ADIEUX A LA VILLE DE LYON
Adieu, Lyon qui ne mords point, Lyon plus doulx que cent pucelles, Sinon quand Tennemy te poinct.
Alors ta fureur point ne cèles.
Adieu aussi à toutes celles Qui embellissent ton séjour : Adieu , faces claires et belles , Adieu vous dy, comme le jour. *
Adieu, cité de grand valeur, Va citoyens que j'ayme bien.
Dieu vous doint la fortune et Theur Meilleur que n'a esté le mien.
J'ay receu de vous tant de bien , Tant d'honneur et tant de bonté Que volun tiers dirois combien:
Mais il ne peult estre compté.
Adieu les vieillardz bien heureux , Plus ne faisans la court aux dames ,
1. Je suis tcntt^ dv compnMidre claires et belles comme le jour; bien qu'on puiss(> voir uno locution provorbiale dans dire adieu comme le jour.
Toutesfoys tousjours amoureux De vertu , qui repaist voz âmes.
Pour fuyr reproches et blasmes,* De composer ay entreprins Des épitaphes sur voz lames,* Si je ne suis le premier prins.
Adieu, enfans plein de sçavoir.
Dont mort l'homme ne deshérite :
Si bien souvent me vinstes veoir, Cela ne vient de mon mérite.
Grand mercy, ma Muse petite, C'est par vous ' et n'en suis marry : Pour belle femme Ton visite A tous les coups un layd mary.
Adieu la Sône* et son mignon Le Rosne qui court de * vistesse :
Tu t'en vas droicten Avignon, Vers Paris je prens mon addresse.^ Je diroys : adieu, ma maistresse; Mais le cas viendroit mieulx à poinct Si je disols : adieu jeunesse , Car la barbe grise me poinct.
Va, Lyon, que Dieu te gouverne!
Assez long temps s'est esbatu
i . Les reproclies qui s'attachent aux écrits frivoles. ^