CHAPITRE XXIÏ
Gommeot Fanorve patroetnc à l'ordre des firatres mendiaiw.
Issant de la chambre de Raminagrobis, Panurge comme tout effrayé dist : Je croy, par la vertu Dieu , qu'il est hérétique , ou je me donne au diable. 11 mesdit des bons pères mendians cordeliers, et jacobins^ qui sont les deux hémisphères de la christienté, et par la gyrognomonique circumbilivagination desquelz, comme par deux filopendoles coelivages, tout Tantonomatic matagrabolisme de Teglise romaine y quand elle se sent emburelucoquée d'aucun baragouinage d'erreur ou d'heresie, homocentricalement se trémoussée Mais que tous les diables luy ont fait * les pauvres diables de capussins , et minimes? Ne sont ilz assez mesbaignés ^ les pauvres diables? Ne sont ilz assez enfumés^ et perfumés de misère et calamité, les pauvres haires^ extraictz de ichthyophagie *? Est il, frère Jean, par ta foy, en estât de salvation '? il s'en va, par Dieu, damné comme une serpe® à trente mille bottées de diables. Mesdire de ces bons et vaillans pilliers d'église? Appeliez vous cela fureur poétique? Je ne m'en peux contenter : il pèche villainement, il blasphème contre la re-
' Rabelais n'ose pas critiquer les entortillée par certain langage trom-
nbus de TÉglise en termes connus ; peur et hérétique , se trémonsse
il eu invente d'assez plaisants, pour dans le même centre, étouffer sous le rire les récrimina- ' Mais que diable lui ont fait ? tions des pattes-pelues . Voici à peu ^ Tourmentés, près le sens de la phrase : * Dont la substance, la nourri-
Et par le tournoiement circulaire ture n'est que de poisson, desquels, comme au moyen de deux ^ Salut.
contre-poids tirés du ciel, rhypocri- ^ Gomme un serpent [serpe, en
sie de TÉglise romaine se sentant italien).
l%îon. Ten suis fort scandalisé. Je^ dist frère Jean ^ ne m'en soucie d'un bouton * . Hz mesdisent de tout le monde : si tout le moude mesdit d'eux ^ je n'y prétends aucun interest. Voyons ce qu'il a eseht.
Panurge leut attentitement Tesoiture du bon tieillard , puis leur dist : 11 resve te pauvre beureur. Je l'excuse toutes* fois. Je croy qu'il est près de sa fin. Allons faire son epitaphe. Par la response qu'il nous d<Mine, je suis aussi sage que onques puis ne foumeasmes nous 2. Escoute ça^ Epistemon^ mon bedon. Ne l'estimes tu pas bien résolu en ses responses? Il est^ par Dieu sophiste argut, ergoté et naif. Je gaige qu'il est marrabais ^. Ventre bœuf, comment il se donne garde de mesprendre en ses paroles! Il ne respond que par disjonetites. Il ne peut ne dire vray. Car à la vérité d'icelles si^ffit l'une partie estre vraye. O quel patelineux ! Saint lago de Bressuire^ en est il encores de Teraige*? Ainsi ^ respondit Ëpistemon, protestoit Tiresias ^^ le grand Taticinateur, au commencement de toutes ses divinations , disant apertement à- ceux qui de luy prenoient advis : Ce que jediray adviendra ou n'adviendra point. Et est le style des prudens pronosticqueurs. Toutesfois, dist Panurge, Juno luy creva les deux yeulx. Voire, respondit Epistemon, par despit de ce qu'il avoit mieulx sententié qu'elle sus le doubte proposé par Jupiter.
Mais, dist Panurge, quel diable possède ce maistre Rami* ns^robis, qui, ainsi, sans propos, sans raison, sans occasion, mesdit des pauvres beatz pères jacobins, mineurs, et minimes? J'en suis grandement scandalisé, je vous affie *, et ne m'en
* Je ne m'en soucie pu plus que cette race , est-ce que cette race
d*on boaton. a'est pa$ éteinte?
2 Cette expression proverbiale, ^ Voici les paroles de Tiresias à
que nons avons soovent trouvée Ulysse, dans Horace :
dans Rabelais, paraît signifier ici , q LaertUde, qoidquid dicam , aut mt, ant comme Tentend Jc^annean : « Je , non.
. suis aussi éclairé qne je l'étais ^'^'- "' "**• ^' ^*" *'-^
« auparavaat. » * Je vous Tassare , vous le ga-
' Reniât. rantis. Afjfier appartient encore att
*. Y a-t-il eaeore des gens de patois d« Berry.