‹ Œuvres, collationnées pour la première fois sur les éditions originales, accompagnées d'un commentaire nouveauChapitre 187 sur 401 · LIVRE II, CHAPITRE XVIÏ · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XVIÏ

vieux muletz : ainsi leur faisoisbien apprester à banqueter, boire du meilleur, et force cspiceries pour mettre les vieilles enruytet eu chaleur. Fin de compte, ilz bcsoignoient comme toutes bonnes âmes, sinon qu'à celles qui estoient horriblement villaincs et défaites, je leur faisois mettre un sac sur le visage.

Davantage, j'en ay perdu beaucoup en procès. Et quelz procès as tu peu avoir? disois je, tu n'as ny terre, ny maison. Mon amy, dist il, les damoiselles de ceste ville avoient trouvé, par instigation du diable d'enfer, une manière de colletz ou cachecoulx à la haute façon, qui leur cachoient si bien les seins que l'on n'y pouvoitplus mettre la main par dessous; car la fente diceulx elles avoient mise par derrière, et estoient tous clos par devant ; dont les pauvres amans, dolens, contemplatifz,n'estoientbiencontens. Unbeaujourdemardy, j'en presentay requeste à la court, me formant partie contre lesdites damoiselles, et remonstrant les grands interestz que j'y prctendois, protestant que, a mesme raison, je ferois couldre la braguette de mes chausses au derrière, si la court n'y donnoit ordre. Somme toute, les damoiselles formèrent syndicat, monstrerent leurs fondemens *, et passèrent procuration à défendre leur cause ; mais je les poursuivis si vertement que, par arrest de la court, fust dit que ces hauts cachecoulx ne seroient plus portés, sinon qu'ilz fussent quelque peu fenduz par devant. Mais il me cousta beaucoup.

J'eus un autre procès bien hord et bien sale contre maistre Fify2 et ses suppostz, à ce qu'ilz n'eussent point à lire clandestinement les livres de Sentences, de nuyt, mais de beau plein jour, et ce es escholes de Sorbone en face de tous les théologiens3, où je fus condemné es despens, pour quelque formalité de la relation du sergent.

1 Terme d'ancienne pratique, j 2 Maistre Fify, à ce que nous

ic Produisez vostre procès, dit l'Eternel et amenez les fondements de vostre cause. » Bible protestante , Saumur, 1019, in-f°. Esaïe, 41,

apprend Pasquier, était le surnom donné à celui qui faisait métier de curer les latrines.

3 Nous donnons le texte de l'éd.

de C. Nourry, qui a été aussi suivi

4IÔ PANTAGRUEL

Une autre fois je formay complaincte à la court eontre les mulles des présidons, conseillers, et autres : tendant à fin que quand, en la basse court du Palais, l'on les mettroit à ronger leur frain, les conseillieres leur fissent de belles baverettes, afin que de leur bave elles ne gastassent le pavé, en sorte que les pages du Palais peussent jouer dessus à beaux dez, ou au reniguebicu à leur aise, sans y gaster leurs chausses aux genoux. Et de ce eus bel arrest; mais il me couste1 bon.

Or sommez à ceste heure combien me coustent les petits bancquetz que je fais aux pages du Palais, de jour en jour. Et à quelle fin? dis je. Monamy, dist il, tu n'as passetemps aucun en ce monde. J'en ay moy plus que le roy. Et si tu voulois te rallier avec moy, nous ferions diables. Non, non, dis je, par saint Adauras2, car tu seras une fois pendu. Et toy, dist il, tu seras une fois enterré ; lequel est plus honorable ou l'air ou la terre ? he grosse pécore ! Jesuchrist ne fut il pas pendu en l'air3?

Mais à propos, ce pendant que ces pages banquetent, je garde leurs mulles, et tousjoursje coupe à quelqu'une l'estriviere du costé du montouoir, en sorte qu'elle ne tient qu'à un filet. Quand le gros enflé de conseiller, ou autre, a pris son bransle pour monter sus, ilz tombent tous platz comme porcs devant tout le monde, et apprestent à rire pour plus de cent francs. Mais je me ris encores davantage, c'est que, eux arrivés au logis, ilz font fouetter monsieur du page comme seigle vert4 ;

par Marnef et F. Juste, 153^. ^ , ouvrage théologique de Pierre Lom- Dans la plupart des autres, on lit : I bard. Peut-être aussi, dans ce titre, clandestinement de niiyt , la pipe , \ y a-t-iî en même temporale allusion le bussart ny le quart des Sen- ! <iu.v ïivres condamnés par la Sorlences , mais de beau plein jour, bonne.

et ce es escholes deFeurre , en facei * Cousla. Ed. de Marnef. de tous les artiens sophistes. 2 Ad auras, en l'air.

Panurge compare la besogne d'un 3 Édition de Claude Nourry ei vidangeur à celle d'un docteur de de Marnef. Fut pendu, éd. F. Sorbonne ; il mêle à dessein la pipe , Juste , 1534 . Les éditions moderle bussart (nous dirions les tinet- nés ne reproduisent pas ces mots. tes), avec le Livre des Sentences, 4 Le seigle vert, sortant plus dif-

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