LIVRE 11, CHAPITRE XL
pai'lez à traict et sans cholere. J'entends le cas; poursuivez. Vrayement, disi le seigneur de Baisecul, c'est bien ce que Ton dit qu'il fait bon adviser aucunesfois les gens, car un homme advisé en vault deux.
Or, monsieur, dist Baisecul, ladite bonne femme, disant ses gaudes' et audi nos, ne peut se couvrir d'un revers fauh montant par la vertus guoydes privilèges de l'université, sinon par bien soy bassiner anglicquement, le couvrant d'un sept de quarreaux, et luy tirant un estoc volant au plus près du lieu où l'on vend les vieux drapeaux, dont usent les peintres de Flandres , quand ilz veulent bien à droit ferrer les cigalles ; et m'esbahis bien fort comment le monde ne pond, veu qu'*i fait si beau couver.
Icy voulut interpeller et dire quelque chose le seigneur de Humevesne, dont luy dist Pantagruel: Et ventre saint Antoine, t'appartient il de parler sans commandement? Je suc icy de ahan^, pour entendre la procédure de vostre différent , et tu me viens encores tabuster? Paix, de par le diable, paix : tu parleras ton sou, quand cestuy cy aura achevé. Poursuivez, dist il à Baisecul, et ne vous hastez point.
Voyant donc, dist Baisecul,
Que la pragmatique sanction N'en faisoit nulle mention,
et que le pape donnoit liberté à un chascun de peter à son aise, si les blanchetz n'estoient rayés, quelque pauvreté que fust au monde, pourveu qu'on ne se signast de la main gauche de ribaudaille, l'arc en ciel, fraîchement esmoulu à Milan pour esclorre les allouettes, consentit que la bonne femme esculast les isciaticques par le protest des petits poissons cou illatris, qui estoient pour lors nécessaires à entendre la construction des vieilles bottes : pourtant Jehan le Veau, son cousin gervais remué d'une busche de moulle, luy conseilla
* Gaude ou gaudeatnus. Baisecul nés qui coumeitceut par ces mots, fait allusion aux prières on antien- ^ De fatigue.
PANTAGRUEL. -iSO
qu'elle ne se mist point on ce hazard de laver la b«co hrimballatoire sans premier allumer le papier : à tant pille, nade, jocque^ fore : car
Non de ponte vadit Qui cum sapientia cadit ',
attendu que messieurs des Comptes ne convenoient pas bien en la sommation des fluttes d'Alemant, dont on avoit basty les Lunettes des princes^ imprimées nouvellement à Anvers. Et voyia, messieurs, que fait mauvais rapport. Et en croy partie adverse, in sacer verho é/o/w 2. Car, voulant obtempérer au plaisir du roy, je me estois armé de pied en cap d'une carrelure de ventre , pour aller voir comment mes vendangeurs avoient deschicqueté leurs hauts bonnetz, pour mieulx jouer des manequins : car le temps estoit quelque peu dangereux de la foire, dont plusieurs francs archiers avoient esté refusés à la monstre, non obstant que les cheminées fussent assez hautes, selon la proportion du javart et des malandres, laroybaudichon. Et, par ce moyen, fut grande année de caqueroUes en tout le pays de Artoys, qui ne fut petit amendement pour messieurs les porteurs de coustrets, quand on roangeoit sans desguainer coquecigrues à ventre déboutonné. Et, à la mienne volunté que chascun eust aussi belle voix, l'on en joueroit beaucoup mieulx à la paulme, et ces petites finesses qu'on fait à etymologiser les patins descendroient plus aisément en Seine, pour tousjours servir au pont aux meusniers^, comme jadis fut décrété parleroy de Canarre, et Tarrest en est encores au greffe de céans. Par ce, monsieur, je requiers que, par vostre seigneurie, soit dit et déclaré sur le cas ce que de raison, avec despens, dommages et interestz.
' Le dicion est : Non de ponte ^ Pour in ver/jo sacefxlolis. C'est
cof/it qui cum sapientia vadit. Ge- ce qu'on appelle une Inièse.
lui qui marche avec pinidence ne ^ Ancien poni au- dessous du
Icmbe pas du baut du pont. pont au Change, détruit eu 150C.