandant pour moi ce que j'accorde aux autres....
— « Mon fils! nous vous avons défendu de penser;
» Et , pour vous convertir , je cours vous dénoncer. »
Heureux ! ô trop heureux qui , loin des fanatiques , Des causeurs importuns et des jaloux critiques, En paix, sur l'Hélicon pourrait cueillir des fleurs ! Tels on voit dans les champs de sages laboureurs , D'une ruche irritée évitant les blessures , En dérober le miel à l'abri des piqûres.