‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 40 sur 340 · AVEC LES DEUX ENFANS DU ROY, DELIVREZ · texte numérisé non relu

AVEC LES DEUX ENFANS DU ROY, DELIVREZ

DES MAINS DE l'eMPEREUR.

Puis que les champs, les uiontz et les vallées, Les fleuves doulx et les undes sallées Te font honneur à la venue tienne.

Princesse illustre et royne treschrestienne, Puis que clérons et bombardes tonantes, Chantres, oyseaulx de leurs voix résonnantes Tous à rehvy maintenant te saluent, Feray-je mal, si de ma plume fluent Vers mesurez, pour saluer aussi Ta grand haulteur, qui rompt nostre soucy ! Certes le son de ma lettre n*a garde D*estre si dur, comme d'une bombarde; Et si n'est point mortel, en terre, comme Voix de clérons* ou d'oysellet, ou d'homme; Parquoy, je croy que de toy sera pris Aultant à gré. Doncques, perle de pris. Par qui nous est tant de joye advenue, Tu sois la bien, et mieulx.que bien, venue!

1. Et ma poésie ne doit pas périr et disparaître comme ces bruits et ces chants. (Je crois, du moins, que tel est le sens.)

ÉPÏTRES. 53

Pourquoy as faict si longue demeurée?

Certainement ta venue honnorée De tarder tant tous languir nous faisoit; Mais bien sçavons que trop t'en desplaisoit.

N'est-ce pas toy qui du Roy fuz esprise Sans l'avoir veu, mesme après sa prise, Où tellement aux armes laboura Que, le corps pris, l'honneur luy demoura? N'est-ce pas toy qui sentis plus fort croistre L'amour en toy, quand tu vins à congnoistre Et veoir son port, forme, sens et beaulté Qui ne sent rien que toute royaulté?

N'est-ce pas toy qui songeoys nuict et jour A le remettre en son privé séjour?

Et qui depuis, en prison si amère, A ses enfans feis office de mère.

Jusqu'à donner à ton cher frère auguste Doubte de toy, voyre doubte trésjuste?

Car je croy bien, si eusses eu l'usage Des artz subtilz de Médée la sage , Qu'en blancs vieillards tu eusses transformez Ces jeunes corps tant beaulx et bien formez Pour les mener secrètement en France, Et puis rendu leur eusses leur enfance.

Or, Dieu mercy, amenez les as-tu Sans nigromance, ou magique vertu, Ains par le vueil de Dieu qui tout prévoit Et qui desjà destinée t'avoit Femme du roy, duquel et jours et nuictz Tu as porté la moytié des ennuiz ; Dont raison veult et le droict d'amytié Que maintenant reçoives la mOytié

De sa grand joye et du règne puissant Et de l'amour du peuple obéissant.

• 0 royne, donc, de tes subjects loyaulx Vien recepvoir les haultz honneurs royaulx. Veoir te convient ton royaulme plus loing; Tu n'en as veu encor qu'un petit coing. Tu n'as rien veu, que la Doue et Gironde;* Bien tost verras la Chérante profonde, Loyre au long cours, Seine au port fructueux, Saône qui dort , le Rosne impétueux ; Aussi la Somme et force aultres rivières, Qui ont les bortz de fortes villes fières, Dont la plus grande est Paris sans pareille.

Là et ailleurs desjà on t'appareille Mystères, jeux, beaulx paremens de rues. Sur le pavé fleurs espesses et drues.

Par les quantons,* théâtres, colisées.' Brief, s' on pouvoit faire Champs Élisées, On les feroit pour mieulx te recevoir.

Mais que veut l'on encor te faire veoir? Pourroit-on bien augmenter tes plaisirs?

N'as-tu pas veu le grand de tes désirs. Ton cher espoux, nostre souverain roy?

Si as tresbien ;* mais encores je croy Qu'en gré prendras et voirras voulentîers Les appareilz du J)euple en maintz quartiers: Et qui plus est , en cela regardant ,

1. Cette épîtrc fut présentée à Bordeaux, où la reine Éléonore vint avec le Roi le lendemain de son mariage.

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