‹ Œuvres, collationees pour la premiere fois sur les editions originalesChapitre 75 sur 296 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

<ly«i«Ml« MiipplciBCiit tmi H eaplUlae Trlpet et noire* f «Bs û% Plerocbole.

Ces mùiz entendus^ aucuns d'entre eux oommenoerent avoir frayeur, et se seignoient* de toutes mains, pensans que ce fust un jdiabk desguisé : et quelqu'un d'eux, nommé Bon Joan, capitaine des franctopins^, tira ses heures de sa braguette, et cria assez haut, *Ayi6c 6 ôsô; 3. Si tu es de Dieu, si parle : si tu es de l'autre , si t'en va. Et pas ne s'en alloit : ce que entendirent plusieurs de la bande , et departoient de h compagnie ; le tout notant et considérant Gymnaste. Poui^ tant fit semblant descendre de cheval, et, quand fut pendant du costé du montouer^ fit soupfdement le tour de restrivi^re ^, son espée bastarde au costé, et, par dessous passé , se lança en Tair, et se tint des deux pieds sus la selle , le cul tourné vers la teste du cheval. Puis dist : Mon cas va au rebours. Adonc, en tel point qu'il estoit, fit la gambade

' Faisaient des signes de croix.

2 Taupins ou taupiers était le sobriquet donné aux francs-archers cfcs villages. On sait que celte milice irrégttUère, créée sous Clu^rles Vil , abolie par Louis XII et rétablie en 1523, ne s^était jamais distinguée par son courage. Aussi Rabelais fait-il jouer ici au capitaine Boujan le rôle d'un poltron.

Le poète Villon ne fait pas un brave de sou franc archer.

Il a été composé sur cette milice One cbanson fort curieuse.

Nous nous contenterons d'eu citer un couplet :

Un franc-tanpin son testament faisoit Honaettcment dedans le presbytère , Et 9Î laisria sa femme à son vicaire.

Et lui bailla Ja cl«f de la maison.

Dcriron, vignette suz vi^non.

Ou bien :

Le franc archer A ta gnerre s'en va ; Testameiita comme un cbrcslieH doit faire U a laissé sa femme à son Tïcaire , Et au cure les clefs de sa maison.

Viragon, vignette sus vignon.

^ Le Dieu saint. C'est ainsi que commence la prière grecque nommée Trisagion.

* Le tour de Tétrier.

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sus un pied, et, tournant à senestre*, ne failloit onques de rencontrer sa propre assiette sans en rien varier. Dont dist Tripet: Ha, ne feray pas cestuy là pour ceste heure, et pour cause. Bren2, dlst Gymnaste, j'ai failly, je vais défaire cestuy sault. Lors , par grande force et agilité , fit, en tournant à dextre, ]a gambade , comme d'avant. Ce fait , mit le poulce de la dextre ^ sus Farsori de la selle, -et leva tout le corps en rair> se soustenant tout le corps sus le muscle et le nerf dudit poulce, et ainsi se tourna trois fois : à la quatriesme, se renversant tout le corps sans à rien toucher, se guinda^ entre les deux oreilles du cheval, soudant tout le corps en l'air sus le poulce de la senestre^ ; et, en cest estât, fit le tour du moulinet ; puis, frappant du plat de la main d«xtre sus le milieu de la selle, se donna tel branle qu'il s'assist sus la crope, comme font les daraoiselles.

Ce fait, tout à Taise passa la jambe droite par sus la selle, et se mit en estât de chevaucheur, sus la croppe. Mais, dist il, roieulx vault que je me mette entre les arsons. Adonc^s'appuyant sus les poulces des deux mains à la crope devant soy, se renversa cul sus teste en Tair, et se trouva entre les arsons en bon maintien ; puis , d'un sobresault, se leva tout le corps en Tair, et ainsi se tint pieds joincts entre les arsons , et là tournoya plus de cent tours, les braâ esteadus en ctoIx, et crioit ce faisant à haute voix : J'enrage, diables, j'enrage, j'enrage, tenez moy, diables, tenez moy, tenez., •

Tandis qu'ainsi voltigeoit, les maroufles, en grand esbahissement, disoient l'un à l'autre : Par la merdé®, c'est un lutin, ou un diable ainsi déguisé. Jb hoste maligno libéra nos , Domine ; et s'en fuy oient à la route, regardans derrière soy, comme un chien qui emporte un plumail '.

I Sus un pied tournant h senes' du Poitou et de la Touratne. Jeanne

/re, e^ne/az7/i7, édit. ant. à'l53â. d*Arc se donnait à elle-même le

-^ Bien y ©dit. au t. à 1535.' nom àefiUe Dé.

^ De la main droite. "^ Un plumail ne signifie pas ici

* Se tint roide. une volaille , comme le supposent ^ De la main gauche. les commentateurs. Dans l'Ouest ,

* Par la m^re de Dieu. Juron c'est le nom du plumeau; CotgraTe

Lors Gymnaste ^ voyant son advantagc, descend de cheval, desgaine son espée^ et à grands coups chargea sus les plus huppés^ et les ruoit^ à grands monceaux^ blessés^ navrés , et meurtris, sans que nul luy resistast, pensans que ce fust un diable affamé^ tant par les merveilleux voltigemens qu'il avoit fait^ que parles propos que luy avoit tenu Trîpet, en Tappellant pa.uvre diable. Sinon que Tripet, en trahison, luy voulut fendre la cervelle de son espéé lansquenette : mais U estoit bien armé , et de cestuy coup ne sentit que le chargement; et soudain se tournant, lança un estoc volant* audit Tripet, et, ce pendant qu'iceluy se couvroit en haut, luy tailla d'un coup l'estomac, le colon, et la moitié du foye; dont tomba par terre , et tombant rendit plus de quatre potées de soupes , et l'ame meslée parmy les soupes.

Ce fait. Gymnaste se retire, considérant que les cas de hazart jamais ne fault poursuivre jusques à leur période : et qu'il convient à tous chevaliers reverentement traicter leur bonne fortune, sans la molester ny gehenner. Et, montant sus son cheval, luy donne des espérons , tirant droit son chemin vers la Vauguyon, et Prelinguand avec luy.

traduit plumaïl par dutter offeathers. Mais, pour comprendre U comparaison de Rabelais, il faut savoir que le plumeau consiste en nu aileron d*oie on de dinde. Au point de section il reste toujours quelques tendons, qui affriandent les chiens. Aussi ne se font-ils pas fanie de voler aux ménagères leur plumait; mais comme ils aiment peu à mordre dans la plumfe, ils

saisissent le piumail par les ten* dons , ce qui les force à porter la iôte de côté.

Nous devons ajouter que la locution dont se sert Rabelais est encore parfaitement usitée dans la Charente, et qu*on la comprend ainsi.

' LeDuchat prétend que c^est un bâton que Ton lançait. Nous croyons qu'il s'agit plutôt d'un coup porté à la volée.

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