RÉPONSE
DU LRVRO?iA LA LevRKTTE DES COMTESSI'S.
otre galanterie (i) fut hier si mal conduite qu'il est aisé de juger que les ^ personnes qui s'en mêlèrent ne sont pas souvent employées en de pareils commerces (2). Votre laquais, qui ne put jamais s'expliquer, vous tenoit de si mauvaise grâce que mon conseil ne vous jugea pas digne de moi; mais un billet qui me fut donné de votre part ensuite me fit connoître que , si vous n "étiez pas extrêmement belle , au moins vous aviez infiniment de l'esprit. Je ne l'eus pas plus tôt lu qu'il me prit une furieuse envie de vous entretenir, et, si l'on ne vous eût remportée si vite, nous serions à présent en bonne intelligence , et je ne serois pas en peine de vous aller faire des excuses cette aprésdlner. Cependant, pour ne vous point surprendre,
(i) Ancienne copie manuscrite : « Voire galanterie. »
(2) Copie manuscrite : « Employées en semblables commerces. »
Pièces de Bachaumont. 2G1
je veux vous dire au vrai ma naissance, mon humeur, et de quelle manière je suis fait, afin que vous me mandiez sincèrement si je serai le bienvenu.
Je suis fils du galant Gricour Et de Tamoureuse Mélisse, Qui tous deux moururent d'amour.
Feu mon père est mort au service De cent levrettes de la cour; Et ma mère a perdu le jour Pour avoir aimé par caprice Un gros mâtin de basse-cour (1).
J'ai la taille souple et jolie, Le poil aussi doux que du lin Et de la couleur d'une pie.
Je saute mieux que Cardelin (2).
Quand j'aime, je suis un lutin ;
(1) Copie manuscrite, vers 4, 5 et 6; le troisième n'est suivi ({ue d'un point et virgule :
Feu mon père est mort au service De cent levrettes de la cour ; Ma mère , plus encline au vice , Pour, etc.
Recueil de pièces en prose de Sercy, i66i. Vers 5 :
De cent levrettes tour ù tour.
Vers 7 :
Pour avoir souffert par caprice.
(2) Copie nian., vers 2 et 3 :
Le poil d'un père jacobin , C'est, on dira, comme une pie.
2G2 Pièces de Bachaumont.
Ma foi , ce n'est point raillerie ; Et , pour vous dire tout enfin , Je vaux le roi d'Ethiopie.
Sans me flatter, voilà mon portrait (i), que je vous envoie. S'il vous plaît, il ne tiendra qu'à vous de multiplier la levrettcrie françoisc (2).
Mais , au reste , on m'a fait entendre (3) Que vous aviez de beaux enfants, Plus mignons que vous, et moins grands : N'auriez-vous pas besoin d'un gendre?
Comme vous êtes un peu âgée , je pense qu'il vaudroit bien autant multiplier avec eux qu'avec vous ; mais que cela ne vous alarme point , vous seriez toujours servie la première : car, avec le talent du roi d'Ethiopie,
On pourroit plaire à plus de trois, Et dans une même famille Tel galant a plus d'une fois Cajolé la mère et la fille.
(i) Recueil de Sercy : 1: Mon tableau.» (a) Copie rnan. : « Il ne tiendra qu'à vous de vous servir de l'original. »
(3) Copie man., vers i :
A propos, on m'a fait ontenilre.