‹ Œuvres, collationees pour la premiere fois sur les editions originalesChapitre 64 sur 296 · LIVRE I , CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

LIVRE I , CHAPITRE XXVIII

Un des bergiers qui gardoiént les vignes, nommé PiUot , se transporta devers lui en icelle heure, et raconta entièrement les excès et pillages que faisoit Picrochole, roy de Lerné, en ses terres et dommaines; et comment il avoit pillé, gasté, saccagé tout le pays, excepté le clos de Seuillé, que frère Jean des Entommeures avoit sauvé à son honneur, et de présent estoit ledit roy en la Roche Clermaud , et là, en grande instance, se remparoit luy et ses gens.

Holos, holos*, dist Grandgousier, qu'est cecy, bonnes geiis? Songe je, ou si vray est ce qu'on me dit? Picrochole, mon amy ancien, de tout temps, de toute race et alliance, me vient il assaillir? Qui le meut? qui le poinct? quileconduict? qui Ta ainsi conseillé? Ho, ho, ho, ho, ho^, mon Dieu, mon Sauveur, aide moy, inspire moy, conseille moy à ce qu'est de faire. Je proteste, je jure devant toy, ainsi me sois tu favorable, si jamais à luy desplaisir, ne à ses gens dommage, ne en ses terres je fis pillerie : mais, bien au contraire, je Tay secouru de gens, d'ai^ent, de faveur, et de conseil, en tous cas qu'ay peu cognoistre son avantage. Qu'il m'ait donc en ce point oultragé, ce ne peut estre que par l'esprit raaUng. Bon Dieu, tu cognois mon courage, car à toy rien ne peut estre celé. Si par cas il estoit devenu furieux, et que, pour luy rehabilliter son cerveau , tu me l'eusse icy envoyé, donne moy et pouvoir et savoir le rendre au joug de ton saint vouloir par bonne discipline.

Ho, ho, ho. Mes bonnes gens, mes amis, et mes. féaux serviteurs, fauldrail que je vous empescbe' à m'y aider? Lasi ma vieillesse ne requeroit dorénavant que repos, et toute ma vie n'ay rien tant procuré * que paix : mais il fault, je le voy

c'est faire jaillir par frottement des les anciennes éditions , trois fois étincelles d*un tison enflammé. — • seulement dans les plus modernes. Nous avons vu plus d'une fois pra- ^ Empescher, dans la vieille Untiquer dans les campagnes ce passe- gue du droit {Impechiàre , in jus temps à la Grandgousier. vocare^ Du Cange), c'est sommer , ' Holos , pour hélas ! se dit en contraindre. Impeackmeutj en anlimousin, en saintongeois. glais, signifie accusation.

^ Mo est répété cinq fois dans * jRechercfaé.

. bien^ que maintenant de harnols je charge mes pauvres espaules lasses et foibles, M en ma main tremblante je prenne * la lance et la masse, pour secourir et garantir mes pauvres subjects. La raison le veult ainsi : car de leur labeur je suis entretenu , et de leur sueur je suis nourry, moy, mes enfans et ma famille. Ce non obstant, je n'entreprendray guerre que je n'aye essayé tous les ars et moyens de paix; là je me resouls 2.

Adonc fit convoquer son conseil, et proposa raifairc tel comme il estoit ^, Et' fut conclud qu'on envoiroit quelque homme prudent devers Picrochole, savoir pourquoy ainsi soudainement estoit party de son repos, et envahy les terres * esquelles n'avoit droit quiconques. Davantage, qu'on envoyast quérir Gargantua et ses gens, afin de maintenir le pays, et défendre à ce besôing^. Le tout pleut à Grandgousier, et commanda qu'ainsi fust fait^. Dont sus Theure envoya le basque son laquays quérir à toute diligence Gargantua. Et luy escrivit comme s'ensuit.

* Édit. de Doiet. Dans d'autres, pies jusqu'à la fin du xvii* siècle.

preigne. * Et avait envahi.

^ Édit. de Dolet. Dans d'autres * Afin de protéger, conserver le résolus. Cest-à-dire telle est ma pays et le défendre dans cette nérésolution, cessité.

' On sait qu'autrefois affaire ^ 11 est facile de reconnaître

était du genre masculin. On en dans cette peinture naïve le bon

trouve même de nombreux exem- Louis XIL

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