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assez inutile pour conservation de notre corps que nous ayons la vue si perçante.
Mais, quoique Ton ne pense pas devoir juger avec précipitation que tous les êtres soient esprits ou corps, on croit ce* pendant qu'il est tout à fait contre la raison que des philosophes, pour expliquer les effets naturels, se servent d'autres idées que de celles qui dépendent de la pensée et de retendue, puisqu'en effet ce sont les seules que nous ayons cp;ii soient distinctes ou particulières.
11 n'y a rien de si déraisonnable que de s'imaginer une infinité d'êtres sur de simples idées de logique, de leur attribuer une infinité de propriétés, et de vouloir ainsi expliquer des choses qu'on n'entend point par des choses que non-seulement on ne conçoit pas, mais qu'il n'est pas même possible de concevoir. C'est faire de même que des aveugles qui, voulant parler entre eux des couleurs et en soutenir des thèses, se serviraient pour cela des définitions que les philosophes leur donnent, desquelles ils tireraient plusieurs conclusions. Car comme ces aveugles ne pourraient faire que des raisonnements plaisants et ridicules sur les couleurs, parce qu'ils n^en auraient pas des idées distinctes, et qu'ils en voudraient raisonner sur des idées générales et de logique ; ainsi les philosophes ne peuvent pas faire des raisonnements solides sur les effets de la nature, lorsqu'ils ne se servent pour cela que des idées générales et de logique d'acte, de puissance, d'être, de cause, de principe, de forme, de qualité et d'autres semblables. Il est absolument nécessaire qu'ils ne s'appuient que sur les idées distinctes ou particulières de la pensée et de l'étendue, et de celles qu'elles renferment ou bien que l'on en peut déduire. Car on ne doit point s'attendre de connaître la nature sans la considération des idées distinctes qu'on en a; il vaut mieux ne point méditer que de méditer sur des chimères.
On ne doit pas toutefois assurer qu'il n'y ait que des esprits et des corps, des êtres qui pensent et des êtres étendus, parce qu'on s'y peut tromper. Car, quoiqu'ils suffisent pour expliquer la nature, et pai' conséquent que l'on puisse conclure, sans crainte de se tromj)er, que les choses naturelles dont nous avons quelque connaissance dépendent de l'étendue et de la pensée, cependant il se peut absolument faire qu'il y en
ait quelques autres dont nous n'ayons aucune idée et dont nous ne voyions aucuns effets.
Les hommes font donc un jugement précipité quand ils jugent comme un principe indubitable que toute substance est corps ou esprit. Mais ils en tirent encore une conclusion précipitée lorsqu'ils concluent par la seule lumière de la raison que Dieu est un esprit. 11 est vrai que, puisque nous sommes créés à son image et à sa ressemblance, et que FEcrituie sainte nous apprend en plusieurs endroits que Dieu est un esprit, nous le devons croire et l'appeler ainsi : mais la raison toute seule ne nous le peut apprendre. Elle nous dit seulement que Dieu est un être infiniment parfait, et qu'il doit être plutôt esprit que corps, puisque notre âme est plus parfaite que notre corps ; mais elle ne nous assure pas qu'il n\ ait point encore des êtres plus parfaits que nos esprits, et plus au-dessus de nos esprits que nos espi its ne sont au-dessus de nos corps.
Or, supposé qu'il y eût de ces êtres, comme il paraît même indubitable, par la raison que Dieu en a pu créei-, il est clair qu'ils ressembleraient plus à Dieu que nous. Ainsi la même raison nous apprend que Dieu avnait plutôt leurs perfections que les nôtres, qui ne seraient <jue des imperfections à leur égard. Il ne faut donc pas s'imaginer a\ec précipitation que le mot d'esprit, dont nous nous servons pour exprimer ce qu'est Dieu et ce que nous sommes, soit un terme univoque, et qui signifie les mêmes choses ou des choses fort semblables. Dieu est plus au-dessus des esprits créés que ces esprits ne sont au-dessus des corps ; et on ne doit pas tant appeler Dieu un esprit pour montrer positivement ce qu'il est que pour signifier qu'il n'est pas matériel. C'est un être infiniment parfait , on n'en peut pas douter. Mais comme il ne faut pas s'imaginer, avec les anthropomoi phites, qu'il doive avoir la figure humaine, à cause (ju'elle paraît la plus pai faite, quand môme nous le supposerions corporel, il ne faut pas aussi penser que l'esprit de Dieu ait des pensées humaines, et que son esprit soit semblable au nôtre, à cause que nous ne connaissons rien de plus parfait que notre esprit. Il faut plutôt croire que, comme il renferme dans lui-même les perfections de la matière sans être matériel, puisqu'il est certain' que la matière a rapport à quelque perfection qui est en Dieu , il
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comprend aussi les perfections des esprits créés sans être esprit de la manière que nous concevons les esprits ; que son nom véritable est celui qui est. c'est-à-dire l'être sans restriction, tout être, l'être infini et universel.