LE RENDEZ-VOUS DE LISE
Lise, échappée à son premier amant,
Et mon auteur ne m'a pas dit comment ,
S'était logée, exprès pour être sage,
Chez des dévots. Ceux-ci, contre l'usage,
Etaient vraiment gens de bien , s'il en fut ,
Dormant au prône , et chantant au salut.
Tout en suivant son hôtesse à l'église ,
Deux fois le jour , un jeune homme lui plut,
Un beau jeune homme , et très-bien fait. — Ah! Lise!
Si vous voulez, cette nuit, je viendrai.
— Eh bien ! venez ; si je puis , j'ouvrirai.
La voilà donc qui craint d'être surprise;
Elle descend doucement , doucement ,
Pieds nus , sein nu ; le moindre vêtement
Eût fait du bruit ; les plis de sa chemise
En faisaient trop, quand l'air en se jouant
Les déployait. Hélas ! en respirant ,
Dans son effroi son souffle l'épouvante. Audacieuse à la fois et tremblante , Comme l'horloge allait sonner minuit, Elle ouvre 5 on entre , on se coule sans bruit ; Mais, en montant, on se perd, on l'appelle : Eh ! Dieu ! l'hôtesse ? eh ! l'hôtesse ? dit-elle. L'hôtesse dort; mais Lise, en son esprit, La voyait là ; son cœur battait de crainte Et de désir. Enfin on la saisit Par la chemise , et , dans ce labyrinthe , Ils vont ensemble au travers de la nuit , L'amour tenant le fil qui les conduit.
La terreur croît cependant sur la scène , Le danger croît aussi ; Lise frémit :
C'était la porte , et puis c'était le pêne , Puis le plancher, et puis enfin le lit Qui va, qui vient. — Eh! l'hôtesse? l'hôtesse? Redisait-elle encore en ce moment , Toujours cédant à sa douce faiblesse, Et s'arrangeant au bras de son amant.
Mais admirez l'effet du sentiment Et du plaisir. Voici Lise qui crie ; Ah ! si j'osais répéter ces cris-là , Ces ah ! mon cœur! et puis ces simples ah ! Quand les amours redoublent leur furie.
L'heureux amant qui veut filer plus doux , Craint à son tour ; et, dans cette détresse , Dit à son tour : Eh! l'hôtesse? l'hôtesse ? Ah ! répond Lise , en criant : Je m'en f . . . . Ce mot , messieurs , contient tant de morale , Que j'ai passé par-dessus le scandale.