‹ Œuvres, collationees pour la premiere fois sur les editions originalesChapitre 77 sur 296 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

Commeiit Garvanina soy peignant Ail«olC lomtecr de ses chevenx les bonllets d'artillerie.

Issus de la rive de Vede, peu de temps après abordèrent au chasteau de Grandgousier, qui les attendoit en grand désir. A sa venue *, ilz le festoyèrent à tour de bras; jamais on ne vit gens plus joyeux : car supplementum suppûmenti chronîcorum dit que Gargamelle y mourut de joye : je n'en scay rien de ma part; et bien peu me soucie ny d'elle ny d'autre*^. I^ Vérité fut que Gargantua , se refraichissant d'habillemens, et se testonnant* de son peigne (qui estoit grand de cent cannes *, tout appointé de grandes dents d'elephans toutes entières), faisoit tomber à cbascun coup plus de sept balles de bouUets qui luy estoient demourés entre ies cheveux à la démolition du bois de Vede.

Ce que voyant Grândgousier son père, pensoit que fussent poux, et luy dit : Dea, mon bon filz, nous as tu apporté jusquesicy des esparviers de Montagu 5? Je n'entendois que là tu fisses résidence. Adonc Ponocrates respondit : Seigneur, ne pensez pas que je Tàye mis au coUiege de pouillerie qu'on nomme Montagu : mieulx l'eusse voulu mettre entre les guo-

* Éd.ant. à 1535 et éd. de lô35. * De teptcanneg, éd. uni. h ïHâ. — Dans les antres, on a imprimé ^ « Ce sont poux que les capètes à tort : à leur venue, ilz se fes- portent sur leurs habits , comme toyereut. «sparviers sur le poing, » dit un

' Dans Téd. ant. à 1535, on lit : ancien commentalenr. Les capc'cs

ny d*eîle ny tVanlre fenime que ou écoliers du collège de Monlaigu

soit. étaient pauvres, et ne brillaient pus

* S'arrangeant leR cbeveult. Jjar la propreté.

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naux de Saint Innocent *, pour Tenorme cruaulté et villenie que j'y ay cogneu : car trop mieulx sont traictés les forcés ^ entre les Maures et Tartares, lès meurtriei*s en la tour* criminelle, voire certes les chiens en vostre maison, que ne sont ces malautrus au dit colliegé. Et, si j'estois roy de Paris, le diable m'emport si je ne niettois le feu dedans, et faisois brusler et principal et regens , qui endurent ceste inhumanité devant leurs yeulx estre exercée. Lors , levant un de ces boullets , dist : Ce sont coups de canons que naguieres a receu vostre filz Gargantua , passant devant le bois de Vede , par la trahison de vos ennemis.

Mais ilz en eurent telle récompense qu'ilz sont tous péris en la ruine du chasteau ; comme les PhÛistins par l'engin de Sanson, et ceux que opprima^ la tour de Siloé; desquelz est escrit, Luc, 13. Iceux je suis d'advis que nous poursuivons, ce pendant que l'heur est pour nous : car l'occasion a tous ses cheveux au front : quand elle est oultre passée , vous ne la pouvez plus revocquer; elle est chauve par le derrière de la teste, et jamais plus ne retourne. Vrayement, dist Grandgousier, ce ne sera pas à ceste heure, car je veulx vous festoyer pour ce soir, et soyez les très bien venus.

Ce dit , on appresta le souper, et de surcroist furent roustifi seize bceufz^ trois génisses , trente et deux veaux, soixante et trois chevreaux moissonniers^, quatre vingt quinze moutons, trois cens gorets de laict à beau moust*, unze vingt perdrix , sept cens bécasses , quatre cens chappons de Loudunois et Cornouaille , six mille poullets et autant de pigeons , six cens galinottes^, quatorze cens levraux, trois cens et trois o»-

' Gueux qai hantaient le ctme- une redevance. Celte interprétation

tière de ce nom. nous parafé meilleure que c«ile de

' Les forçats. Le Duchat, qui veut que ce soient

^ (Édit. aht. àl53ôetédit. de des chevreaux de iait^ moisson-

1 535.) Les autres ont prison. niers pour mulsonmers^ de mulgeo,

^ Qu'écrasa. ^ Cochons de lait assaisonnés

* Moi sou, moè'son, fermage, re- avec du vin doux, muttum» — Le

devance, d'où moissonneur, mois- moût jouait un grand rôle dans la

sonuier. (Voy. Du Cange.) Il s'agit cuisine de nos aitUY.

donc ici de chevreaux constituant "' Gelinotte».

tardes, et mille sept cens hutaudeaux * : de Tenaison, l'on ne peut tant soudain recouvrir, fors unze sangliers qu'envoya Tabbé de Turpenay ^, et dix et huit bestes fauves que donna le seigneur de Grandmont ; ensemble sept vingt faisans qu'envoya le seigneur des Ëssars, et quelques douzaines de ramiers, d'oiseaux de rivière, de cercelles,', buours*, coudes, pluviers^ Crancolys^ cravans^, tyraosont*, vanereai», tadoumes^, pochecullieres •, pouacres*, hegronneaux *•, foulques *\ aigrettes, cigoingnes, cannes petieres*^, oranges, flammans (qui sont phœnicopteres) , terrigoles *', poulies de Inde; force coscossons *^, et renfort de potages. Sans point de faulte, y estoitde vivres abondance ** : et furent apprestés honnestement par Frippesaulce, Hoschepot et PiUeverjus, cuisiniers de Grandgousier. Janot, Mlcquel, et Verrenet, appresterent fort bien à boire.

' Chapons. (Coigrave.)

' L'abbaye de Turpenay et la seigneurie de Grandmont étaient sur la jroote de Tours à Chinon.

^ Sarcelles.

* Buors. Éd. ant. à 1535 et éd.

de 1535.

^ Graves , variété du genre Cor-^ vus. ^

* Oiseau de mer.

' Espèce de canard ( anat ta-

' Spatules.

* Espèce de béron.

'• Déjeunes hérons. — Le hérop s'appelle encore kégrom dans

les patois des deux Gbarcntes.

' ' Espèces de poules d'eau, /t<licœ.

*' La canne petière est la petite outarde {oiù Uirax), — Bans plusieurs cantons des Deux-Sèvres elle porte eucore ce nom.

* * Peut-être terrieole^ suppose nu conineotatear.

'^ Ce mets, que Rabelais appelle ailleurs coscotons a la mO' re8qu0f est le eouêcou» , bien connu en France depuis notre conquête de TAlgérie.

^^ lly avait vivres a suffisante.

Éd. ant. à 1536.

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