LIVRE V, CHAPITRE XXI
gentils-hommes de sa maison, Abstracteurs, Parazons, Nedibins, Spodizateurs et aultres, lesquels nous dirent franchement, sans dissimulation, que la dame Royne faisoit tout impossible, et guarissoit les incurables seulement : eux, ses officiers, faisoient et guarissoient le reste.
Là, je vy un jeune Parazon guarir les verolez, je dy de la bien fine, comme vous diriez de Rouen, seulement leur touchant le vertèbre dentiformc d'un morceau de sabot par trois fois.
Un autre je vy hydropiques parfaitement guarir, timpanistes, ascites et hyposargues, leur frappant par neuf fois sus le ventre d'une besaguë Teuedie, sans solution de continuité.
Un guarissoit de toutes fiebvres sus l'heure, seulement leurs pendant à la cinture sus le coslé gauche, une queue de renard.
Un, du mal des dens, seulement lavant, par trois fois, la racine de la dent affligée avec du vinaigre suzat, et au soleil par demye heure la laissant desseicher.
Un autre, toute espèce de goutte, fust chaulde, fust froide, fust pareillement naturelle, fust accidentalle : seulement faisant es goutteux clorre la touche et ouvrir les yeux.
Un autre je \y, lequel, en peu d'heures, guarist neuf bons gentilshommes du mal sainct François, les estant de toutes debtes, et à chascun d'eux mettant une corde au col , à laquelle pendoit une bourse pleine de dix mille escus au soleil.
Un autre, par engin mirifique, jettoit les maisons par les fenestres : ainsi restoient emundees d'air pestilent.
Un autre guarissoit toutes les trois manières d'hetiques, atrophes, tabides, emaciez, sans bains, sans laict Tabian, sans dropace, pication, n'autre médicament : seulement les rendant moynes par trois mois. Et nous affermoit que, si en Testât monachal ils n'engraissoient, ne par art, ne par nature, jamais n'engraisseroient.
Un autre vy accompaigné de femmes en grand nombre, par
deux bandes : l'une estoit de jeunes fillettes saffrettes, tendrettes, blondelettes, gratieuses, et de bonne volonté, ce me sembloit; l'autre, de vieilles edentees, chassieuses, riddees, bazanees, cadavéreuses. Là, fut dit à Pantagruel qu'il refondoit les vieilles, les faisant ainsi rajeunir, et telles, par son art, devenir qu'estoient les fillettes là présentes, lesquelles il avoit cestuy jour reffondues, et entièrement remises en pareille beauté, forme, élégance, grandeur et composition des membres, comme estoient en l'aage de quinze à seize ans, excepté seulement les talons, lesquels leur restoient trop plus courts que n'estoient en leur première jeunesse.
Cela estoit la cause pourquoy elles d'orenavant, à toutes rencontres d'hommes, seront moult subjettes et faciles à tomber à la renverse. La bande des vieilles attendoit l'autre fournée en très grande dévotion, et l'importunoient en toute instance, alleguans que chose est en nature intolérable quand beauté faut à cul de bonne volonté. Et avoit en son art pratique continuelle, et guain plus que médiocre. Pantagruel interroguoit, si par fonte pareillement faisoit les hommes vieux rejeunir : respondu luy fut que non; mais la manière d'ainsi rejeunir estre par habitation avec femme refondue, car là on prenoit ceste quinte espèce de vérole, nommée la Pellade, en grec Ophiasis, moyennant laquelle on change de poil et de peau, comme font annuellement les Serpens, et en eux est jeunesse renouvellée, comme au Phénix d'Arabie. C'est la vraye Fontaine de Juvence. Là, soudain, qui vieux estoit et décrépit, devient jeune alaigre et dispos, comme dit Euripides estre advenu à lolaûs; comme advint au beau Phaon, tant aimé de Sappho, par le bénéfice de Venus; à Tithone, par le moyen d'Aurora; à Eson, par l'art de Medée, et à Jason pareillement, qui selon le tesmoignage de Pherecides et de Simonides, fut par icelle reteint et rejeuny; et comme dit Eschilus estre advenu es nourrices du bon Bacchus, et à leurs maris aussi.