SUSCRIPTION
Lettre mal taictc et mal escripte, Voile de par ccst escrivant Vers la plus noble Marguerite Qui soit point au monde vivant.
La main tremblant dessus la blanche carte Me voy souvent : la plume loing s'escarte, L'encre blanchist, et l'esperit prend cesse, Quand j'entreprens (trèsillustre Princesse) Vous faire escriptz ; et n'eusse prins l'audace Mais Bon Vordoir, qui toute paour efface,
ÉPITREÉ
M'a dict : « Crains tu à escrire soudain Vers celle là qui oncques en desdain Ne print tes faicts ? » Ainsi à l'estourdy Me suis monstre (peult estre) trop hardy, Bien congnoissant néant moins que la faulte Ne vient sinon d'entreprise trop haulte ; Mais je m'attens que soubz vostre recueil Sera congneu le zèle de mon vueil.
Or est ainsi, Princesse magnanime, Qu'en hault honneur et triumphe sublime Est fleurissant en ce camp où nous sommes Le conquérant des cueurs des gentilzhommes . C'est Monseigneur, par sa vertu loyalle Eslcu en chef de l'armée royalle, Où l'on a veu de guerre maintz esbatz, Advanturiers esmouvoir gros combatz Pour leur plaisir ; sur petites querelles Glaives tirer et briser allumelles, S'entrenavrans de façon fort estrange ; Car le cueur ont si trèshault, qu'en la fange Plutost mourront que fuyr à la lice ; Mais Monseigneur, en y mettant police, A def fendu de ne tirer espée.
Si on ne veult avoir la main couppée.
Ainsi piétons n'osent plus desgayner, Dont sont contraints au poil s'entretrainer, Car sans combattre ilz languissent en vie, Et croy (tout seur) qu'ilz ont trop plus d'envie D'aller mourir en guerre honuestement Que de mourir chez eulx oysivement.
Ne pensez pas, dame où tout bien abonde, Qu'on puisse veoir plus beaulx hommes au monde ; Car (à vray dire) il semble que Nature Leur ayt donné corpulence et factm-e Ainsi puissance, avec le cueur de mesmes, Pour conquérir sceptres et dyadesmes En mer, à pied, sur coursiers ou genetz, Et ne desplaise à tous nos lansquenetz, Qui ont le bruyt de tenir aulcun ordre, IVIais à ceulx cy n'a point tant à remordre.
clèMent m a rot
Et qui d'entre culx 1' '
Voysc orendroit veoir ti. .'...., ... .,„..w^ D'adventuriers Usus de nobles f^enn :
Nobles sont ilz, pompeux * • s.
Car chascun jour an camp cur enseigne Font exercice, et l'un à l'autre enseigne A tenir ordre, a ^ ^ ■ pic.
Ou le Verdun, ^ ise ou picqoe.
De l'autre part, soubz ses fiers estandars Mcinc Boucal mille puissans M irs, Qui ayment plus dcbatz et guerres
Qu'un laboureur bonne paix en ses terres ; Et qu'ainsi soit, quand rudement se battent Advis leur est proprement qu'ilz s'esbatent.
D'autre costé voyi on le plus souvent Lorges jectcr ses enseignes an vent, Pour ses piétons faire ûsiter aux armes, Lors que viendront les périlleux vacarmes ; Grans hommes sont en ordre triumphans, Jeunes, hardis, roides comme elephans, Fort bien armez, corps, testes, bras et gorges : Aussi dict on : les hallecrctz de Lorges.
Puis de Mouy les nobles et gentilz, Et de Boucal les hommes peu craintif z ; Brief, Hercules, Montmoreau et Danieres Ne font pas moins triumpher leurs bannières, Si que deçà on ne sçauroit trouver Homme qui n'ayt désir de s'esprouver, Pour acquérir par haulte œuvre belliquc L'amour du roy, le vostre frère unique : Et par ainsi, en bataille ou assault.
N'y aura cil qui ne prenne cueur hault, Car la pluspart si hardiment yra, Que tout' la reste au choc s'enhardira.
De jour en jour, une campagne verte Voit on icy de gens toute couverte, La picque au poing, les trenchantes espées Ceinctes à droict. chausse ures découpées. Plumes au vent, et haultz fiffres sonner Sur gros tabours qui font l'air resonner,
EPITRES
Au son desquelz, d'une fiere façon Marchent en ordre, et font le limaçon, Comme en bataille, affin de ne faillir Quand leur faudra def fendre ou assaillir, Tousjours crians ; « Les ennemys sont nostres ! ; Et eu tel poinct sont les six mil apostres Délibérez soubz l'espée Sainct Pol, Sans qu'aucun d'eulx se monstre lasche ou mol.
Souventefoys par devant la maison De Monseigneur viennent à grand' foyson Donner l'aulbade à coups de hacquebutes, D'un autre accord qu'espinettes ou flustes.
Après oyt on sur icelle praerie Par grand' terreur bruyre l'artillerie, Comme canons doubles et racoursiz, Chargez de pouldre et gros bouletz massifz, Faisans tel bruit qu'il semble que la terre Contre le ciel vueille faire la guerre.
Voyla comment (Dame trèsrenommée) Triumphamment est conduicte l'armée.
Trop mieulx aymant combattre à dure oultrance Que retourner sans coup ferir en France.
De Monseigneur, qui escrire en vouldroit, Plus clair esprit que le mien y fauldroit ; Puis je sens bien ma plume trop ruralle Pour exalter sa maison liberalle, Qui à chascun est ouverte et patente.
Son cueur tant bon gentilzhommes coniente. Son bon vouloir gens de guerre entretient,* Sa grand' vertu bonne justice tient, Et sa justice en guerre la paix faict, Tant que chascun va disant (en effect) : « Voycy cellùy tant libéral et large.
Qui bien mérite avoir royalie charge ; C'est celluy là qvii tousjours en ses mains Tient et tiendra l'amour de tous humains ; Car puis le temps de César dict Auguste, On n'a point veu prince au monde plus juste ! »
Tel est le bruict qui de luy court sans cesse Entre le peuple et ceulx de la noblesse,
CLÉMENT MAROT
Qui chascuu jour honneur hdre \nj Tteiinc&t Dedans sa chambre, où maintz propoft te tiennent, Non pas d'oyseaulv, de chien» ne leort aboyt : i mis leurs devi^ ce <>ont haches, grosboys, Lances, hamoys, estandart, gouffanont, Salpestre, feu. bombarda et canons :
Et semble advis, à les ouyr parler, Qu'oncques ne fut mémoire de baller.
Bien cscrirois encores autre chose, Mais mieulx me vault rendre ma lettre do» En cest endroict : car les >i ! endent
Mon rude style, et du tout Ui -...udcnt De plus rien dire, affin qu'en cuydant plaire, Trop long escript ne cause le contraire. Et pour autant (Princesse cordiallc.
Tige partant de la fleur lilialle) Je vous supply cestc epistre en gre prendre, Me pardonnant de mon trop entreprendre.
Et m'estimer (si peu que le dessers) fousjours du reng de voz trcshumbles serfz.
Priant ccUuy qui les âmes heurées Faict triumpher aux maisons syderées Que son vouloir et souverain plaisir Soit mettre à fin vostre plus hault désir.
AU ROY
En m'csbatant je fais rondeanlx en rithmc. Et en rithmant bien souvent je m'enrime ; Brief, c'est pitié d'entre nous rithmailleurs. Car vous trouvez assez de ritlime ailleurs, Et quand vous plaist mieulx que moy rithmassez. Des biens avez et de la rithme assez : Mais moy, à tout ma rithme et ma rithmaille, Je ne soustiens (dont je suis marry) maille. Or ce me dit (un jour) quelque rithmart :
-^ ÉPITRES
« Viença, Marot, treuves tu en rithme art Qui serve aux gens, toy qui a rithmassé ? — Ouy vrayment (dy je) Henry Macé :
Car vois tii bien la personne rithmante Qui au jardin de son sens la rithme ente, Si elle n'a des biens en rithmoyant, Elle prendra plaisir en rithme oyant ; Et m'est ad vis, que si je ne rithmoys. Mon povre corps ne seroit nourry moys Ne demy jour ; car la moindre rithmette C'est le plaisir où fault que mon rys mette. »
Si vous supply qu'à ce jeune rithmeur Faciez avoir un jour par sa rithme heur, Affin qu'on die, en prose ou en rithmant : « Ce rithmailleur qui s'alloit eurimant, Tant rithmassa, rithma et rithraonna.
Qu'il a congneu quel bien par rithme on a. i>