LIVRE SIXIEME
animaux capables de quelque fermentatioiï ^ et des humeurty assez pénétrantes pour s'insinuei' dans les pores des nerfs par où les esprits se répandent dans les muscles^ pourvu aussi que Ton ne prétende point détermine!* quelle est la véritable disposition des parties invisibles qui contribuent à ces mouvements Qonvulsifs.
Lorsque Ton a séparé un muscle du reste du corps ^ et qu'on le tient parles extrémités ^ on voit sensiblement qu'il fait effort pour se raccourcir lorsqu'on le pique par le ventre. Il y a de l'apparence que ceci dépend de la construction des parties imperceptibles qui le composent^ lesquelles, comme autant de ressorts, sont déterminées à de certains mouvements par celui de la piqûre. Mais qui pouri'ait s'assurer d'avoir trouvé la véritable disposition des parties qui servent à produire ce mouvement, et qui pourrait en donner une démonstration incontestable? Certainement cela paraît impossible, quoique peut-être, à force d'y penser, l'on puisse imaginer une construction de muscles propres à faire tous les mouvements dont nous les voyons capables. 11 ne faut donc point penser à déterminer quelle est la véritable construction des muscles. Mais, parce qu'on ne peut raisonnablement douter qu'il n'y ait des esprits susceptibles de quelque fermentation par le mélange de quelque matière subtile, et que les humeurs acres et piquantes ne puissent s'insinuer dans les nerfs, on peut le supposer.
Pour résoudre la question proposée, il faut donc examine)d'abord combien il y a de sortes de mouvements convulsifs; et, parce que le nombre en paraît indéfini, il faut s'arrêter aux pi incipaux , dont les causes semblent être différentes. 11 faut considérer les parties dans lesquelles ils se font, les maladies qui les précèdent et qui les suivent; s'ils se font avec douleur ou sans doideur; et, sur toutes choses, quelle est leur promptitude et leur violence; car il y en a qui se foiit avec promptitude et violence, d'autres avec promptitude sans violence, et d'auties avec violence sans promptitude, et d'autres enfin sans violence et sans promptitude; il y en a qui finissent et qui recommencent sans cesse; il y en a qui tiennent les parties roides et sans mouvement pour quelque temps, et il y en a qui en ôtent entièrement l'usage et qui les détigurent.
Toutes ces choses coiisidciées, il n'est pas difticile d'expU-
DE LA. MÉTHODE. — il^ PABTIE.
quel* en général comment ces mouvements convulsifs se peuvent faire après ce qu'on vient de dire des mouvements naturels et des mouvements volontaires ; car si Ton conçoit qu'il se mêle avec les esprits qui sont contenus dans un muscle quelque matière capable de les fermenter^ ce muscle s'enflera et produira dans cette partie un mouvement convulsif.
Si Ton peut facilement résister à ce mouvement^ ce sera ♦ une marque que les nerfs ne seront point bouchés par quelque humeur^ puisque l'on peul vider le muscle des esprits qui y sont entrés et les déterminer à enfler le muscle antagoniste; mais, si l'on ne le peut, il faudra conclure que les humeurs piquantes et pénéti'antes ont au moins quelque part à ce mouvement. 11 peut même quelquefois arriver que ces humeurs soient la seule cause de ces mouvements convulsifs; car elles peuvent déterminer le cours des esprits vers certains muscles, en ouvrant les passages qui les y portent et en fermant les autres , outre qu'elles peuvent en raccourcir les tendons et les fibres en pénétrant leurs pores.
Lorsqu'un poids fort pesant pend au bout d'une corde, on rélève notablement si Ton mouille seulement cette corde, parce que les parties de l'eau , s'insinuant comme autant de petits coins entre les filets dont la corde est composée, elJes raccourcissent en l'élargissant. De même les humeurs pénétrantes et piquantes, s'insinuant dans les pores des nerfs, les raccourcissent, tirent les parties qui y sont attachées, et produisent dans le corps des mouvements convulsifs qui sont extrêmement lents, violents et douloureux, et laissent souvent la partie dans une contorsion extraordinaire pendant un temps considérable.
Pour les mouvements convulsifs qui se font avec promptitude, ils sont causés par les esprits; mais il n'est pas nécessaire que ces esprits l'eçoivent quelque fermentation , il suffit pour cela que les conduits par où ils passent soient plus ouverts par un côté que par un autre.
Quand toutes les parties du corps sont dans leur situation naturelle, les esprits animaux s'y répandent également et promptement par rapport au besoin de la machine, et ils exécutent fidèlement les oidres de la volonté; mais lorsque les humeurs troublent la disposition du cerveau , et qu'elles changent ou remuent diversement les ouvertures des nerfs, nu que, pénétrant dans les muscles, elles en agitent les res-
sorts ^ les esprits se répandent dans les parties d'une manière toute nouvelle^ et produisent des momements extraordinaires sans que la volonté y ait part.
Cependant on peut quelquefois, par une forte résistance, empêcher quelques-uns de ces mouvements, et diminuer même peu à peu les traces qui servent à les produire, quoique rhabitude soit toute formée. Ceux qui pi'ennent gai'de à eux s'empêchent assez facilement de faire des grimaces ou de prendre un air ou une posture indécente, quoique le corps y soit disposé; ils surmontent même ces choses, quoiqu'elles soient fortifiées par l'habitude, mais avec beaucoup plus de peine, car il faut toujours les combattre dans leur naissance avant que le cours des esprits se soit fait un chemin trop difficile à fermer.
La cause de ces mouvements est quelquefois dans le muscle qui est agité; c'est quelque humeur qui le pique ou quelques esprits qui s'y fermentent; mais on doit juger qu'elle est dans le cerveau, principalement lorsque les convulsions n'agitent pas seulement ime ou deux parties du corps en particulier, mais presque toutes, et encoie dans plusieurs maladies qui changent la constitution naturelle du sang et des espiùts.
11 est vrai qu'un seul nerf ayant quelquefois différentes branches qui se répandent dans des parties du corps assez éloignées, comme sur le visage et dans les entrailles, il arrive assez souvent que la convulsion , ayant sa cause dans une partie dans laquelle quelqu'une de ces branches s'insinue, peut se communiquer à celles où les autres branches répondent, saiis que le cerveau en soit la cause et que les esprits soient coirompus. •
Mais, lorsque les mouvements convulsifs sont conmiuns à presque toutes les parties du corps , il est nécessaire de dire ou que les esprits se fei'mentent d'une manièr^î extraordinaire, ou que Tordre et Fari angement des parties du cerv eau est troublé, ou que toutes ces deux choses arrivent. Je ne m'arrête pas davantage à cette question, car elle devient si composée et dépend de tant de choses, lorsqu'on descend dans le particulier, qu'elle ne peut pas facilement servir à expliquer clairement les règles que l'on a données.
11 n'y a point de science qui fournisse davantage d'exemples propres pour faiie voir l'ulilité de ces règles (pie la gé*)métrie, et principalement l'algèbre; car ces deux sciences en
— î! *' PARTIE.
foilt un usage, continuel. La géométrie fait clairement connaître la nécessité qu'il y a de commencer toujours par les choses les plus simples et qui renferment le moins de rapports. Elle examine toujours ces rapports par des mesures clairement connues; elle retranche tout ce qui est inutile pour les découvrir; eUe divise en parties les questions composées; elle range ces parties et les examnie par ordre; enfin le seul défaut qui se rencontre dans cette science, c'est, comme j'ai déjà dit ailleui's, qu'elle n'a point de moyen fort p["opre pour ahréger les idées et les rapports qu'on a découverts. Ainsi, quoiqu'elle règle l'imagination et qu'elle rende l'esprit juste, elle n'en augmente pas de beaucoup Fétendue et elle ne le rend point capable de découvrir des vérités fort composées.
Mais l'algèbre apprenant à abréger continuellement, et de la manièi e du monde la plus courte, les idées et leurs rapports, elle augmente extrêmement la capacité de l'esprit; car on ne peut rien concevoir de si composé dans les rapports des grandeui's que l'esprit ne puisse, avec le temps, le découvrir par les moyens qu'elle fournit lorsqu'on sait la voie dont il s'y faut prendre.
La cinquième règle et les autres, où il est parlé de la manièj^e d'abréger les idées, ne regardent que cette science, car l'on n'a point dans les autres sciences de manière commode de les abréger. Ainsi je m'arrêterai pas à les expliquer. Ceux qui ont beaucoup d'inclination pour les mathématiques et qui veulent donner à leur esprit toute la force et toute l'étendue dont il est capable, et se mettre ainsi en état de découvrir par eux-mêmes une infinité de nouvelles vérités, s'étant sérieusement appliqués à l'algèbre, reconnaîtront que si cette science est si utile à la recherche de la vérité, c'est parce qu'elle observe les règles ([ue nous avons prescrites. Mais j'avertis ({ue par Falgèbre j'entends principalement celle dont M. Descartes et quelques autres se sont servis.
Avant que de finir cet ouvrage, je vais donner un exemple nn peu étendu pour faire mieux connaître rutilité que l'on peut retirer de tout ce livre. Je l eprésente, dans cet exemple, les démarches d'un esprit qui, voulant examiner une question assez importante, fait effort pour se délivi'er de ses préjugés. Je le fais même tomber d'abord dans quelque faute, afin que cela réveille le souvenir de ce qjie j'ai dit ailleurs.