CHAPITRE XXV
De la relation.
§ 1. PHiLALËTirE. Il reste à considérer les idées des relations qui sont les plus minces en réalité. Lorsque l'esprit envisage une chose auprès d'une autre c'est une relation ou rapport, et les dénominations ou termes relatifs qu'on en fait sont comme autant de marques qui servent à porter nos pensées au delà du sujet vers quelque chose qui en soit distinct, et ces deux sont appelées sujets de la relation frelata).
Théophile. Les relations et les ordres ont quelque chose de Y être de raison, quoiqu'ils aient leur fondement dans les choses; car on peut dire que leur réalité , comme celle des vérités éternelles et des possibilités, vient de la suprême raison.
§ 5. Philalètue. Il peut y avoir pourtant un changement de relation sans qu'il arrive aucun changement clans le sujet. Titius, que je considère aujourd'hui comme père, cesse de l'être demain
sans qu'il m? fasse aucun changement en lui. par cela seul que son fils vient à mourir.
Thkophile. Cela se peut fort bien dire suivant les choses dont on s'aperçoit; quoique dans la rigueur métaphysique il soit vrai qu'il n'y a point de dénomination entièrement extérieure [denominalio pure extrinseca , à cause de la connexion réelle de toutes choses.
i; (i. l'niLALÈTHE. Je pense que la relation n'est qu'entre deux choses.
Théophile. 11 v a pourtant des exemples d'une relation entre plusieurs choses a la fois , comme celle de l'ordre ou celle d'un arbre généalogique qui expriment le rang et la connexion de tous les termes ou suppôts; et même une figure comme celle d'un polygone renferme la relation de tous les cotes. * § 8. Philalèthe. Il est bon aussi de considérer que les idées des relations sont souvent plus claires que celles des choses qui sont les sujets de la relation. Ainsi la relation du père est plus claire que celle de l'homme.
Théophile. C'est parce que cette relation est si générale qu'elle peut convenir aussi à d'autres substances. D'ailleurs, comme un sujet peut avoir du clair et de l'obscur , la relation pourra être fondée dans le clair. .Mais si le formel même de la relation enveloppait la connaissance de ce qu'il y a d'obscur dans le sujet, elle participerait de cette obscurité.
§ 10. Philalèthk. Les termes, quiconduisent nécessairement l'esprit à d'autres idées qu'à celles qu'on suppose exister réellement dans la chose, à laquelle le terme ou mot est appliqué, sont relatifs; et les autres sont absolus.
Théophile. On a bien ajouté ce nécessairement, et on pourrait ajouter expressément ou d'abord; car on peut penser au noir, par exemple, sans penser à sa cause; mais c'est en demeurant dans les bornes d'une connaissance qui se présente d'abord et qui est confuse ou bien distincte, mais incomplète; l'un quand il n'y a point de résolution de l'idée, et l'autre quand on la borne. Autrement il n'y a point de terme si absolu ou si détaché qu'il n'enferme des relations et dont la parfaite analyse ne mène à d'autres choses et même à toutes les autres; de sorte qu'on peut dire que les termes relatifs marquent expressément le rapport qu'ils contiennent, .l'oppose ici Yabsolu au relatif, et c'est dans un autre sens que je l'ai opposé ci-dessus au borné.