‹ Œuvres, collationées sur les meilleurs textesChapitre 41 sur 58 · M ED1T AT10 NS CHU ET I EN N ES · texte numérisé non relu

M ED1T AT10 NS CHU ET I EN N ES

devait suffire pour le contenter jusqu'au jour de sa pleine et entière récompense.

14. Mais l'homme n'est plus dans le même état. Ses désirs, il est vrai, sont encore aujourd'hui causes occasionnelles de ses idées, mais il n'est pas toujours le maître de ses désirs; sa concupiscence en excite une infinité malgré lui. Les objets de ses désirs indélibérés se présentent à l'âme; ils la surprennent, iJsla caressent, ils la séduisent; elle résiste quelquefois parle travail de l'attention et elle court après la vérité qui s'échappe ; mais elle se fatigue bientôt, car elle aime trop le repos; elle n'est pas longtemps sans se rendre au plaisir, car elle veut invinciblement être heureuse. Ainsi, mon fils, il est nécessaireque la grâce prévienne la volonté et forme en elle de bons désirs par une espèce d'instinct et de sentiment prévenant; autrement jamais la lumière ne serait ni assez grande ni assez vive pour changer les déterminations déréglées du cœur humain; et parce que la concupiscence agit sans cesse et produit dans les justes mêmes, par des plaisirs prévenants, mille désirs indélibérés qui affaiblissent peu à peu la charité, la grâce actuelle de la délectation est encore nécessaire pour soutenir et pour augmenter la charité habituelle. De sorte que la grâce de sentiment doit être jointe à la lumière pour acquérir et pour conserver jusqu'à la fin l'amour dominant de l'ordre et de la justice.

15. Mon disciple bien-aimé a dit par mon esprit que l'onction de la grâce enseigne toute vérité, et que ceux qui en sont oints n'ont besoin de personne pour les instruire1. L'onction produit la lumière; car lorsqu'on pense avec plaisir à quelque objet, on y pense avec attention. Or l'attention de l'esprit ne manque jamais d'être récompensée de la vue de la vérité, autant qu'elle le peut être, pourvu qu'elle soit constante et sérieuse2; et cette même onction ne manque pas aussi de produire et d'entretenir la charité, parce que l'on ne manque jamais d'aimer un objet lorsqu'il a tous les caractères du vrai bien, lorsqu'il est beau à voir et agréable au goût, c'est-à-dire lorsque l'esprit reconnaît, par une lumière évidente, que c'est un bien, etqu'il en est convaincu par le sentiment du goût.

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