‹ Œuvres, collationées sur les meilleurs textes (volume 2)Chapitre 105 sur 219 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Que nous "voyons toutes choses en Dieu.

Nous avons examiné dans les chapitres précédents quatre différentes manières dont l'esprit peut voir les objets de dehors y lesquelles ne nous paraissent pas vraisemblables. Il ne reste plus que la cinquième qui paraît seule conforme à la raison, et la plus propre pour faire connaître la dépendance que les esprits ont de Dieu dans toutes leurs pensées.

Pour la bien comprendre , il faut se souvenir de ce qu'on vient de dire dans le chapitre précédent, qu'il est absolument nécessaire que Dieu ait en lui-même les idées de tous les êtres qu'il a créés, puisqu'autrement il n'aurait pas pu les produire, et qu'ainsi il voit tous ces êtres en considérant les perfections qu'il renferme, auxquelles ils ont rapport. Il faut de plus savoir que Dieu est très-étroitement uni à nos âmes par sa présence, de sorte qu'on peut dire qu'il est le lieu des esprits, de même que les espaces sont en un sens le lieu des corps. Ces deux choses étant supposées , il est certain que l'esprit peut voir ce qu'il y a dans Dieu qui représente les êtres créés, puisque cela est très-spirituel, très-intelligible et trèsprésent à l'esprit. Ainsi l'esprit peut voir en Dieu les ouvrages de Dieu, supposé que Dieu veuille bien lui découvrir ce qu'il y a dans lui les représente. Or voici les raisons qui sem-

blent prouver qu'il le veut plutôt que de créer un nombre infini d'idées dans cha(iue esprit.

Non-seulement il est très-conforme à la raison^ mais encore il paraît par Féconomie de toute la nature , que Dieu ne fait jamais par des voies très-difficiles ce qui se peut faire par des voies très-simples et très-faciles: car Dieu ne fait rien inutilement et sans raison. Ce qui marque sa sagesse et sa puissance n'est pas de faire de petites choses par de grands moyens; cela est contre la raison et marque une intelligence bornée. Mais^ au contraire^ c'est de faire de grandes choses par des moyens très-simples et très-faciles. C'est ainsi qu'avec l'étendue toute seule il produit tout ce que nous voyons d'admirable dans la nature et même ce qui donne la vie et le mouvement aux aimaux ; car ceux qui veulent absolument des formes substantielles ^ des facultés et des âmes dans les animaux, différentes de leur sang et des organes de leurs corps y pour faire toutes leurs fonctions , veulent en même temps que Dieu manque d'intelligence ou qu'il ne puisse pas faire ces choses admirables avec l'étendue toute seule. Us mesurent la puissance de Dieu et sa souveraine sagesse par la petitesse de leur esprit. Puis donc que Dieu peut faire voir aux esprits toutes choses en voulant simplement qu'ils voient ce qui est au milieu d'eux-mêmes, c'est-à-dire ce qu'il y a dans lui-même qui a rapport à ces choses et qui les représente y il n'y a pas d'apparence qu'il le fasse autrement , et qu'il produise pour cela autant d'infinités de nombres infinis d'idées qu'il y a d'esprits créés.

Mîïis il faut bien remarquer qu'on ne peut pas conclure que les esprits voient l'essence de Dieu de ce qu'ils voient toutes choses en Dieu de cette manière. L'essence de Dieu, c'est son être absolu, et les esprits ne voient point la substance divine prise absolument, mais seulement en tant que relative aux créatures ou participable par elles. Ce qu'ils voient en Dieu est très-imparfait, et Dieu est très-parfait. Ils voient de la matière divisible, figurée, etc., et en Dieu il n'y a rien qui soit divisible ou figuré ; car Dieu est tout être , parce qu'il est infini et qu'il comprend tout ; mais il n'est aucun être en particulier. Cependant ce que nous voyons n'est qu'un ou plusieurs êtres en particulier ; et nous ne comprenons point cette simplicité parfaite de Dieu qui renferme tous les êtres. Outre qu'on peut dire qu'on ne voit pas tant les idées des choses que les choses

DR l'esprit PUK.—

Il' PARTIE.

mêmes que les idées représentent; car lorsqu'on voit un carré, par exemple, on ne dit pas que Ton voit Tidée de ce carré qui est unie à Tesprit, mais seulement le carré qui est au dehors.

La seconde raison qui peut faire penser que nous voyons tous les êtres à cause que Dieu veut que ce qui est en lui qui les représente nous soit découvert, et non point parce que nous avons autant d'idées créées avec nous que nous pouvons voir de choses, c'est que cela met les esprits créés dans une entière dépendance de Dieu , et la plus gi-ande qui puisse être; car, cela étant ainsi, non-seulement nous ne saurions rien voir que Dieu ne veuille bien que nous le voyions, mais nous ne saurions rien voir que Dieu même ne nous le fasse voir. Non sumus sufficientes cogitare aliquid a nobis tanquam ex nobis ^ sed sufficientia nostra ex Deo est C'est Dieu même qui éclaire les philosophes dans les connaissances que les hommes ingrats appellent naturelles, quoiqu'elles ne leur viennent que du ciel : Deus enim illis manifestavit^. C'est lui qui est proprement la lumière de l'esprit et le père des lumières : Pater luminum ^. C'est lui qui enseigne la science aux hommes : Qui docet hominem scientiam ^, En un mot, c'est la véritable lumière qui éclaire tous ceux qui viennent en ce monde : Lux vera quœ illuminât omnem hominem venientem in hune mundum ^.

Car enfin il est assez difticile de comprendre distinctement la dépendance que nos esprits ont de Dieu dans toutes leurs actions particulières, supposé qu'ils aient tout ce que nous connaissons distinctement, leur être nécessaire pour agir, ou toutes les idées des choses présentes à leur esprit. Et ce mot général et confus de concours, par lequel on prétend expliquer la dépendance que les créatures ont de Dieu, ne réveille dans un esprit attentif aucune idée distincte; et cependant il est bon que les hommes sachent très-distinctement comment ils ne peuvent rien sans Dieu.

Mais la plus forte de toutes les raisons, c'est la manièi-e y dont l'esprit aperçoit toutes choses. Il est constant, et tout le

> 2 ad Cor. 3, 2 Rom. 1, 17.

^ Jac. 1, 17.

* PSy 93, 10.

^ Joan. 1, M.

monde le sait par expérience, que lorsque nous voulons penser à quelque chose en particulier, nous jetons d'abord la vue sur tous les êtres, et nous nous appliquons ensuite à la considération de l'objet auquel nous souhaitons de penser. Or il est indubitable que nous ne saurions désirer de voir un objet particulier, que nous ne le voyions déjà, quoique confusément et en général : de sorte que, pouvant désirer de voir tous les êtres, tantôt l'un, tantôt Fautre, il est certain que tous les êtres sont présents à notre esprit, et il semble que tous les êtres ne puissent être présents à notre esprit que parce que Dieu lui est présent, c'est-à-dire celui qui renferme toutes choses dans la simplicité de son être.

11 semble même que Fesprit ne serait pas capable de se représenter des idées universelles de genre, d'espèce , etc., s'il ne voyait tous les êtres renfermés en un. Cai-, toute créature étant un être particulier, on ne peut pas dire qu'on voie quelque chose de créé lorsqu'on voit, par exemple, un triangle en général. Enfin je ne crois pas qu'on puisse bien rendre raison do la manière dont l'esprit connaît plusieurs vérités abstraites et générales, que par la présence de celui qui peut éclairej* l'esprit en une infinité de façons différentes.

Enfin la preuve de l'existence de Dieu la plus belle*, la plus relevée, la plus solide et la première, ou celle qui suppose le moins de choses, c'est l'idée que nous avons de l'infini. Car il est constant que l'esprit aperçoit l'infini, quoiqu'il ne le comprenne pas, et qu'il a une idée très-distincte de Dieu, qu'il ne peut avoir que par l'union qu'il a avec lui ; puisqu'on ne peut pas concevoir que l'idée d'un être infiniment pai'fait, qui est celle que nous avons de Dieu, soit quelque chose de ci*éé.

Mais non-seulement l'esprit a l'idée de l'infini, il l'a même avant celle du fini. Car nous concevons l'être infini de cela seul que nous concevons l'être, sans penser s'il est fini ou infini. Mais, afin que nous concevions un être fini, il faut nécessaii ement retrancher quelque chose de cette notion générale de Fêtre, laquelle par conséquent doit précéder. Ainsi Fesprit n'aperçoit aucune chose que dans Fidée qu'il a de Finfini : et tant s'en faut que cette idée soit formée de l'assemblage confus de toutes les idées des êtres particuliers, comme le pensent les philosophes, qu'au contraire toutes ces

• Od trouvera cette preuve expliquée au long dans le livre suiv , ch. 11.

DE l'esprit PUli.— 11^ PARTIE. 299

idées particulières ne sont que des participations de Tidée générale de Tinfîni, de même que Dieu ne tient pas son être des créatures^ mais toutes les créatures ne sont que des participations imparfaites de Fêtre divin.

Voici une preuve qui sera peut-être une démonstration pour ceux qui sont accoutumés aux raisonnements abstraits. Il est certain que les idées sont eiïicaces^ puisqu'elles agissent dans l'esprit^ et qu'elles Téclairent^ puisqu'elles le rendent heureux ou malheureux par les perceptions agréables ou désagréables dont elles raffectent. Or rien ne peut agir immédiatement dans l'esprit s'il ne lui est supérieur^ rien ne le peut que Dieu seul ; car il n'y a que Fauteur de notre être qui en puisse changer les modifications. Donc il est nécessaire que toutes nos idées se trouvent dans la substance efficace de la Divinité^ qui seule n'est intelligible ou capable de nous éclairer que parce qu'elle seule peut affecter les intelligences. Insinuavit nobis Christus^ dit saint Augustin*, animam humanam etmentem mtionalem non vegetari^ non beatificariy

NON ILLUMINARI, NISl AB IPSA SUBSTANTIA DEI.

Enfin il n'est pas possible que Dieu ait d'autre fin principale de ses actions que lui-même ; c'est une notion commune à tout homme capable de quelque réflexion, et l'Écriture sainte ne nous permet pa^ de douter que Dieu n'ait fait toute chose pour lui. Il est donc nécessaire que non-seulement notre amour naturel, je veux dire le mouvement qu'il produit dans notre esprit, tende vers lui, mais encore que la connaissance et que la lumière qu'il lui donne nous fasse connaître quelque chose qui soit en lui ; car tout ce qui vient de Dieu ne peut être que pour Dieu. Si Dieu faisait un esprit, et lui donnait pour idée ou pour objet immédiat de sa connaissance le soleil. Dieu ferait, ce semble, cet esprit et l'idée de cet esprit pour le soleil et non pas pour lui.

Dieu ne peut donc faire un esprit pour connaître ses ouvrages, si ce n'est que cet esprit voie en quelque façon Dieu en voyant ses ouvrages. De sorte que l'on peut dire que si nous ne voyions Dieu en quelque manière, nous ne verrions aucune chose 2 ; de même que si nous n'aimions Dieu, je veux (Ure si Dieu n'imprimait sans cesse en nous l'amour du bien

' InJoan., tract. 25.

2 Liv. 1, ch. 1.

général, nous n'aimerions aucune chose. Car cet amour étant notre volonté, nous ne pouvons rien aimer ni rien vouloir sans lui, puisque nous ne pouvons aimer des biens particuliers qu'en déterminant vers ces biens le mouvement d'amour que Dieu nous donne pour lui. Ainsi, comme nous n'aimons aucune chose que par l'amour nécessaire que nous avons pour Dieu, nous ne voyons aucune chose que par la connaissance naturelle que nous avons de Dieu; et toutes les idées particulières que nous avons des ci'éatures ne sont que des limitations de l'idée du créateur, comme tous les mouvements de la volonté pour les créatures ne sont que des déterminations du mouvement pour le créateur.

Je ne crois pas qu'il y ait deux théologiens qui ne tombent d'accord que les impies aiment Dieu de cet amour naturel dont je parle ; et saint Augustin et quelques autres Pères assurent comme une chose indubitable que les impies voient dans Dieu les règles des mœurs et les vérités éternelles. De sorte que l'opinion que j'explique ne doit faire peine à personne*. Voici comme parle saint Augustin^ : Ab illaincommutabilis luce veritatis^ etiam impius^ dim ab ea avertitm\ quodammodo tangitur : him est quod etiam impii cogitant œternitaterris et multa recte reprehendimt recteque laudant in hominum moribus. Quibus ea tandem regulis judicant . nisi in quibus vident^ quemadmodum quisque vivere debeat, etiam si nec ipsi eodem modo vivant ? Ubi autem eas vident ? Neque enim in sua natura. Nam mm procul dubio mente ista videantur^ eonimque mentes constet esse mutabiJes, has vevoreguJasimmutabiJesvideai

quisquis in eis et hoc vider e potuerit ubinam ergo swit istœ

regidœ scriptœ. nisi in libro lucis illius c/uœ veritas dicitur.

unde lex omnis justa describitur in qua videt quid operan-

dum. sit etiam qui operatur injustitiam ; et ipse est ciui ab il la luce avertitm\ a qua tamen tangitur ?

Il y a dans saint Augustin une infinité de passages semblables à celui-ci, par lesquels il prouve que nous voyons Dieu dès cette vie par la connaissance que nous av(>ns des vérités éternelles. La vérité est incréée, immuable, immense, éternelle, au-dessus de toutes choses. Elle est vraie par ellemême ; elle ne tient sa perfection d'aucune chose ; elle rend

' Voy. la préface des Entr. sur la Met. et la Bep. aux vraies et fausser idées, ch. 7 et 21.

2 Liv. 13, de 7nn., ch. 15.

DE l'esprit pur. — 11^ PARTIE,

les créatures plus parfaites, et tous les esprits cherchent naturellement à la connaître. 11 n'y a rien qui puisse avoir toutes ces perfections que Dieu. Donc la vérité est Dieu. Nous voyons de ces vérités immuables et éternelles. Donc nous voyons Dieu. Ce sont là les raisons de saint Augustin; les nôtres en sont peu différentes, et nous ne voulons point nous servir injustement de Fautorité d'un si grand homme pour appuyer notre sentiment.

Nous pensons donc que les vérités, même celles qui sont éternelles, comme que deux fois deux font quatre, ne sont pas seulement des êtres absolus, tant s'en faut que nous croyions qu'elles soient Dieu même. Car il est visible que cette vérité ne consiste que dans un rapport d'égalité qui est entre deux fois deux et quatre. Ainsi nous ne disons pas que nous voyons Dieu en voyant les vérités, comme le dit saint Augustin, mais en voyant les idées de ces vérités ; car les idées sont réelles; mais l'égalité entre les idées, qui est la vérité, n'est rien de réel. Quand, par exemple, on dit que le drap que l'on mesure a trois aunes, le drap et les aunes sont réels. Mais l'égalité entre trois aunes et le drap n'est point un être réel, ce n'est qu'un rapport qui se trouve entre les trois aunes et le drap. Lorsqu'on dit que deux fois deux font quatre, les idées des nombres sont réelles, mais l'égalité qui est entre eux n'est qu'un rapport. Ainsi, selon notre sentiment, nous voyons Dieu lorsque nous voyons des vérités éternelles : non que ces vérités soient Dieu, mais parce que les idées dont ces vérités dépendent sont en Dieu ;• peut-être même que saint Augustin l'a entendu ainsi. Nous croyons aussi que l'on connaît en Dieu les choses changeantes et corruptibles, quoique saint Augustin ne parle que des choses immuables et incorruptibles, paixe qull n'est pas nécessaire porir cela de mettre quelque imperfection en Dieu ; puisqu'il suffit, comme nous avons déjà dit, que Dieu nous fasse voir ce qu'il y a dans lui qui a i;apport à ces choses.

Mais quoique je dise que nous v oyons en Dieu les choses matérielles et sensibles, il faut bien prendre garde que je ne dis pas que nous en ayons en Dieu les sentiments, mais seulement que c'est de Dieu qui agit en nous ; car Dieu connaît bien les choses sensibles, mais il ne les sent pas. Lorsque nous apercevons quelque chose de sensible, il se trouve dans notre perception sentiment et idée pure. Le sentiment est une n. 2G

modification de notre âme, et c'est Dieu qui la cause en nous; et il la peut causer quoiqu'il ne Fait pas^, parce qu'il voit, dans l'idée qu'il a de notre âme, qu'elle en est capable. Pour ridée qui se trouve jointe avec le sentiment, elle est en Dieu, et nous la voyons, parce qu'il lui plaît de nous la découvrir; et Dieu joint la sensation à l'idée lorsque les objets sont présents, afin que nous le croyions ainsi et que nous entrions dans les sentiments et dans les passions que nous devons avoir par rapport à eux.

Nous croyons enfin que tous les esprits voient les lois éternelles aussi bien que les autre^s choses en Dieu, mais avec quelque différence. Ils connaissent l'ordre et les vérités éternelles, et même les êtres que Dieu a faits selon ces vérités ou selon l'ordre, par l'union que ces esprits ont nécessairement avec le Verbe, ou la sagesse de Dieu qui les éclaire, comme on vient de l'expliquer. Mais c'est par l'impression qu'ils reçoivent sans cesse de la volonté de Dieu, lequel les porte vers lui, et tâche, pour ainsi dire, de rendre leur volonté entièrement semblable à la sienne, qu'ils connaissent que l'ordre immuable est leur loi indispensable ; ordre qui comprend ainsi toutes les lois éternelles, comme qu'il faut aimer le bien et fuir le mal ; qu'il faut aimer la justice plus que toutes les richesses ; qu'il vaut mieux obéir à Dieu que de commander aux hommes, et une infinité d'autres lois naturelles. Car la connaissance de toutes ces lois ou de l'obligation qu'ils ont de se conformer à l'ordre immuable n'est pas différente de la connaissance de cette impression qu'ils sentent toujours en eux-mêmes, quoiqu'ils ne la suivent pas toujours par le choix libre de leur volonté, et qu'ils savent être commune à tous les esprits, quoiqu'elle ne soit pas également forte dans tous les esprits.

C'est par cette dépendance, par ce rapport, par cette union de notre esprit au Verbe de Dieu et de notre volonté à son amour, que nous sommes faits à l'image et à la ressemblance de Dieu; et quoique cette image soit beaucoup effacée par le péché, cependant il est nécessaire qu^elle subsiste autant que nous. Mais , si nous portons l'image du Verbe humilié sur la terre, et si nous suivons les mouvements du Saint-Esprit, cette image primitive de notre première création, cette union de notre esprit au Verbe du l*ère et à l'amour du Père et du Fils, serarétabhe et rendue ineffaçable. Nous scions sembla-

DE L'eSPBIT pur. — • 11^ PARTIE.

bles à Dieu, si nous sommes semblables à rhomme-Diêu. Enfin Dieu sera tout en nous et nous tout en Dieu d*une manière bien plus parfaite que celle par laquelle il est nécessaire, afin que nous subsistions, que nous soyons en lui et qu'il soit en nous *.

Voilà quelques raisons qui peuvent faire croire que les esprits aperçoivent toutes choses par la présence intime de celui qui comprend tout dans la simplicité de son être. Chacun en jugera selon la conviction intérieure qu'il en recevra après y avoir sérieusement pensé. Mais on croit qu'il n'y a aucune vraisemblance dans toutes les autres manières d'expliquer ces choses, et que cette dernière paraîtra plus que vraisemblable ; ainsi nos âmes dépendent de Dieu en toutes façons. Car de même que c'est lui qui leur fait sentir la douleur, le plaisir et toutes les autres sensations, par l'union naturelle qu'il a mise entre elles et notre corps, qui n'est autre que son décret et sa volonté générale, ainsi c'est lui qui, par l'union naturelle qu'il a mise aussi entre la volonté de l'homme et la représentation des idées que renferme l'immensité de l'être divin, leur fait connaître tout ce qu'elles connaissent, et cette union naturelle n'est aussi que sa volonté générale. De sorte qu'il n'y a que lui qui nous puisse éclairer en nous représentant toutes choses, de même qu'il n'y a que lui qui nous puisse rendre heureux en nous faisant goûter toutes sortes de plaisirs.

Demeurons donc dans ce sentiment , que Dieu est le monde intelligible ou le heu des esprits, de même que le monde matériel est le lieu des corps ; que c'est de sa puissance qu'ils l'cçoivent toutes leurs modifications; que c'est dans sa sagesse qu'ils trouvent toutes leurs idées, et que c'est par son amour (ju'ils sont agités de tous leurs mouvements réglés ; et parce que sa puissance et son amour ne sont que lui , croyons avec saint Paul qu'il n'est pas loin de chacun nous, et que c'est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être. Non longe est ab unoquoque nostrum ; in ipso enim vivimus, movemur et sumus^,

' Voy. les Eclair.; la Réponse au livre des vraies et des fausses idées ; la première Lettre contre la défense opposée à cette Réponse ; les deux premiers Entr. sur la Mét.; la Réponse à Régis ^ etc. Vous trouverez peut-être là mon sentiment plus clairement démontré.

2 Jet. Jpost., c. 17,28.

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