‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 28 sur 28 · DE LA PRESSE EN PROVINCE · texte numérisé non relu

DE LA PRESSE EN PROVINCE

Français la libre émission de sa pensée ! — Et ma clientelle , monsieur ! vous répond-il ; et mes quatre-vingt mille francs dont moitié est remboursable à la Saint-Martin prochaine ! »

Cependant vous n'êtes pas encore tout à fait désappointé : l'autre imprimeur sera plus traitable, sans doute; malheureusement, l'autre imprimeur a la pratique del'évêque: il ne peut rien publier qui soit hostile aux prêtres, et vous parlez de leur insolence ! On vous indique une troisième imprimerie que vous ne connaissiez point. Bien certainement vous allez rencontrer là votre affaire. Vous avez vu l'imprimeur de l'évéché, l'imprimeur du gouvernement; vous allez enfln trouver l'imprimeur de tout le monde. Mais vous avez encore compté sans votre hôte : ce monsieur est l'imprimeur des légitimistes, et il y a une phrase qui est peu obligeante pour les légitimistes. Il faut que vous remettiez une troisième fois votre manuscrit dans voire poche. Vous vous en retournez chez vous, découragé, de si mauvaise humeur, que vous oubliez de ne rien apporter ni à votre femme, ni à vos enfanis, qui vous l'avaient, hélas! tant recommandé; mais vous avez appris en voyage que la censure n'est point abolie en France ; qu'elle est tombée des mains royales qui l'exerçaient quelquefois avec discernement, entre les mains des imprimeurs qui l'exercent en aveugles, selon les inspirations de leur intérêt personnel.

Telle a failli être à peu prés ma position à Nevers. M. Dufélre, qui est évêque et marchand de livres, a partagé sa clientelle entre les deux principaux imprimeurs de la localité : l'un, qu'il craint, a la clientelle de l'évêque ; l'autre, qu'il aime, a la clienlelle du marchand de livres ; mais à la condition tacite que leurs presses me seront à tout jamais fermées. Or, voilà, de la part de M. Dufêtre, un acte d'hostilité que je ne comprends point. Il sait bien que mes pamphlets sont hors de sa portée ; qu'il ne saurait en retrancher une seule ligne. Alors, pourquoi celte grimace d'horreur qu'il leur fait, et ce poing qu'il leur montre de loin ? Jelle-t-on des pierres à son ennemi quand il est hors de portée ? Voyez un

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peu quelle lerrible chose ce serait, si le même rouleau qui a noirci son papier passait sur le mien, et combien la religion serait compromise ! M. Dufêtre a-t-il donc peur que mes pamphlets ne scandalisent ses livres d'église? qu'ils ne le^r tiennent, la nuit, des propos impies et déshonnêtes? qu'ils ne cherchent à les détourner de la foi par des sophismes, et que quelque jour les saints épouvantés, pour échapper à la tentation, ne se réfugient, en chemise, chez le sacristain ? Je le dis sincèrement, il me fait peine de rencontrer, chez M. Dufélre, ces vagues et fausses idées d'un homme qui agit sans savoir pourquoi et ne saurait expliquer sa conduite. Ainsi, si j'habitais le même quartier que M. Dufêtre, et qu'il n'y eût qu'un puits commun, il ne voudrait pas y puiser l'eau dont il fabrique son eau bénite, parce que j'y prendrais l'eau dont je fais mon encre de la Petite- Vertu. Je n'ai vraiment pas un adversaire digne de moi, et il faudra que je m'adresse à un autre évêque. Pour moi, que M. Dufêtre apporte, quand il voudra, sa clientelle, en tout ou en partie, à mon imprimeur, cela ne me fera point reculer d'une semelle. Mes pamphlets sont gens à vivre en bons camarades avec l'histoire de sainte Flavie, et ils supporteront très bien le voisinage du docteur Gypendole, — bien que ce soit un charlatan du plus mauvais ton, — pourvu qu'il ne cherche point à leur faire avaler de ses pilules.

Mais ici M. Dufêtre est non seulement ridicule, il est encore répréhensible. Le nombre des imprimeurs est limité par la loi : ceux-ci donc sont obligés d'imprimer pour tout le monde, pour les ennemis de la religion aussi bien que pour ses amis, pour les pamphlétaires aussi bien que pour les évêques. Quand M. Dufélre leur impose la condition de ne point imprimer pour tel ou tel, il les détourne, par l'appât d'un bénéflce, des devoirs que leur profession leur impose. Or, pour un évêque qui doit prêcher l'accomplissemenl de tous les devoirs, cela est-il bien moral, et Fénélon et saint Vincent de Paule se seraient-ils permis de pareilles choses? En tout cas, si M. Dufêtre agit ici en bon évêque, il agit

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bien cciinincmonl en mauvais citoyen : il s'oppose, autant qu'il est en lui, à l'exéculion d'une de nos loisles plus chères ; il restreint l'exercice d'un droit garanti par la Charte ; il entrave la liberté de la presse. Il doit comprendre, d'ailleurs, que si tous les gens riches faisaient comme lui, bientôt il n'y aurait plus une profession publique en France. Je ne crois point que M. Dufétre ait encouru quelque peine en imposant à ses imprimeurs des conditions restrictives du droit commun ; mais, bien certainement, il a commis le délit d'accaparement.

Mais, dira-t-il. vous pouvez assigner mes imprimeurs à vous prêter leurs presses, et vous gagnerez votre procès. Ainsi, par votre fait, il faut que je me jette dans lesembarras d'un procès. Et la Montée du ChAteau, m'enverrez-vous votre voiture pour la grimper? et ma toilette de palais, chargerez- vous votre valet de chambre de me la faire ? et les honoraires de mon avocat, est-ce vous qui les paierez pour moi ? Si, par ces obstacles sans nécessité et sans but que vous avez mis à la publication de mes pamphlets, ils me coûtent cinquante francs de trop, parce que vous ne m'avez point pris ces cinquante francs avec vos mains, croyez-vous que vous ne m'en ayez point fait tort?

M. Dufétre objecte encore qu'il ne me porte aucun préjudice, puisqu'il y a, à Nevers, un troisième imprimeur qui me fournil ses presses. Soit ; mais c'est comme si vous me disiez : Il y a ici trois confesseurs; en vous en interdisant deux, je ne vous porte aucun préjudice, puisqu'il vous on reste un pour vous donner l'absolution. Mais, je veux essayer des deux autres, pourquoi m'en empcchez-vous? qui vous autorise à m'ôter le droit de changer ? Et si je ne m'accommode point avec mon imprimeur, s'il me rançonne, s'il me fait mal ma besogne, où irai-je ? Alors, dit M. Lacroix (la seconde langue' de M. Dufétre), vous irez chercher un imprimeur à Moulins : ce n'est qu'à quatorze lieues de poste d'ici, el c'est un voyage charmant par l'Allier. — Très bien, monsieur i.acroix ; mais, supposons que je sois votre ennemi, que je sois

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assez riche pour subvenlionncr cl que je siibvcn'ionnc Ions les barbiers de la ville et des environs pour ne point vous raser, cela vous arrangcrail-il? — Non, diles-vous, car, alors, que ferais-je de ma barbe? — Eh bien ! vous iriez vous fa.re raser à Moulins : ce n'est qu'à quatorze lieues de poste d'ici, et c'est un voyage charmant par l'Allier.

Du reste, ce que j'en dis, ce n'est pas pour me plaindre d'un tort que m'a fait M. Dufctre : le digne homme n'a rien à se reprocher de ce côté-là ; c'est pour montrer quelle est la tolérance et l'esprit de charité des prêtres, et combien, sous le prétexte sacré de la religion, on fait d'arbitraire et de despotisme.

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Quelques mots sur un mandement 1

Des Jésuites 37

Des Banqueroutes 71

Je veux être recensé 107

Non , il n'y a pas eu de Révolution de Juillet 131

Les canons de 1»I. Miot 153

Un Flotteur, à la majorité du conseil municipal de Gla-

mecy 171

M. Nolens et M. Volens 183

Un quart d'heure de conversation entre mon saint patron

et le bon Dieu 191

A M, Dupin, sur sa lettre à M. Etienne, concernant la communauté des Jault 203

Un Évêque de village 225

MO TABLi^

Physiologie de l'Électeur de petite ville 245

Physiologie du professeur de rliélorique 251

M. de Ralisbonne, ou un commis- voyageur de la sainte

Vierge 263

De la Presse en province. . 2ftl

FIN l)K LA fx\ItLK.

PQ Tillier, Claude 24-50 Oeuvres T6

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