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LiVUE SIXIÈME.
et qu"*!! n'y a aucune ligne droite qui le soit. Car si elle est (inie, on lui peut ajouter quelque chose ; si infinie^ elle n'est point encore parfaite , puisqu'elle n'a point de fin ^ et que les choses ne sont parfaites que lorsqu'elles sont finies. Donc le mouvement circulaire est le premier et le plus parfait des mouvements. Donc le corps qui se meut chculairement est simple^ et le premier et le plus divin des corps simples. Voici sa quatrième raison .
Tout mouvement est naturel ou ne l'est pas^ et tout mouvement qui n'est point naturel à quelques corps est naturel à quelques autres. Nous voyons que les mouvements de haut en bas et de bas en haut , qui ne sont point naturels à quelques corps ^ sont naturels à d'autres, car le feu ne descend point naturellement, mais la terre descend naturellement. Or le mouvement circulaire n'est point naturel aux quati*e éléments, il faut donc qu'il y ait un corps simple auquel ce mouvement soit naturel. Donc le ciel, qui se meut circulairement, est un corps simple distingué des quatre éléments.
Enfin le mouvement circulaire est naturel ou violent à quelque corps. S'il est natui'el, il est évident que ce corps doit être des simples et des plus parfaits. S'il n'est point naturel, il est bien éti-ange que ce mouvement dure toujours, puisque nous voyons que tous les mouvements qui ne sont point naturels ne durent que fort peu de temps. 11 faut donc croire après toutes ces raisons qu'il y a quelque autre coi'ps séparé de tous ceux qui nous environnent qui est d'une nature d'autant plus parfaite qu'il est plus éloigné de nous. Voilà comme raisonne Aristote. Mais je défie le plus intelligent de ses interprètes d'attacher des idées distinctes aux termes dont il se sert, et de faire voir que ce philosophe commence par les choses les plus simples avant que de parler des plus composées, ce qui est absolument nécessaire poui* raisonner juste, comme je viens de le prouver.
Si je ne craignais point d'être ennuyeux , je traduirais encore quelques chapitres d' Aristote. Mais, outre qu'on ne prend guère de plaisir à le lire en français (c'est-à-dire loisqu'on l'entend), j'ai fait assez voir par le peu que j'en ai exposé que sa manière de philosopher est entièrement inutile pour
1 TéXo? et tÉXc'.c^ font la même équivoque , Jlni et fin. Ce philosophe prouve ainsi qu'une ligne infinie n'est pas parfaite , à cause qu'elle n'esl pas Jinie.
n*^ PARTIE.
découvrir la vérité. Car puisqu'il dit lui-même^ dans le einquiènie chapitre de ce livre ^ que ceux qui se trompent d'abord en quelque chose se trompent dix mille fois davantage s'ils avancent beaucoup^ étant visible qu'il ne sait ce qu'il dit dans les deux premiers chapitres de son livre ^ on doit croire qu'il n'est pas sûr de se rendre à son autorité sans examiner ses raisons. Mais afin qu'on en soit encore plus persuadé^ je vais faire voir qu'il n'y a point de chapitre dans ce premier livre où il n'y ait quelque impertinence.
Dans le troisième chapiti'e^ il dit que les cieux sont incorruptibles et incapables d'aucune altération; il en apporte plusieurs preuves assez badines^ comme que c'est la demeure des dieux immortels^ et que l'on n'y a jamais remarqué de changement. La dernière de ces preuves serait assez bonne s'il disait que quelqu'un en fût revenu^ ou qu'il eût été assez proche des corps célestes pour en remarquer les changements. Mais je ne sais même si présentement on se rendrait à son autorité^ à cause que les lunettes d'approche nous apprennent le contraire.
11 prétend prouver, dans le quatrième chapitre, que le mouvement ciixulaire n'a point de contraire. Néanmoins il est manifeste que le mouvement d'orient en occident est contraire à celui qui se fait d'occident en orient.
Dans le cinquième chapitre il prouve mal que les corps ne sont point infinis, parce qu'il tire sa preuve des mouvements des corps simples. Car qui empêche qu'au-dessus de son premier mobile il n'y ait encore quelque étendue qui soit sans mouvement?
Dans le sixième il s'amuse inutilement à prouver que les éléments ne sont pas infinis. Car qui en peut douter lorsqu'on suppose comme lui qu'ils sont renfermés dans le ciel qui les environne? Mais il se rend ridicule lorsqu'il s'a^/ise de le prouver par leur pesanteur et par leur légèreté. Si les éléments étaient infinis, dit-il, il y aurait une pesanteur et une légèreté infinie; cela ne peut être. Donc, etc. Ceux qui veulent savoir plus au long sa preuve peuvent la lire dans ses livres. Je croirais perdre le temps de la rapporter.
11 continue, dans le septième , de prouver que les corps ne sont pas infinis, et sa première preuve suppose qu'il est nécessaire que tout corps soit en mouvement , ce qu'il ne prouve point et ce qui ne se peut prouver.
LlVHfi SIXIÈME.
Il soutient^ dans le huitième, qu'il n'y a point plusieurs mondes de même espèce, par cette plaisante raison que s'il y avait une autre terre que celle que nous habitons, la terre étant pesante par sa nature, cette terre devrait tomber sur la nôtre, parce que la nôtre est le centre où doivent tomber tous les corps pesants. D'où a-t-il appris cela, que de ses sens?
Dans le neuvième, il prouve qu^il n'est pas même possible qu'il y ait plusieurs mondes, parce que s'il y avait quelque corps au-dessus du ciel, il serait simple ou composé, dans un état naturel ou violent; ce qui ne peut être, par des raisons qu'il tire des trois espèces de mouvements dont il a déjà parlé.
Il assure, dans le dixième, que le monde est éternel, parce qu'il ne se peut faire qu'il ait commencé d'être et qu'il dure toujours, puisque nous voyons que tout ce qui se fait se corrompt avec le temps. 11 a appris ceci de ses sens. Mais qui lui a appris que le monde durera toujours?
11 emploie le onzième chapitre à expliquer ce que Ton entend par incorruptible, comme si l'équivoque était fort à craindre et qu^il dût faire un grand usage de son explication . Cependant ce terme incorruptible est si clair par lui-même, qu'Aristote ne se met point en peine d'expliquer ni en quel sens il le faut prendre, ni en quel sens il le prend. Il aurait été plus à propos qu'il eût défini une infinité de termes dont il se sert, qui ne réveillent que des idées sensibles, car on aurait peut-être appris quelque chose en hsant ses ouvrages.
Enfin, dans le dernier chapitre de ce premier livre Du ciel, il tâche de faire voir que le monde est incorruptible parce qu'il ne se peut faire qu'il ait commencé et qu'il dme éternellement. Toutes choses, dit-il, subsistent durant un temps fini ou infini. Mais ce qui n'est infini qu'en un sens n'est ni fini ni infini. Donc rien ne peut subsister en cette manière.
Voilà de quelle manière i-aisonne le prince des philosophes et \egé7iie de la nature, lequel, au lieu de faire connaître par des idées claires et distinctes la véritable cause des eftets naturels, établit une philosophie païenne sur les idées fausses et confuses des sens, ou sur des idées trop générales pour être utiles à la recherche de la vérité.
Je ne reprends pas ici Aristote de ce qull n'a pas su que Dieu a créé le monde dans le temps pour faire connaître sa puiss^ce et la dépendance des créatures ; et qu'il ne ranéaatira jamais, afin que l'on sache aussi qu'il est immuable et
qu'il ne se repent jamais de ses desseins. Mais je crois pouvoir le reprendre de ce qu'il prouve par des raisons qui n'ont aucune force que le monde est de toute éternité. S'il est quelquefois excusable dans les sentiments qu'il soutient, il n'est presque jamais excusable dans les raisons qu'il apporte lorsqu'il traite des sujets qui renferment quelque difficulté. On en est peut-être déjà persuadé par les choses que je viens de dire, quoique je n'aie pas rapporté toutes les erreursique j'ai rencontj'ées dans le livre dont je les ai extraites, et que j'aie tâché de le faire parler plus clairement qu'on ne le fait ordinairement.
Mais, afin que l'on soit convaincu que le génie de la nature n'en découvrira jamais aux hommes ni les secrets ni les ressorts, il est à propos que je fasse voir que les principes sur lesquels ce philosophe raisonne pour expliquer les effets naturels n'ont aucune sohdité.
Il est évident qu'on ne peut rien découvrir dans la physique, si l'on ne commence par les corps les plus simples, c'est-à-dire par les éléments * ; car les éléments sont les corps dans lesquels tous les autres se résolvent, parce qu'ils sont contenus en eux ou actuellement ou en puissance : c'est ainsi qu'Aristote les définit. Mais on ne trouvera point dans les ouvrages d' Aristote qu'il ait expliqué ps^r une idée distincte ces corps simples dans lesquels il prétend que les autres se résolvent, et par conséquent, ses éléments n'étant point clairement connus, il est impossible de découvrir la nature des corps qui en sont composés.
Ce philosophe dit bien qu'il y a quatre éléments, le feu, l'air, Teau et la terre ; mais il n'en fait point clairement connaître la nature, il n'en donne point d'idée distincte ; il ne veut pas même que ces éléments soient le feu, l'air, l'eau et la terre que nous voyons; car enfin, si cela était, nous en aurions du moins quelque connaissance par nos sens. Il est vrai qu'en plusieurs endroits de ses ouvrages il tâche de les expliquer par les quahtés de chaleur et de froideur, d'humidité et de sécheresse, de pesanteur et de légèreté. Mais cette manière de les expliquer est si impertinente et si ridicule, qu'on ne peut concevoir comment tant de savants s'en sont contentés. C'est ce que je vais faire voir.
• Je parle selon le sentiment des péripatéiicieiis , ch. 5, liv: 3, De cœlc.