‹ Œuvres. Collationnée sur les meilleurs textes, et prédédée d'une introdChapitre 100 sur 117 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Des degrés d'assentiment.

§ I. Philalèthe. Pour ce qui est des degrés d'assentiment , il faut prendre garde que les fondements de probabilité que nous avons n'opèrent point en cela au delà du degré de l'apparence qu'on y trouve ou qu'on y a trouvé lorsqu'on l'a examinée. Car il faut avouer que l'assentiment ne saurait être toujours fondé sur une vue actuelle des raisons qui ont une mémoire admirable, de toujours retenir toutes les preuves qui les ont engagés dans un certain sentiment, et qui pourraient quelquefois remplir un volume sur une seule question. Il suflit qu'une fois ils aient épluché la matière sincèrement et avec soin, et qu'ils aient pour ainsi dire arrêté le compte. § 2. Sans cela il faudrait que les hommes fussent fort sceptiques , ou changeassent d'opinion à tout moment pour se rendre à tout homme qui , ayant examiné la question depuis peu , leur propose des arguments auxquels ils ne sauraient satisfaire entièrement sur-le-champ, faute de mémoire ou d'application à loisir. § 3. Il faut avouer que cela rend souvent les hommes obstinés dans l'erreur ; mais la faute est , non pas de ce qu'ils se reposent sur leur mémoire, mais de ce qu'ils ont mal jugé auparavant. Car souvent il tient lieu d'examen et de raison aux hommes de remarquer qu'ils n'ont jamais pensé autrement. Mais ordinairement ceux qui ont le moins examiné leurs opinions y sont les plus attachés. Cependant l'attachement à ce qu'on a vu est louable, mais non pas toujours à ce qu'on a cru, parce qu'on peut avoir laissé quelque considération en arrière capable de tout renverser. Et il n'y a peut-être personne au monde qui ait le loisir, la patience et les moyens d'assembler toutes les preuves de part et d'autre sur les questions où il a ses opinions, pour comparer ces preuves et pour conclure sûrement qu'il ne lui reste plus rien à savoir pour une plus ample instruction. Cependant le soin de notre vie et de nos plus grands intérêts ne saurait souffrir de délai, et il est abso-

lument nécessaire que notre jugement se détermine sur des articles où nous ne sommes pas capables d'arriver à une connaissance certaine.

Théophile. Il n'y a rien que de bon et de solide dans ce que vous venez de dire, monsieur. Il serait à souhaiter, cependant, que les hommes eussent en quelques rencontres des abrégés par revit (en forme de mémoires) des raisons qui les ont portés à quelque sentiment de conséquence , qu'ils sont obligés de justifier souvent dans la suite à eux-mêmes ou aux autres. D'ailleurs, quoiqu'en matière de justice il ne soit pas ordinairement permis de rétracter les jugements qui ont passé et de revoir des comptes arrêtés (autrement il faudrait être perpétuellement en inquiétude, ce qui serait doutant plus intolérable qu'on ne saurait toujours garder les notices des choses passées) , néanmoins on est reçu quelquefois, sur de nouvelles lumières, à se pourvoir en justice et à obtenir même ce qu'on appelle restitution in integrum contre ce qui a été réglé; de même, dans nos propres affaires, surtout dans les matières fort importantes où il est encore permis de s'embarquer ou de reculer, et où il n'est point préjudiciable de suspendre l'exécution et d'aller bride en main, les arrêts de notre esprit, fondés sur des probabilités, ne doivent jamais tellement passer in rem judicatam, comme les jurisconsultes l'appellent, c'est-à-dire, pour établis, qu'on ne soit disposé à la révision du raisonnement lorsque de nouvelles raisons considérables se présentent à rencontre. Mais quand il n'est plus temps de délibérer, il faut suivre le jugement qu'on fait avec autant de fermeté que s'il était infaillible, mais non pas toujours avec autant de rigueur.

«5 i. Philalèthb. Puis donc que les hommes ne sauraient éviter de s'exppser à l'erreur en jugeant et d'avoir de divers sentiments lorsqu'ils ne sauraient regarder les choses par les mêmes côtés, ils doivent conserver la paix entre eux et les devoirs d'humanité parmi cette diversité d'opinions, sans prétendre qu'un autre doive changer promptemenl sur nos objections une opinion enracinée, surtout s'il a lieu de se figurer que son adversaire agit par intérêt ou ambition, ou par quelque autre motif particulier. Et le plus souvent ceux qui voudraient imposer aux autres la nécessité de se. rendre à leurs sentiments n'ont guère bien examiné les choses. Car ceux qui sont entrés assez avant dans la discussion pour sortir du doute sont en si petit nombre et trouvent si peu de sujet de condamner les autres, qu'on ne doit s'attendre à rien de violent de leur part.

Théophile. Effectivement, ce qu'on a le plus de droit de blâmer

dans les hommes, ce n'est pas leur opinion, mais leur jugement téméraire à blâmer celle des autres, comme s'il fallait être stupide ou méchant pour juger autrement qu'eux ; ce qui , dans les ailleurs de ces passions et haines qui les répandent parmi le public , est l'efl'et d'un esprit hautain et peu équitable, qui aime a dominer et ne peut point souffrir de contradiction. Ce n'est pas qu'il n'y ait véritablement du sujet bien souvent de censurer les opinions des autres, mais il faut le faire avec un esprit d'équité et compatir avec la faiblesse humaine. Il est vrai qu'on a droit de prendre des précautions contre de mauvaises doctrines, qui ont de l'influence dans les mœurs et dans la pratique de la pieté; mais on ne doit pas les attribuer aux gens à leur préjudice sans en avoir de bonnes preuves. Si l'équité veut qu'on épargne les personnes, la piété ordonne de représenter ou il appartient le mauvais effet de leurs dogme- quand ils sont nuisibles, comme sont ceux qui vont contre la providence d'un Dieu parfaitement sage, bon et juste , et contre cette immortalité des âmes qui les rend susceptibles des effets de sa justice , sans parler d'autres opinions dangereuses par rapport a la morale et à la police. Je sais que d'excellents hommes et bien intentionnés soutiennent que ces opinions théoriques ont moins d'influence dans la pratique qu'on ne pense, et je -ai- aussi qu'il y a des personnes d'un excellent naturel a qui le- opinions ne feront jamais rien faire d'indigne d'elles : comme d'ailleurs ceux qui sont venus à ces erreurs parla spéculation ont coutume d'être naturellement plus éloignés des vices dont le commun des hommes est susceptible, outre qu'ils ont soin de la dignité de la secte ou ils sont comme des chefs; et l'on peut dire qu'Épicure et Spinosa . par exemple, ont mené une vie tout à fait exemplaire. .Mais ces raisons cessent le plus souvent dans leurs disciples ou imitateurs, qui, se croj ant déchargés de l'importune crainte d'une Providence surveillante et d'un avenir menaçant , lâchent la bride à leurs passions brutales , et tournent leur esprit à séduire et à corrompre les autres: et s'ils sont ambitieux et d'un naturel un peu dur, ils -eront capables, pour leur plaisir ou avancement, de mettre le feu aux quatre coins de la terre, comme j'en ai connu de cette trempe que la mort a enlevés, .le trouve même que des opinions approchantes s'insinuant peu a peu dans l'esprit des hommes du grand monde, qui règlent les autres et dont dépendent les affaires, et se glissant dans les livres à la mode, disposent toutes choses à la révolution générale dont 1 Europe est menacée, et achèvent de détruire ce qui reste encore dans le monde des sentiments généreux des anciens Grecs et Romains, qui préféraient l'amour de la patrie et du bien public et le

soin de la postérité à la fortune et même à la vie. Ces public spirits , comme les Anglais les appellent, diminuent extrêmement et ne sont plus à la mode; et ils cesseront davantage quand ils cesseront d'être soutenus par la bonne morale et par la vraie religion que la raison naturelle même nous enseigne. Les meilleurs du caractère opposé, qui commence à régner, n'ont plus d'autre principe que celui qu'ils appellent de ['honneur. Mais la marque de l'honnête homme et de l'homme d'honneur chez eux est seulement de ne faire aucune bassesse, comme ils la prennent. Et si pour la grandeur ou par caprice quelqu'un versait un déluge de sang , s'il renversait tout sens dessus dessous, on compterait cela pour rien, et un Érostrate des anciens, ou bien un don Juan dans le Festin de Pierre, passerait pour un héros. On se moque hautement de l'amour de la patrie, on tourne en ridicule ceux qui ont soin du public; et quand quelque homme bien intentionné parle de ce que deviendra la postérité, on répond : Alors comme alors. Mais il pourra arriver à ces personnes d'éprouver eux-mêmes les maux qu'ils croient réservés à d'autres. Si l'on se corrige encore de cette maladie d'esprit épi— démique, dont les mauvais effets commencent à être visibles, ces maux peut-être seront prévenus; mais si elle va croissant, la Providence corrigera les hommes par la révolution même qui en doit naître; car quoi qu'il puisse arriver, tout tournera toujours pour le mieux en général au bout du compte , quoique cela ne doive et ne puisse pas arriver sans le châtiment de ceux qui ont contribué même au bien par leurs actions mauvaises. Mais je reviens d'une digression où la considération des opinions nuisibles et du droit de les blâmer m'a mené. Or, comme en théologie les censures vont encore plus loin qu'ailleurs, et que ceux qui font valoir leur orthodoxie condamnent souvent les adversaires, à quoi s'opposent dans le parti même ceux qui sont appelés syncrétistes par leurs adversaires, cette opinion a fait naître des guerres civiles entre les rigides et les condescendants dans un même parti. Cependant, comme refuser le salut éternel à ceux qui sont d'une autre opinion est entreprendre sur les droits de Dieu , les plus sages des condamnants ne l'entendent que du perd où ils croient voir les âmes errantes, et ils abandonnent à la miséricorde singulière de Dieu ceux dont la méchanceté ne les rend pas incapables d'en profiter, et de leur côté ils se croient obligés a faire tous les efforts imaginables pour les retirer d'un elal si dangereux. Si ces personnes qui jugent ainsi du péril des autres sont parvenues à cette opinion après un examen convenable, et s'il n'y a pas moyen de les désabuser, on ne saurait blâmer leur conduite tant qu'ils n'usent que des voies de douceur:

mais aussitôt qu'ils vont plus loin, c'est violer les lois de l'équité. Car ils doivent penser que d'autres, aussi persuadés qu'eux , ont autant de droit de maintenir leurs sentiments, et môme de les répandre s'ils les croient importants. On doit excepter les opinions qui enseignent des crimes qu'on ne doit point souffrir et qu'on a droit d'étouffer par les voies de la rigueur, quand il serait vrai même que celui qui les soutient ne peut point s'en faire; comme on a droit de détruire même une bête venimeuse , tout innocente qu'elle est. Mais je parle d'étouffer la secte et non les hommes, puisqu'on peut les empêcher de nuire et de dogmatiser.

§ i). Philalèthe. Pour revenir au fondement et au degré de l'assentiment, il est à propos de remarquer que les propositions sont de deux sortes : les unes sont de fait, qui, dépendant de l'observation , peuvent être fondées sur un témoignage humain; les autres sont de spéculation, qui , regardant les choses que nos sens ne sauraient nous découvrir, ne sont pas capables d'un semblable témoignage. $ 6. Quand un fait particulier est conforme à nos observations constantes et aux rapports uniformes des autres, nou.7, nous y appuyons aussi fermement que si c'était une connaissance certaine; et quand il est conforme au témoignage de tous les hommes dans tous les siècles, autant qu'il peut être connu, c'est le premier et le plus haut degré de probabilité : par exemple, que le feu échauffe, que le fer coule au fond de l'eau. Notre créance, bâtie sur de tels fondements, s'élève jusqu'à l'assurance. § 7. En second lieu, tous les historiens rapportent qu'un tel a préféré l'intérêt particulier au public; et comme on a toujours observé que c'est la coutume de la plupart des hommes, l'assentiment que je donne à ces histoires est une confiance. $ H. En troisième lieu , quand la nature des choses n'a rien qui soit ni pour ni contre, un fait attesté par le témoignage de gens non suspects, par exemple, que Jules-César a vécu, est reçu avec une ferme créance. tj 9. Mais lorsque les témoignages se trouvent contraires au cours ordinaire de la nature ou entre eux, les degrés de probabilité se peuvent diversifier à l'infini , d'où viennent ces degrés que nous appelons croyance, conjecture, doute, incertitude, défiance; et c'est là ou il faut de l'exactitude pour former un jugement droit et proportionner notre assentiment aux degrés de probabilité.

Théophile. Les jurisconsultes, en traitant des preuves, présomptions, conjectures et indices, ont dit quantité de bonnes choses sur ce sujet, et sont allés à quelques détails considérables. Ils commencent par la notoriété, où l'on n'a point besoin dé preuve. Par après ils viennent ;i ries preuves entières ou qui passent pour

toiles, sur lesquelles on prononce, au moins en matière civile, mais où en quelques lieux on esl plus réservé en malière criminelle; et on n'a pas tort d'y demander des preuves plus que pleines et surtout ce qu'on appelle corpus delicti, selon la nature du fait. 11 y a donc preuves plus que pleines, et il y a aussi des preuves pleines ordinaires. Puis il y a présomptions , qui passent pour preuves entières provi-ionnellement, c'est-à-dire tandis que le contraire n'est point prouvé. Il y a preuves plus que demi-pleines à proprement parler, où l'on permet à celui qui s'y fonde de jurer pour suppléer; c'est juramentum suppletorium. 11 y en a d'autres moins que demi-pleines, où, tout au contraire, on défère le serment à celui qui nie le fait, pour se purger; e' est juramentum purgationis. Hors de cela il y a quantité de degrés des conjectures et des indices. Et particulièrement en matière criminelle il y a indices ad torturam , pour aller à la question (laquelle a elle-même ses degrés marques par les formules de l'arrêt), il y a indices ad terrendum, suffisants à montrer les instruments de la torture et préparer les choses comme si l'on y voulait venir. 11 y en a, ad capturam, pour s'assurer d'un homme suspect, et ad inquirendum, pour s'informer sous main et sans bruit. Et ces différences peuvent encore servir en d'autres occasions proportionnelles: et toute la forme des procédures en justice n'est autre chose en effet qu'une espèce de logique appliquée aux questions de droit. Les médecins encore ont quantité de degrés et de différences de leurs signes et indications, qu'on peut voir chez eux. Les mathématiciens de notre temps ont commencé a estimer les hasards à l'occasion des jeux. Le chevalier de Mère, dont les Agréments et les autres ouvrages ont été imprimés, homme d'un esprit pénétrant et qui était joueur et philosophe, y donna occasion en formant des questions sur les paris, pour savoir combien vaudrait le jeu s'il était interrompu dans un tel ou tel état. Par là, il engagea M. Pascal, son ami, a examiner un peu ces ehoses. La question éclata et donna occasion à M. lluygens de faire son traité Df aléa. D'autres savants hommes y entrèrent. On établit quelques principes dont se servit aussi M. le pensionnaire deWit dans un petit discours imprimé en hollandais sur les rentes a \ie. Le fondement sur lequel ou a bâti revient a la prostaphérèse, c'est-à-dire a prendre un moyen arithmétique entre plusieurs suppositions également recevables, et nos paysans s'en sont servis il v a long->temps suivant leur mathématique naturelle, l'ai' exemple, quand quelque héritage ou terre doit être vendue, ils forment trois bandes d'estimateurs; ces bandes ^ont appelées sehurzen en bas-saxon . et chaque bande fait une estime du bien en

question. Supposez donc que l'une l'estime être de la valeur de 1,000 écus, l'autre de 1,400, la troisième de 1,500, on prend la somme de ces trois estimations, qui est 3,900; et parce qu'il y a eu trois bandes, on en prend le tiers, qui est 1,300 pour la valeur moyenne demandée; ou bien, ce qui est la même chose, on prend la somme des troisièmes parties de chaque estimation. G'esl l'axiome /Equalibus œqualia , Pour des suppositions égales il faut avoir des considérations égales. Mais quand les suppositions sont inégales, on les compare entre elles. Soit: supposez, par exemple, qu'avec deux dés l'un doit gagner s'il l'ait 7 points, l'autre s'il en l'ait 9: on demande quelle proportion se trouve entre leurs apparences de gagner. Je dis que l'apparence pour le dernier ne vaut que deux tiers de l'apparence pour le premier, car le premier peut faire 7 de trois façons avec deux dh, savoir, par 1 et (i, ou 2 et 5, ou 3 et i: et l'autre ne peut faire 9 que de deux façons, en jetant 3 et 6 ou I et ■">. Et toutes ces manières sont également possibles. Donc les apparences, qui sont comme les nombres (}<^ possibilités égales, seront comme 'i a 2 ou comme I a ;».'{. J'ai dit plus d'une fois qu'il faudrait une nouvelle i de logique qui traitât des degrés de probabilité, puisque Ai i - — tote, dans ses Topiques, n'a rien moins tait que cela, et -'est contente de mettre en quelque ordre certaines règles populaires, distribuées selon les lieux communs, qui peuvent servir dans quelque occasion, où il s'agit d'amplifier le discours et de lui donner apparence, sans se mettre en peine de nous donner une balance nécessaire pour peser les apparences et pour former là-dessu:- un jugement solide. 11 sérail bon que celui qui voudrait traiter cette matière poursuivit l'examen des jeux de hasard : et généralement je souhaiterais qu'un habile mathématicien voulût faire un amj l'ouvrage bien circonstancié et bien raisonné sur toute sorte de jeux, ce qui serait de grand usage pour perfectionner l'art d inventer, l'esprit humain paraissant mieux dans les jeux que dans les matières les plus sérieuses.

>f lo. Philalèthe. La loi d'Angleterre observe cette règle, que la copie d'un acte, reconnue authentique par des témoins, est une bonne preuve: mais la copie d'une copie, quelque attestée qu'elle soit et par les témoins les plus accrédités, n'est jamais admise j our preuve en jugement. Je n'ai encore ouï blâmer à personne sage précaution. On en peut tirer au moins cette observation, qu'un témoignage a moins de force a mesure qu'il est plus éloign vérité originale, qui e-t dans la chose même; au lieu que chez certaines gens on en use d'une manière directement c< ntraire. Lea

opinions acquièrent des forces en vieillissant , et ce qui n'aurait point paru probable il y a mille ans à un homme raisonnable contemporain de celui qui l'a certifié le premier, passe présentement pour certain parce que plusieurs l'ont rapporté sur son témoignage. Théophile. Les critiques en matière d'histoire ont grand égard aux témoins contemporains des choses; cependant un contemporain môme ne mérite d'être cru que principalement sur les événements publics; mais quand il parle des motifs, des secrets, des ressorts cachés et des choses disputables, comme par exemple des empoisonnements, des assassinats, on apprend au moins ce que plusieurs ont cru. Procope est fort croyable quand il parle de la guerre de Bélisaire contre les Vandales et les Goths; mais quand il débite des médisances horribles contre l'impératrice Théodore dans ses anecdotes, les croie qui voudra. Généralement on doit être fort réservé à croire les satires; nous en voyons qu'on a publiées de notre temps, contraires à toute apparence, qui ont pourtant été gobées avidement par les ignorants. Et on dira peut-être un jour : Est-il possible qu'on aurait osé publier ces choses en ce temps-là, s'il n'y avait quelque fondement apparent? Mais si on le dit un jour, on jugera fort mal. Le monde cependant est incliné à donner dans le satirique; et, pour n'en alléguer qu'un exemple, feu M. du Maurier le fils ayant publié, par je ne sais quel travers, dans ses mémoires imprimés, il va quelques années, certaines choses tout-à-fait mal fondées contre l'incomparable Hugo Grotius, ambassadeur de Suède en France, piqué apparemment par je ne sais quoi contre la mémoire de cet illustre ami de son père, j'ai vu que quantité d'auteurs les ont répétés à l'envi, quoique les négociations et les lettres de ce grand homme fassent assez connaître le contraire. On s'émancipe même d'écrire des romans dans l'histoire, et celui qui a fait la dernière Vie de Cromwell a cru que pour égayer la matière il lui était permis, en parlant de la vie encore privée de cet habile usurpateur, de le faire voyager en France, où il le suit dans les auberges de Paris, comme s'il avait été son gouverneur. Cependant il paraît par l'Histoire de Cromwell, faite par Carrïngton . homme bien informé, et dédiée à Richard son lits quand il faisait encore le protecteur, que Cromwell n'est jamais sorti des îles Britanniques. Le détail surtout est peu sûr. On n'a presque point de bonnes relations des batailles; la plupart de celles de Tite-Live paraissent imaginaires, autant que celles de Quinte-Curce. Il faudrait avoir de part et d'autre les rapports de gens exacts et capables qui en dressassent même des plans semblables à ceux que le comte de Dahlberg, qui avait déjà servi

SUR L'EISTISNDEMËiST HUMAIN. LIV. IN 385

avec distinction sous le roi de Suède Charles-Gustave, et qui . étant gouverneur général de la Livonie, a défendu Riga dernièrement, a fait graver louchant les actions et batailles de ce prince. Cependant il ne faut point d'abord décrier un bon historien sur un mot de quelque prince ou ministre qui se récrie contre lui en quelque occasion, ou sur quelque sujet qui n'est pas à son gré et où véritablement il y a peut-être quelque faute. On rapporte que Charles-Quint, voulant se faire lire quelque chose de Sleidan . disait : « Apportez-moi mon menteur, » et que Carlowiz, gentilhomme saxon fort employé dans ce temps-là, disait que l'histoire de Sleidan détruisait dans son esprit toute la bonne opinion qu'il avait eue des anciennes histoires. Cela, dis— je , ne sera d'aucune force dans l'esprit des personnes informées pour renverser l'autorité de l'histoire de Sleidan, dont la meilleure partie est un tissu d'actes publics des diètes et assemblées, et des écrits autorisés par les princes. Et quand il resterait le moindre scrupule là-dessus, il vient d'être levé par l'excellente histoire de mon illustre ami, feu M. de Seckendurf (dans lequel je ne puis m'empècher pourtant de désapprouver le nom de luthéranisme sur le titre, qu'une mauvaise coutume a autorisé en Saxe), où la plupart des choses sont justifiées par les extraits d'une infinité de pièces, tirées des archives saxonnes, qu'il avait à sa disposition, quoique M. de Meaux, qui y est attaqué et à qui je l'envoyai , me répondît seulement que ce livre est d'une horrible prolixité ; mais je souhaiterais qu'il fût deux fois plus grand sur le même pied. Plus il est ample, plus il devait donner de prise, puisqu'on n'avait qu'à choisir les endroits; outre qu'il y a des ouvrages historiques estimés qui sont bien plus grands. Au reste , on ne méprise pas toujours les auteurs postérieurs au temps dont ils parlent , quand ce qu'ils rapportent est apparent d'ailleurs ; et il arrive quelquefois qu'ils conservent des morceaux des plus anciens. Par exemple , on a douté de quelle famille est Suibert, évèque de Bamberg, depuis pape sous le nom de Clément II. Un auteur anonyme de l'histoire de Brunswick, qui a vécu dans le \ive siècle, avait nommé sa famille, et des personnes savantes dans notre histoire n'y avaient point voulu avoir égard; mais j'ai eu une chronique beaucoup plus ancienne non encore imprimée, où la même chose est dite avec plus de circonstances, d'où il parait qu'il était de la famille des anciens seigneurs allodiaux de Hornbourg (guère loin de Wolfenbuttel) , dont le pavs fut donné par le dernier possesseur à l'église cathédrale de llalberstadt.

§ 18. Philalèthe. Je ne veux pas aussi qu'on croie que j'ai

voulu diminuer l'autorité et l'usage de l'histoire par ma remarque. C'est de cette source que nous recevons avec une évidence convaincante une grande partie de nos vérités utiles. Je ne vois rien de plus estimable que les mémoires qui nous restent de l'antiquité, et je voudrais que nous en eussions un plus grand nombre et de moins corrompus. Mais il est toujours vrai que nulle copie ne s'élève au-dessus de la certitude de son premier original.

Théophile. Il est sur que lorsqu'on a un seul auteur de l'antiquité pour garant d'un fait, tous ceux qui l'ont copié n'y ajoutent aucun poids, ou plutôt doivent être comptés pour rien. Et ce doit être tout autant que si ce qu'ils disent était du nombre xôiv à-jra^ Xsyoas'viov, des choses qui n'ont été dites qu'une seule fois, dont M. Ménage voulait faire un livre. Et encore aujourd'hui , quand cent mille petits écrivains répéteraient les médisances de Boisée, par exemple, un homme de jugement n'en ferait pas plus de cas ([ne du bruit des oisons. Des jurisconsultes ont écrit de fuie historien; mais la matière mériterait une plus exacte recherche, et quelques-uns de ces messieurs ont été trop indulgents. Pour ce qui est de la grande antiquité, quelques-uns des faits les plus éclatants sont douteux. D'habiles gens ont douté avec sujet si Romulus a été le premier fondateur de la ville de Rome. On dispute sur la mort de Cyrus , et d'ailleurs l'opposition entre Hérodote et Ctésias a répandu des doutes sur l'histoire des Assyriens , Babyloniens et Perses. Celle de Nabuchodonosor, de Judith et même de l'Assuérus d'Esther souffre de grandes difficultés. Les Romains, en parlant de l'or de Toulouse, contredisent ce qu'ils racontent de la défaite des Gaulois par. Camille. Surtout l'histoire propre et privée des peuples est sans crédit quand elle n'est point prise d'originaux fort anciens , ni assez conforme à l'histoire publique. C'est pourquoi ce qu'on nous raconte des anciens rois germains, gaulois, britanniques, écossais, polonais et autres, passe avec raison pour fabuleux et fait à plaisir. Ce Trébéta, fils de Ninus, fondateur de Trêves; ce Bfutus, auteur des Britons ou Brittains, sont aussi véritables que les Amadis. Los contes pris de quelques fabulateurs, que Tritémius, Aventin, et même Albinus et Sifrid Pétri ont pris la liberté de débiter des anciens princes francs, boïens, saxons, frisons, et ce que Saxon le Grammairien el l'Edda nous racontent des antiquités reculées «lu septentrion; ne sauraient avoir plus d'autorité que ce que dit kadlubko, premier historien polonais d'un de leurs rois, gendre de Jules-César. Mais quand les histoires des différents peuples se rencontrent dans les cas où il n'y a pas d'apparence que l'un ait copié l'autre, c'est un grand indice de la vérité. Tel est

l'accord d'Hérodote avec l'histoire du vieux Testament en bien des choses: par exemple, lorsqu'il parle de la bataille de Mégiddo . entre le roi d'Egypte et les Syriens de la Palestine, c'est-à-dire les Juifs, où, suivant le rapport de l'histoire sainte, que nous avons des Hébreux, le roi Josias fui blessé mortellement. Le consentement encore des historiens arabes, persans et turcs avec les Grecs, Romains et autres Occidentaux, fait plaisir à ceux qui recherchent les faits; comme aussi les témoignages que les médailles et inscriptions restées de l'antiquité rendent aux livres venus des anciens jusqu'à nous, et qui sont à la vérité copies de copies. Il faut attendu' ce que nous apprendra encore l'histoire de la Chine, quand nous serons plus en étal d'en juger et jusqu'où elle portera sa crédibilité avec soi. L'usage de l'histoire consiste principalement dans le plaisir qu'il y a de connaître les origines, dans la justice qu'on rend aux hommes qui ont bien mérité des autres hommes, dans L'établissement de la critique historique, et surtout de l'histoire sacrée, qui soutient les fondements de la révélation, et mettant encore à part les généalogies et droits des princes et puissances) dans les enseignements utiles que les exemples nous fournissent. Je ne méprise point qu'on épluche les antiquités jusqu'aux moindres bagatelles; car quelquefois la connaissance que les critiques en tirent peut servir aux choses plus importantes. Je consens, par exemple, qu'on écrive même toute l'histoire des vêtements et de l'ait des tailleurs depuis les habits des pontifes des Hébreux, ou si l'on veut depuis les pelleteries que Dieu donne aux premiers mariés au sortir du Paradis, jusqu'aux fontanges et falbalas de notre temps, et qu'on y joigne tout ce qu'on peut tirer des anciennes sculptures et des peintures encore faites depuis quelques siècles. J'y fournirai même, si quelqu'un le désire, les mémoires d'un homme d'Augsbourg du siècle passé, qui s'est peint avec tous les habits qu'il a portés depuis son enfance jusqu'à l'âge de 63 ans. Et je ne sais qui m'a dit que feu M. le duc d Aumont, grand connaisseur des belles antiquités, a eu une curiosité approchante. Cela pourra peut-être servir à discerner les monuments légitimes de ceux qui ne le sont pas, sans parler de quelques autres usages. Et puisqu'il est permis aux hommes de jouer, il leur sera encore plus permis de se divertir à ces sortes de travaux, si les devoirs essentiels n'en souffrent point. Mais je désirerais qu'il y eut des personnes qui s'appliquassent préférablement à tirer de l'histoire ce qu'il y a de plus utile, comme seraient des exemples extraordinaires de vertu, des remarques sur les commodités do la vie. des stratagèmes de politique et de guerre. Et je voudrais qu'on lit exprès une espèce d'histoire universelle qui ne

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marquât que de telles choses et quelque peu d'autres de plus de conséquence; car quelquefois on lira un grand livre d'histoire, savant, bien écrit, propre même au but de l'auteur et excellent en songenre, mais qui ne contiendra guère d'enseignements utiles, par lesquels je n'entends pas ici de simples moralités dont le Theatrum vitee humanœ et tels autres florilétjes sont remplis, mais des adresses et connaissances dont tout le monde ne s'aviserait pas au besoin. Je voudrais encore qu'on tirât des livres des voyages une infinité de choses de cette nature dont on pourrait profiter, et qu'on les rangeât selon l'ordre des matières. Mais il est étonnant que, tant de choses utiles restant à faire, les hommes s'amusent presque toujours à ce qui est déjà fait, ou à des inutilités pures, ou du moins à ce qui est le moins important ; et je n'y vois guère de remède jusqu'à ce que le public s'en mêle davantage dans des temps plus tranquilles.

§ 12. Piiimlkthe. Vos digressions donnent du plaisir et du profit. Mais des probabilités des faits venons à celles des opinions touchant les choses qui ne tombent .pas sous les sens. Elles ne sont capables d'aucun témoignage, comme sur l'existence et la nature des esprits, anges, démons, etc. , sur les substances corporelles qui sont dans les planètes et dans d'autres demeures de ce vaste univers, enfin sur la manière d'opérer de la plupart des ouvrages de la nature, et de toutes ces choses nous ne pouvons avoir que des conjectures, où Yanalogie est la grande règle de la probabilité: car ne pouvant point être attestées, elles ne peuvent paraître probables qu'en tant qu'elles conviennent plus ou moins avec les vérités établies. Un frottement violent de deux corps produisant de la chaleur et même du feu, les réfractions des corps transparents faisant paraître des couleurs, nous jugeons que le feu consiste dans une agitation violente des parties imperceptibles, et qu'encore les couleurs, dont nous ne voyons pas l'origine, viennent d'une semblable réfraction; et trouvant qu'il y a une connexion graduelle dans toutes les parties de la création qui peuvent, être sujettes à l'observation humaine, sans aucun vide considérable entre deux . nous avons tout sujet de penser que les choses s'élèvent aussi vers la perfection peu à peu et par des degrés insensibles. Il est malaisé de dire ou le sensible et le raisonnable commencenl , cl quel est le plus bas degré tU>> choses vivantes : c'est comme la quantité augmente ou diminue dans un cône régulier. Il y a une différence excessive entre certains hommes et certains animaux brutes; mais si nous voulons comparer l'entendement el la capacité de certains hommes el de certaines bêles, non- y trouverons si peu de dill'é-

rence, qu'il sera bien malaisé d'assurer que l'entendement de ces hommes soit plus net et plus étendu que celui de ces bêtes. Lors donc que nous observons une telle gradation insensible entre les parties de la création, depuis l'homme jusqu'aux parties les plus basses qui sont au -dessous de lui, la règle de l'analogie nous fait regarder comme probable qu'il y a une pareille gradation dans les choses qui sont au-dessus de nous et hors de la sphère de nos observations, et cette espèce de probabilité est le grand fondement des hypothèses raisonnables.

Théophile. C'est sur celte analogie que M. Huygensjuge, dans son Cosmotheoros , que l'état des autres planètes principales est assez approchant du nôtre, excepté ce que la différente distance du soleil doit causer de différence; et M. de Fontenelle, qui avait donné déjà auparavant ses Entretiens pleins d'esprit et de savoir sur la pluralité des mondes, a dit de jolies choses là-dessus, et a trouvé l'art d'égayer une matière fort difficile : on dirait quasi que c'est dans l'empire de la lune d'Arlequin tout comme ici. Il est vrai qu'on juge tout autrement des lunes ( qui sont des satellites seulement ) que des planètes principales. Kepler a laissé un petit livre qui contient une fiction ingénieuse sur l'état de la lune, et un Anglais, homme d'esprit, a donné la plaisante description d'un Espagnol de son invention que des oiseaux de passage transportèrent dans la lune, sans parler de Cyrano qui alla depuis trouver cet Espagnol. Quelques hommes d'esprit, voulant donner un beau tableau de l'autre vie, promènent les âmes bienheureuses de monde en monde, et notre imagination y trouve une partie des belles occupations qu'on peut donner aux génies. Mais quelque effort qu'elle se donne, je doute qu'elle puisse rencontrer, à cause du grand intervalle entre nous et ces génies et de la grande variété qui s'y trouve; et jusqu'à ce que nous trouvions des lunettes , telles que M. Descartes nous faisait espérer, pour discerner des parties du globe de la lune pas plus grandes que nos maisons, nous ne saurions déterminer ce qu'il y a dans un globe différent du nôtre : nos conjectures seront plus utiles et plus véritables sur les parties intérieures de nos corps. J'espère qu'on ira au delà de la conjecture en bien des occasions, et je crois déjà maintenant qu'au moins la violente agitation des parties du feu, dont vous venez de parler, ne doit pas être comptée parmi les choses qui ne sont que paraboles. C'est dommage que l'hypothèse de M. Descartes sur la contexture des parties de l'univers visible a été si peu confirmée par les recherches et découvertes faites depuis, ou que M. Descartes n'a pas vécu cinquante ans plus tard, pour nous donner une hypo-

thèse sur les connaissances présentes aussi ingénieuse que celle qu'il donna sur celles de son temps. Pour ce qui est de la connexion graduelle des espèces, nous en avons dit quelque chose dans une conférence précédente, où je remarquai que déjà des philosophes avaient raisonné sur le vide dans les farines ou espèces. Tout va par degrés dans la nature et rien par saut, et cette règle, à l'égard des changements, est une partie de ma loi de la continuité. Mais la beauté de la nature, qui veut des perceptions distinguées, demande des apparences de sauts , et pour ainsi dire des chutes de musique dans les phénomènes, et prend plaisir de mêler les espèces. Ainsi, quoiqu'il puisse y avoir dans quelque autre monde des espèces moyennes entre l'homme et la bète (selon qu'on prend le sens de ces mots) , et qu'il y ait apparemment quelque part do? animaux raisonnables qui nous passent, la nature a trouvé bon de les éloigner de nous, pour nous donner sans contredit la supériorité que nous avons dans notre globe. Je parle des espèces moyennes, et je ne voudrais pas me régler ici sur les individus humains qui approchent des brutes, parce qu'apparemment ce n'est pas un défautde la faculté, mais un empêchement de l'exercice; de sorte que je crois que le plus stupide des hommes (qui n'est pas dans un état contraire à la nature par quelque maladie ou par un autre défaut permanent tenant lieu de maladie ) est incomparablement plus raisonnable et plus docile que la plus spirituelle de toutes les bêtes , quoiqu'on dise quelquefois le contraire par un jeu d'esprit. Au reste, j'approuve fort la recherche des analogies : les plantes, les insectes et l'anatomie comparative des animaux les fourniront de plus en plus, surtout quand on continuera à se servir du microscope encore plus qu'on ne fait. Et dans les matières plus générales on trouvera que mes sentiments sur les monades, répandues partout, sur leur durée interminable, sur la conservation de l'animal avec l'âme, sur les perceptions peu distinguées dans un certain état, tel que la mort i\v> simples animaux, sur les corps qu'il est raisonnable d'attribuer aux génies, soi' l'harmonie des âmes et des corps, qui fait que chacun suil parfaitement ses propres lois sans être troublé par l'autre et sans que le volontaire ou l'involontaire y doivent être distingués; on trouvera, dis-je, que tous ces sentiments sont tout à fait conformes à l'analogie des choses (pie nous remarquons et que j'étends seulement au delà de nos observations sans les borner à certaines portions de la matière ou à certaines espèces d'actions, et qu'il n'y a de la différence que du grand au petit; du sensible à I insensible.

$ 13. I'iiii.w.itiik. Néanmoins il v a un cas où nous déférons

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moins à l'analogie des choses naturelles que l'expérience nous l'ait connaître qu'au témoignage contraire d'un fait étrange qui s'en éloigne, car lorsque les événements s irnaturels sont conformes aux fins de celui qui a le pouvoir de changer le cours de la nature , nous n'avons point de sujet de refuser de les croire quand ils sont bien attestés, et c'est le cas des miracles, qui ne trouvent pas seulement créance pour eux-mêmes, mais la communiquent encore à d'autres vérités, qui ont besoin d'une telle confirmation. § 14. Enfin, il y a un témoignage qui l'emporte sur tout autre assentiment, c'est la révélation, c'est-à-dire le témoignage de Dieu, qui ne peut ni tromper ni être trompé; et l'assentiment que nous lui donnons s'appelle foi, qui exclut tout doute aussi parfaitement que la connaissance la plus certaine. Mais le point est d'être assuré que la révélation est divine et de savoir que nous en comprenons le véritable sens, autrement on s'expose au fanatisme et à des erreurs d'une fausse interprétation ; et lorsque l'existence et le sens de la révélation n'est que probable, l'assentiment ne saurait avoir une probabilité plus grande que celle qui se trouve dans les preuves. Mais nous en parlerons encore davantage.

Théophile. Les théologiens distinguent entre les motifs de crédibilité (comme ils les appellent) avec l'assentiment naturel, qui eu doit naître et ne peut avoir plus de probabilité que ces motifs, et entre V assentiment surnaturel, qui est un effet de la grâce divine. On a fait des livres exprés sur l'analyse de la foi qui ne s'accordent pas tout à fait entre eux ; mais puisque nous en parlerons dans la suite, je ne veux point anticiper ici sur ce que nous aurons à dire en son lieu.

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