‹ Œuvres, collationées sur les meilleurs textes (volume 2)Chapitre 16 sur 219 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

s'cnsui que 1 amc ne les peut pas imaginer ; ce que l'on doit bien remarquer.

Enfin ràme n'aperçoit par les sens que les objets sensibles et gîossiei's^ lorsqu'étant présents ils font impression sur les organes extérieurs de son corps et que cette impression se communique jusqu'au cerveau, ou, lorsqu'étant absents, le cours des esprits animaux fait dans le cerveau une senil)lable impression. C'est ainsi qu'elle voit des plaines et des rochers présents à ses yeux, qu'elle connaît la dureté du fer, et la pointe d'une épée et choses semblables ; et ces sortes de sensations s'appellent sentiments ou sensations.

L'âme n'aperçoit donc rien qu'en ces trois manières ; ce qu'il est facile de voir si Ton considère que les choses que nous apercevons sont spirituelles ou matérielles. Si elles sont spirituelles , il n'y a que l'entendement pur qui les puisse connaître ; que si elles sont matérielles, elles seront présentes ou absentes. Si elles sont absentes, l'àme ne se les représeiite ordinairement que pai' l'imagination ; mais si elles sont présentes , Tàme peut les apercevoir par les impressions qu'elles font sur ses sens; et ainsi nos âmes n'aperçoivent les choses qu'en trois manières , par Y entendement pur ^ par Yimagination et par les sens.

On peut donc regarder ces trois facultés comme de certains chefs auxquels on peut rapporter les erreurs des hommes et les causes de ces cireurs, et éviter ainsi la confusion où leur grand nombre nous jetterait infailUblement si nous voulions en parler sans ordre.

Mais nos inclinations et nos passioiis agissent encore trèsfortement sur nous; elles éblouissent notre esprit par de fausses lueurs, et elles le couvrent et le remplissent de ténèbres. Ainsi nos inclinations et nos passions nous engageni dans un nombre infini d'erreurs lorstjue nous suivons ce faux jour et cette lumière trompeuse qu'elles produisent en nous. On doit donc les considérer, avec les trois facultés de l'esprit, comme des sources de nos égarements et de nos fautes, et joindre aux erreurs des sens, de l'imagination et de l'entendement pur, celles que Ton peut attribuer aux passions et aux inclinations naturelles. Ainsi Ton peut rapporter toutes les erreurs des hommes et leurs causes à cinq chefs, et et on les traitera selon cet ordre.

DES SENS

IL Premièrement , ou parlera des erreurs des sens ; secondement, des erreurs de V imagination ; en troisième lieu, des erreurs de V entendement pur ; en quatrième lieu , des erreurs des inclinations ; en cinquième lieu , des erreurs des passions ; enfin , après avoir essayé de délivrer l'esprit des erreurs auxquelles il est sujet, on donnera une méthode générale pour se conduire dans la recherche de la vérité.

III. Nous allons commencer à exphquer les erreurs de nos sens , ou plutôt les erreurs où nous tombons en ne faisant pas Tusage que nous devrions faire de nos sens , et nous ne nous arrêterons pas tant aux erreurs particulières , qui sont presque infinies , qu'aux causes générales de ces erreurs et aux choses que Ton croit nécessaires pour la connaissance de la nature de Tesprit humain*

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