‹ Œuvres, collationées sur les meilleurs textes (volume 2)Chapitre 168 sur 219 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

cl point d'homme qui sache seulement ce qu'il faut faire pour remuer un de ses doigts par le moyen des esprits animaux. Comment donc les hommes pourraient-ils remuer leurs hras? Ces choses me paraissent évidentes et^ ce me semble, à tous ceux qui veulent penser, quoiqu'elles soient peut-être incompréhensibles à tous ceux qui ne veulent que sentir.

Mais non-seulement les hommes ne sont point les véritables causes des mouvements qu'ils produisent dans leur corps, il semble même qu'il y ait contradiction qu'ils puissent l'être. Une cause véritable est une cause entre laquelle et son effet l'esprit aperçoit une liaison nécessaire, c'est ainsi que je Tentends. Or il n'y a que l'être intiniment parfait entre la volonté duquel et les effets Tesprit aperçoive une haison nécessaire. 11 n'y a donc que Dieu qui soit véritable cause et qui ait véritablement la puissance de mouvoir les corps. Je . dis de plus qu'il n'est pas concevable que Dieu puisse communiquer aux hommes ou aux anges la puissance qu'il a de remuer les corps, et que ceux qui prétendent que le pouvoir que nous avons de remuer nos bras est une véritable puissance doivent avouer que Dieu peut aussi donner aux esprits la puissance de créer, d anéantir, de faire toutes les choses possibles, en un mot qu'il peut les rendre tout-puissants, comme je vais le faire voir.

Dieu n'a pas besoin d'instruments pour agir, il suffit qu'il veuille * afin qu'une chose soit, parce qu'il y a contradiction qu'il veuille et que ce qu'il veut ne soit pas. Sa puissance est donc sa volonté , et communiquer sa puissance c'est communiquer l'efficace de sa volonté. Mais communiquer cette efficace à un homme ou à un ange ne peut signifier autre chose que vouloir que, lorsqu'un homme ou qu'un ange voudra qu'un tel corps, par exemple, soit mû, ce corps soit effectivement mû. Or, en ce cas, je vois deux volontés qui concoul ent lorsqu'un ange remuera un corps , celle de Dieu et celle de l'ange ; et afin de connaître laquelle des deux sera la véritable cause du mouvement de ce corps, il faut savoir quelle lest celle qui est efficace. Il y a une liaison nécessaire entre la volonté de Dieu et la chose qu'il veut. Dieu veut en ce cas que, lorsqu'un ange voudra qu'un tel corps soit mû, ce corps

' Il est clair que je parle ici des volontés pratiques , ou des volontés que Dieu a lorsqu'il prétend agir.

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soit mù. Donc il y a une liaison nécessaire entre la volonté de Dieu et le mouvement de ce corps ; et par conséquent c'est Dieu qui est véritable cause du mouvement de ce corps ^ et la volonté de Fange n'est que cause occasionnelle.

Mais, pour le faire voir encore plus clairement, supposons que Dieu veuille faire le contraire de ce que voudraient quelques esprits , comme on le peut penser des démons ou de quelques autres esprits qui méritent cette punition ; on ne pourrait pas dire en ce cas que Dieu leur communiquerait sa puissance, puisqu'ils ne pourraient rien faire de ce qu'ils souhaiteraient. Cependant les volontés de ces esprits seraient des causes naturelles des effets qui se produiraient. Tels corps ne seraient mus à droite que parce que ces esprits voudraient qu'ils fussent mus à gauche; et les désirs de ces esprits détermineraient la volonté de Dieu à agir, comme nos volontés de remuer les parties de notre corps déterminent la première cause à les remuer. De sorte que toutes les volontés des esprits ne sont que des causes occasionnelles.

Que si après toutes ces raisons l'on voulait encore soutenir que la volonté d'un ange qui remuerait quelque corps serait une véritable cause, et non pas une cause occasionnelle^ il est évident que ce même ange poiuTait être véritable cause de la création et de l'anéantissement de toutes choses. Car Dieu lui pourrait communiquer sa puissance de cj'éer et d'anéantir les corps, comme celle de les remuer, s'il voulait que les choses fussent créées et anéanties; en un mot, s'il voulait que toutes choses arrivassent comme l'ange le souhaiterait, de même qu'il a voulu que les corps fussent mus comme l'ange le voudrait. Si Ton prétend donc pouvoir dire qu'un ange et qu'un homme soient véritablement moteurs à cause que Dieu remue les corps lorsqu'ils le souhaitent, il faut dire aussi qu'un homme et qu'un ange peuvent être véritablement créateurs, puisque Dieu peut créer des êtres lorsqu'ils le voudront. Peut-être même qu'on pourrait dire que les plus vils des animaux , ou que la matière toute seule serait effectivement cause de la création de quelque substance, si l'on supposait, comme les philosophes, qu'à l'exigence de la matière Dieu produisît les formes substantielles. Enfm, parce que Dieu a résolu de toute éternité de créer en certains temps certaines choses, on pourrait dire aussi que ces temps seraient causes de la création de ces êtres; de même qu'on II. 49

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