‹ Œuvres, collationees pour la premiere fois sur les editions originalesChapitre 82 sur 296 · CHAPITRE XLL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLL

GomineiiC le moloe fl( dormir GarffaDtaa , et fie «es heures et bre?lalre.

Le souper achevé, consultèrent sus Taffaipe instant, et fut conclud qu'environ la minuyt, ilz sortiroient à Tescarmouche, pour savoir quel guet et diligence faisoient leurs ennemis ; et, ce pendant, qu'ilz se reposeroient quelque peu , pour estre plus frais. Mais Gargantua ne pouvoit dormir , en quelque façon qu'il se mist. Dôntluy dist le moine : Je ne dors jamais bien à mon aise sinon quand je suis au sermon, ou quand je prie Dieu. Je vous supplie^ commençons vous et moy les sept pseaumes, pour voir si tantost ne serez endormy. L'invention pleut très bien à Gargantua, et, commençans le premier pseaume, sus le point de beati quorum , s'endormirent et l'un et l'autre. Mais le moine ne faillit onques à s'esveiller avant la minuyt, tant il estoit habitué à l'heure des matines claustrales.

Luy esveillé, tous les autres esveilla, chantant à pleine voix la chanson. Ho, Regnault, reveille toi, veille, ô Regnault, reveille toy. Quand tous furent esveillés, il dist ; Messieurs, l'on dit que matines commencent par tousser, et souper par boire. Faisons au rebours, commençons maintenant nos matines par boire, et ce soir, à l'entrée de souper, nous tousserons à qui mieulx mieulx. Dont dist Gargantua : Boire si tost après le dormir? Ce n'est vescu en diète de médecine. 11 se faut premier escurer l'estomac des superfluités et excremens. C'est, dist le moine, bien mediciné. Cent diables me saultent au corps s'il n'y a plus de vieux ivrongnes qu'il n'y a de vieux médecins. J'ay composé avec mon appétit, en telle paction que tousjours il se couche avec moy, et à cela j e donne bon ordre le jour durant ; aussi avec moy il se levé.

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Rendez tant que voudrez vos cures*, je m'en vais après mon tirouer. Quel tirouer, dist Gargantua , entendez vous? Mon bréviaire^ dist le moine : car^ tout ainsi que les fauconniers, davant que paistre leurs oiseaux , les font tirer quelque pied de poulie, pour leur purger le cerveau des phlegmes et pour les mettre en appétit, ainsi , prenant ce joyeux petit bréviaire au matin, je m*escure tout le poalmon, et voyme làprest à boire. A quel usage, dist Gargantua, dictes vous ces belles heures? A l'usage, dist le moine, de Fecan, à trois pseaumes et trois leçons, ou rien du tout qui ne veult. Jamais je ne m'assubjectis à heures ; les heures sont faites pour Thomme, et nonrhomme pour les heures. Pourtant je fais des miennes à guise d'estri* vieres , je les acourcis ou allonge quand bon me semble.

Brevis oratio pénétrât cœlos, Longa potatio évacuât scyphos.

Où est escrit cela? Par ma foy , dist Ponocrates, je ne sçay, mon petit couillaust; mais tu vaulx trop. En cela, dist le moine, je vous ressemble. Mais, venite apotemus.

L'on appresta carbonnades à force , et belles soupes de primes, et beut le moine à son plaisir. Aucuns luy tindrent compagnie, les autres s'en déportèrent. Apres, chascun commença soy armer et accoustrer. Et armèrent le moine contre son vouloir, car il ne vouloit autres armes que son froc devant son estomac, et le baston de la croix en son poing. Toutesfois, à leur plaisir, fut armé de pied en cap, et monté sus un bon coursier du royaume ^^ et un gros braquemart au costé. Ensemble Gargantua, Ponocrates, Gymnaste, Eudemon, et vingt et cinq des. plus adventureux de la maison de Grandgousier, tous armés à Tadvantage, la lance au poing, montés comme saint Georges; chascun ayant un arquebousier en crope.

' Vos excréments. Terme em- de Naples. Montaigne s^est servi de

pruoté à la faacoDDerie. ce terme. Au Hea de règne (regno),

^ On .appelait chevanx de règne Rabelais emploie le mot royaume,

des chevaux fort estimés du royaume qui est pi us exact .

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