Pour te guérir
LE SECOND
J*ai faict tout ce qu'on sçauroit faire : J'ai souspiré, j'ay faict des criz, J'ay envoyé de beaulx escriptz, J*ay dansé et ay faict gambades,^ Je luy ay tant donné d' œillades Que mes yeulx en sont touts lassez.
LE PREMIER
Encore» n'est-ce pas assez.
LE SECOND
J'ay chanté, le diable m'emporte, l)<\s nuictz cent foys devant sa porte. Dont n'en veulx prendre qu'à tesmoings Trois potz à pisser, pour le moins.
(]ue sur ma teste on a cassés.
LE PREMKKB.
Kncores n'est-ce pas assez.
LE SECOND
Quand elle venoit au moustier.
J(» Tcittendois au bénoistier
l^our luy donner de l'eau béniste.
Mais elle s'enluvoit ])lus \iste
()ue lièvres, quand ilz sont chassez.
LE l'KEMlKK.
Kncores n'est-ce pas assez.
LE SECOND
Je luy îiy dict qu'elle estoit belle.
J'ay baisé la paix- après elle.
Je luv av donné Iruictz nouveaulx
1. Faire gambades indi(iuo ici la haut»* dans»*, rt danser, la basse dans*^ i'. A l'iiffraiulr, pendant 1rs rt'n-inonic's dr la nurssu».
(KUVRES DIVERSES. 3n
Acheptés en la place aux Veaulx, Disant que c estoit de mon creu ; Je ne sçay si elle Ta creu.
Et puis tant de boucquetz et roses!
Brief, elle a mis toutes ses* choses Au ranc des péchés effacez.
LE PREMIER
Encores n'est-ce pas assez.
Il falloit estre diligent De luy donner...
LE SECOND
Quoy?
LE PREMIER
De l'argent.
Quelcque chaisne d'or bien pesante, Quelcque esmeraulde bien luysante, Quelcques patenostres * de pois ; Tout soubdain cela seroit poix.^ Et en le prenant el' s'oblige.
LE SECOND
Eir n'en prendroit jamais, te dy-je; Car c'est une femme d'honneur.
LE PREMIER
Mais tu es ung maulvais donneur, Je le voy tresbien.
LE SECOND
Non suis point.
Mais croy qu'elle n'en prendroit point, En y eust-il plein troys barilz.