‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 117 sur 340 · Mai · texte numérisé non relu

Mai

Tant en ellect griefve fut la poincture,* Et de malheur Fadventure si pleine Que le beau lys en print noire taincture Et les trouppeaulx en portent noire laine.

Sur Tarbre sec s'en complainct Pbilomène, L'aronde* en faict criz piteux et tranchans, La tourterelle en gémit et en meine Semblable dueil; et j'accorde' à leurs chants.

0 francs bergers sur franche herbe marchans, Qu'en dictes-vous ? quel dueil , quel ennuy est-ce De veoir sécher la fleur de tous nos champs! Chantez , mes vers , chantez : adieu , liesse !

Nymphes et dieux, de nuict, en grand destresse La vindrent veoir, et luy dirent : « Hélas , Dors-tu icy, des bergers la maistresse , Ou si c'est mort qui t'a mise en ses las?

Las, ta couleur, telle comme tu Tas, iNous juge bien que morte tu reposes ; Ha, mort fascheuse ! oncques ne te meslas Que de ravir les excellentes choses.

Tant eust au chef* de sagesses encloses, Tant bien sçavoit le clos de France aymer. Tant bien y sceut an lys joindre les roses, Tant bien y sceut bonnes herbes semer!

Page 1