LIVRE V, CHAPIÎRE XXVIÎÎ
Le Frepon luy respond : « Bas.
Panurce. En avez vous beaucoup
céans?
Fr. Peu.
P. Combien au vray sont elles?
Fr. Vingt.
P. Combien en voudriez vous?
Fr. Cent.
P. Où les tenez vous cachées?
Fr. Là.
P. Je suppose qu'elles ne sont toutes
d'un aage, mais quel corsage ont
elles?
Fr. Droit.
P. Le teint, quel?
Fr. Lis.
P. Les cheveux?
Fr. Blonds.
P. Les yeux, quels?
Fr. Noirs.
P. Les tetins?
Fr. Ronds.
P. Le minois?
Fr. Coint.
P. Les sourcils?
Fr. Mois.
P. Leurs attraicts?
Fr. Meurs.
P. Leur regard?
Fr. Franc.
P. Les pieds, quels?
Fr. Plats.
P. Les talons?
Fr. Courts.
P. Le bas, quel?
Fr. Beau.
P. Et les bras?
Fr. Longs.
P. Que portent elles aux mains?
Fr. Gands.
P. Les anneaux du doigt, de quoy?
Fr. D'or.
P. Qu'employez à les vestir? Fr. Drap.
P. De quel drap les vestez vous?
Fr. Neuf.
P. De quelle couleur est il?
Fr. Pers.
P. Leur chapperonnage, quel?
Fr. Bleu.
P. Leur chaussure, quelle?
Fr. Brun.
P. Tous les susdits draps, quels sont
ils?
Fr. Fins.
P. Qu'est ce de leurs soulliers?
Fr. Cuir.
P. Mais quels sont-ils volontiers?
Fr. Ords.
P. Ainsi marchent en place?
Fr. Tost.
P. Venons à la cuisine, je dis des
garses; et sans nous haster esplu-
chons bien tout par le menu.
Qu'y a il en cuisine?
Fr. Feu.
P. Qui entretient ce feu là?
Fr. Bois.
P. Ce bois icy, quel est il?
Fr. Sec.
P. De quels arbres le prenez?
Fr. D'If.
P. Le menu et les fagots?
Fr. D'houst.
P. Quel bois bruslez en chambre?
Fr. Pins.
P. Et quels arbres encores?
Fr. Teils.
P. Des garses susdites, j'en suis de
moitié; comment les nourrissez
vous?
Fr. Bien.
P. Que mangent elles?
Fr. Pain.
P. Quel?
Fr. Bis.
P. Et quoy plus?
Fr. Chair.
P. Mais comment?
Fr. Rost.
P. Mangent elles point souppesi Fr. Point.
P. Et de pâtisserie?
Fr. Prou.
P. J'en suis; mangent elles point poisson?
Fr. Si.
P. Comment? Et quoy plus?
Fr. Œufs.
P. Et les aiment?
Fr. Cuits,
P. Je demande comment cuits?
Fr. Durs.
P. Est ce tout leur repas?
Fr. Non.
P. Quoy donc, qu'ont-elles d'avantage?
Fr. Bœuf.
P. Et quoy plus?
Fr. Porc.
P. Et quoy plus?
Fr. Oys.
P. Quoy d'abondant?
Fr. Jars.
P. Item?
Fr. Coqs.
P. Qu'ont elles pour leur saulce?
FR.^Sel.
P. Et pour les friandes?
Fr, Moust.
P. Pour l'issue du repas?
Fr. Ris.
P. Et quoy plus?
Fr. Laict.
P. quoy plus?
Fr. Pois.
P. Mais quels pois entendez vous?
Fr. Vers.
P. Que mettez vous avec?
Fr. Lard.
P. Et des fruicts?
Fr. Bons.
P. Quoy?
Fr. Cruds.
P. Plus?
Fr. Noi.K.
P. Mais comment boivent elles?
Fr. Net.
P. Quoy?
Fr. Vin.
P. Quel?
Fr. Blanc.
P. En hyver?
Fr. Sain.
P. Au printemps?
Fr. Brusq.
P. En esté?
Fr. Frais.
P. En autonne et vendange?
Fk. Doux.
— Pote de froc, s'escria frère Jean, comment ces mastines icy fredonniques devroient estre grasses, et comment elles devroient aller au trot, veu qu'elles repaissent si bien et copieusement ! — Attendez, dist Panurge, que j'achève.
P. Quelle heure est quand elles se P. Et quand elles se lèvent?
couchent? Fr. Jour.
Fr. Nuyt.
— Voicy, dist Panurge, le plus gentil Fredon que je chevauchay de cest an : pleust à Dieu et au benoist sainct Fredon, et à la benoiste et digne vierge saincte Fredonne, qu'il fust premier Président de Paris ! Vertu goy, mon amy, quel expéditeur de causes, quel abreviateur de procès, quel vuydeur
LIVRF. V, CHAPITRE XXVIII
de débats, quel esplucheur de sacs, quel fueilleteur de papiers, quel minuteur d'escritures ce seroit ! Or maintenant venons sur les aultres vivres, et parlons à traits et à sens rassis de nos dictes sœurs en charité.
P. Quel est le formulaire?
Fr. Gros.
P. A l'entrée?
Fr. Frais.
P. Au fond?
Fr. Creux.
P. Je disois qu'il y fait?
Fr. Chaud.
P. Qu'v a il au bord?
FR.~Pûil.
P. Quel?
Fr. Roux.
P. Et celuy des plus vieilles?
Fr. Gris.
P. Le sacquement d'elles, quel?
Fr. Prompt.
P. Le remuement des fesses?
Fr. Dru.
P. Toutes sont voltigeantes?
Fr. Trop.
P. Vos instruments, quels sont ils?
Fr. Grands.
P. En leur marge, quels?
Fr. Ronds.
P. Le bout, de quelle couleur?
Fr. Baile.
P. Quand ils ont fait, quels sont ils?
I'r. Cois.
P. Les genitoires, quels sont?
Fr. Lourds.
P. En quelle façon troussez?
Fr. Prés.
P. Quand c'est fait, quels deviennent?
Fr. Mats.
P. Or par le serment qu'avez faict, quand voulez habiter, comment les projettez vous?
Fr. Jus.
P. Que disent elles en culletant?
Fr. Mot.
P. Seulement elles vous font bonne chère; au demourant elles pensent au jolj' cas?
Fr. Vray.
P. Vous font elles des enfans?
Fr. Nuls.
P. Comment couchez ensemble?
Fr. Nuds.
P. Par ledit serment qu'avez faict, quantes fois de bon compte ordinairement le faites vous par jour?
Fr. Six.
P. Et de nuyt?
Fr. Dix.
— Cancre, dist frère Jean, le paillard ne daigneroit passer seize; il est honteux.
P. Voire, le ferois tu bien autant, Fr. Rien.
frère Jean? Il est, par Dieu, ladre P. Je perds mon sens en ce poinct.
verd. Ainsi font les aultres?
Fr. Tous.
P. Qui est de tous le plus gallant?
Fr. Moy.
P. N'y faites vous onques faute?
Ayant vuydé et espuisé en ce jour précèdent tous vos vases spermatiques, au jour subséquent y en peut il tant avoir?
Fr. Plus. ■■
P. Ils ont, ou je resve, l'herbe de P. Comment les chastiez vous?
rindie célébrée par Thcophraste. Fr. Fort.
Mais si par empeschement legi- P. Et en faictes quoy sortir?
time, ou autrement, en ce déduit Fr. Sang.
advient quelque diminution de P. En cela devient leur teint?
membre, comment vous en trou- Fr. Tainct.
vez vous? P. Mieux pour vous il ne serait?
Fr. Mal. Fr. Painct.
P. Et lors que font les garses? P. Aussi restez vous tousjours?
Fr. Bruit. Fr. Craints.
P, Et si cessiez un jour? P. Depuis elles vous cuidcnt?
Fr. Pis. Fr. Saincts.
P, Alors que leur donnez vous? P. Par ledit serment de bois qu'avez Fr. Trunc. fait, quelle est la saison de l'année
P, Que vous font elles pour lors? quand plus laschement le faites?
Fr. Bren. Fr. Aoust.
P. Que dis tu? P. Celle quand plus brusquement?
Fr. Peds. Fr. Mars.
P. De quel son? P. Au reste vous le faites?
Fr. Cas. Fr. Gay. »
Alors dist Panurge en souriant : « Voicy le pauvre Fredon du monde : avez vous entendu comment il est résolu, sommaire et compendieux en ses responses ? Il ne rend que monosyllabes. Je croy qu'il feroit d'une cerise trois morceaux. — Corbieu, dist frère Jean, ainsi ne parle il mie avec ses garses, il y est bien polysyllabe : vous parlez de trois morceaux d'une cerise; par sainct Gris, je jurerois que d'une espaule de mouston il ne feroit que deux morceaux, et d'une quarte de vin qu'un traict. Voyez comment il est hallebrené. — ■ Ceste, dist Epistemon, meschante ferraille de moines sont pour tout le monde ainsi aspres sus les vivres, et puis nous disent qu'ils n'ont que leur vie en ce monde. Que diable ont les Roys et grands Princes? »