LIVRE DhlJXlÈMK
et de l'autre, par la délicatesse et la grossièreté, par rhumidité et la sécheresse , par la facilité et la difficulté de se ployer des fibres du cerveau , et enfin par le rapport que les esprits animaux peuvent avoir avec ces fibres. Et il serait fort à propos que d'abord chacun tachât d'imaginer toutes les difTérentcs combinaisons de ces choses, et qu'on les appliquât soi-même à toutes les différences qu'on a remarquées entre les esprits ; parce qu'il est toujours plus utile et même plus agi^éable de faire usage de son esprit , et de l'accoutumer ainsi à découvrir par lui-même la vérité , que de le laisser corrompre dans l'oisiveté, en ne l'appliquant qu'à des choses toutes digérées et toutes développées. Outre qu'il y a des choses si délicates et si fines dans la différence dès esprits, qu'on peut bien quelquefois les découvrir et les sentir soi-même, mais on ne peut pas les représenter ni les faire sentir aux autres.
Mais afin d'expliquer autant qu'on le peut toutes ces différences qui se trouvent entre les esprits , et afin qu'un chacun remarque plus aisément dans le sien même la cause de tous les changements qu'il y sent en différents temps, il semble à pi*opos d'examiner en général les causes des changements qui arrivent dans les esprits animaux et dans les fibres du cerveau , parce qu'ainsi on découvrira tous ceux qui se trouvent dans l'imagination.
L'homme ne demeure guère longtemps semblable à luimême ; tout le monde a assez de preuves intérieures de son inconstance ; on juge tantôt d'une fciçon et tantôt d'une autre sur le même sujet ; en un mot , la vie de l'homme ne consiste que dans la circulation du sang et dans une autre circulation de pensées et de désirs, et il semble qu'on ne puisse guère mieux employer son temps qu'cà rechercher les causes de ces changements qui nous arrivent , et apprendre ainsi à nous connaître nous-mêmes.