LIVRE IV, CHAPITRE LU
barbe, tamarins : généralement tout, drogues, guogues et senogues. — Vangeance, dist Homenaz, et divine punition. Abuser en choses prophanes de ces tant sacres escriptures 1
— A Paris, dist Carpalim, Groignet cousturier avoit emploicté unes vieilles Clémentines en patrons et mesures. O cas estrange ! Tous habiUemens taillez sus telz patrons, et protraictz sus telles mesures, feurent guastez et perduz : robbes, cappes, manteaulx, sayons, juppes, cazaquins, colletz, pourpoincts, cottes, gonnelles, verdugalles. Groignet, cuydant tailler une cappe, tailloit la forme d'une braguette. En lieu d'un sayon, tailloit un cliappeau à prunes succees. Sus la forme d'un cazaquin tailloit une aumusse. Sus le patron d'un pourpoinct tailloit la guise d'une paele. Ses varletz, l'avoir cousue, la deschicquetoient par le fond, et sembloit d'une paele à fricasser les chastaignes. Pour un collet faisoit un brodequin. Sus le patron d'une verdugualle tailloit une barbute. Pensant faire un manteau faisoit un tabourin de Souisse. Tellement que le paouvre home par justice fut condemné à payer les estoffes de tous ses challans, et de présent en est au saphran. — Punition, dist Homenaz, et vengeance divine.
• — A Cahusac, dist Gymnaste, feut pour tirer à la butte partie faicte entre les seigneurs d'Estissac et vicomte de Lausun. Perotou avoit dépecé unes demies Decretales du bon canonge. De la carte et des feuilletz avoit taillé le blanc pour la butte. Je me donne, je m.e vends, je me donne à travers tous les Diables si jamais harbalestier du pays (les quelz sont suppelatifz en toute Guyenne) tira traict dedans. Tous feurent coustiers. Rien du blanc sacrosainct barbouillé ne feut, dépucelle ne entomné. Encores Sansornin l'aisné, qui guardoit les guaiges, nous juroit Figues dioures (son grand serment) qu'il avait veu apertement, visiblement, manifestement le pasadouz de Carquelin droict entrant dedans la grolle on mylieu du blanc, sus le poinct de toucher et enfon-
cer, s'estre escartô loing d'une toise coustier vers le fournil. — Miracle, s'escria Homenaz, miracle, miracle ! Clerice, esclaire icy. Je boy à tous. Vous me semblez vrays Christians. »
A ces motz les filles commencèrent ricasser entre elles. Frère Jan hannissoit du bout du nez comme prest à roussiner ou baudouiner pour le moins et monter dessus, comme Herbault sus paouvres gens. « Me semble, dist Pantagruel, que en telz blancs l'on eust contre le dangier du traict plus sceurement esté que ne feut jadis Diogenes. — Quoy? demanda Homenaz. Comment? Estoit il Decretaliste? — C'est, dist Epistemon retournant de ses affaires, bien rentré de picques noires. — Diogenes, respondit Pantagruel, un jour s'esbattre voulant, visita les arcliiers qui tiroient à la butte. Entre iceulx un estoit tant faultier, imperit et mal adroict, que lors qu'il estoit en ranc de tirer, tout le peuple spectateur s'escartoit de paour d'estre par fuy feruz. Diogenes, l'avoir un coup veu si perversement tirer que sa flèche tomba plus d'un trabut loing de la butte, au second coup le peuple loing d'un cousté et d'aultre s'escartant, accourut et se tint en pieds jouxte le blanc : affermant cestuy lieu estre le plus sceur, et que l'archier plus toust feriroit tout aultre lieu que le blanc, le blanc seul estre en sceureté du traict.
— • Un paige, dist Gymnaste, du seigneur d'Estissac, nommé Chamouillac, apercent le charme. Par son ad vis Perotou changea de blanc, et y employa les papiers du procès de Pouillac. Adoncques tirèrent très bien et les uns et les aultres.
— A Landerousse, dist Rhizotome, es nopces de Jan Delif, feut le festin nuptial notable et sumptueux, comme lors estoit la coustume du pays. Apres soupper f eurent jouées plusieurs farces, comédies, sornettes plaisantes; feurent dansées plusieurs Moresques aux sonnettes et timbous; feurent introduictes diverses sortes de masques et mommeries. Mes compaignons d'eschole et moy pour la feste honorer à nostre povoir (car au matin nous tous avions eu de belles Uvrées
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blanc et violet) sus la fin feismes un barboire joyeulx avecques force coquilles de sainct Michel et belles caqueroUes de limaçons. En faulte de Colocasie, Bardane, Personate et de papier des feueilletz d'un vieil Sixième, qui là estoit abandonné nous feismes nos faulx visaiges, les descouppans un peu à l'endroict des œilz, du nez et de la bouche. Cas merveilleux. Nos petites caroles et puériles esbatemens achevez, houstans nos faulx \'isaiges, appareusmes plus hideux et villains que les Diabletcaux de la passion de Doué : tant avions les faces guastees aux lieux touchez par lesditz feueilletz. L'un y avoit la picote, l'aultre le tac, l'aultre la veroUe, l'aultre la rougeolle, l'aultre gros frondes. Somme, celluy de nous tous estoit le moins blessé à qui les dens estoient tombées. — IMiracle, s'escrin Homenaz, miracle ! — Il n'est, dist Rhizotome, encores temps de rire. Mes deux sœurs, Catherine et Renée, avoient mis dedans ce beau Sixième, comme en presse (car il estoit couvert de grosses aisses et ferré à glez) leurs guimples, manchons et collerettes savonnées de frais, bien blanches, et empesées. Par la vertus Dieu... — Attendez, dist Homenaz, du quel Dieu entendez vous? — • Il n'en est qu'un, respondit Rhizotome. — Ouy bien, dist Homenaz, es cieulx. En terre n'en avons nous un aultre? — Arry avant, dist Rhizotome, je n'y pensois par mon ame plus. Par la vertus doncques du Dieu Pape terre, leurs guimples, collerettes, baverettes, couvrechefz et tout aultre hnge, y devint plus noir, qu'un sac de charbonnier. — Miracle, s'escria Homenaz; Clerice, esclaire icy, et note ces belles histoires. — Comment, demanda frère Jan, dit on donc :
Depuis que Decretz eurent aies, Et gensd'armes portèrent maies, Moines allèrent à cheval, En ce monde abonda tout mal.
— Je vous entens, dist Homenaz. Ce sont petitz QuoUbetz des hereticques nouveaulx. »
PANTAGRUEL . l6l