A UNE DAME DE CONSIDÉRATION, SUR LA MORT DE SON MARI
Il présente à sa foi les vérités les plus propres pour la consoler, et les motifs les plus capables de la rassurer sur l'état du défunt.
Je suis bien payé de mon dialogue, puisqu'au lieu de mon entretien avec la dame que vous savez, vous m'en rendez un de la reine et de vous. Je ne vous ferai pas de remercîments de la part que vous m'y avez donnée : ce sont, Madame, des effets ordinaires de vos bontés ; et j'y suis accoutumé depuis si longtemps, qu'il n'y a plus rien de surprenant pour moi dans toutes les grâces que vous me faites. Je m'estimerais bien heureux si, pour vous en témoigner ma reconnaissance, jt! pouvais contribuer quelque
a été écrite, nous ne sommes pas plus en état de lindiquer, parce que Bossuet ne l'a pàtit marquée ; mais coin m -. il y parle d'un entretien que la came à qui il écrit avait eu avec la reine, il est clair que sa lettre est antérieure ou à la mort de la reine mère , ou à celle de Marie-Thérèse ; c'est à dire qu'elle a été écrite ou avant lbbb, ou au plus tard avant 1083, époques de la mort des deux reines. Bossuet ayant eu part, comme il le dit, à IV.mreiien que cène dame avait eu avec la reine, et la reinemère l'honorant d'une aflècli m particulière, nous a\ous lieu de croire que c'est d'elle dont il s'agit ici, el par conséquent que celte lettre a été écrite immédiatement avant sa mort : le caractère de l'écriture et le style même nous confirment dans cette pensée ; c'est pourquoi nous fixons la date de cette iellie vers tbbS.
M. Floquet croit que cette lettre a été adressée à Mme de Schomberg ( Voy. Eludes sur la vie de Jiossuei, t. I. p. 564.)
PART. XIV. LETTRES DIVERSES
chose à soulager les inquiétudes qui vous de souffrir. Mais à vous il n'en o?t pas de
travaillent depuis si longtemps, touchant la sorte; puisque la vérité vous a appris
l'état de M. le M. Je vois dans ces peines qu'il y a un lieu de tourment'-, a comparai-
d'eéprit une marque d'une foi bien vive, et son desquels tous ceux de cette vie ne sont
d'une,! amitié bien chrétienne. 11 est beau, qu'un songe.
Madame, que, dans une affliction si sensible 11 est bien certain, Madame, qu'à prendre
votre douleur naisse presque toute de la foi les choses de cette sorte, les Chrétiens ayant
que vous avez en la vie future; et que, dans beaucoup plus à craindre, doivent être par
la perte d'une personne si chère, vous ou- conséquent plus sensibles à la mort des
bliiez tous vos intérêts pour n'ôtre touchée leurs : néanmoins il est remarquable que
que des siens. Une douleur si sainte et si chrétienne est l'effet d'une Ame bien persuadée des vérités de l'Evangile ; et toutes les personnes qui vous honorent doivent être fort consolées que vos peines naissent d'un si beau principe, non-seulement à cause
saint Paul ne les reprend pas de ce qu'ils se consolent; mais il les reprend de ce qu'ils s'affligent comme les gentils, qui n'ont pas d'espérance; et nous pouvons assurer, sans doute, qu'il n'aurait jamais parlé de la sorte, s'il n'eût vu dans la vérité éternelle, dont
du témoignage qu'elles rendent à votre piété, son esprit était éclairé, qu'il y a sans cornmais à cause que c'est par cet endroit-là paraison plus de sujet de bien espérer, qu'il qu'il est plus aisé de les soulager. Car j'ose n'y a de raison de craindre.
C'est ce que saint Paul veut. que nous pra-
vous dire, Madame, que vous devez avoir l'esprit en repos touchant le salut de son âme ; et j'espère que vous en serez persuadée, si vous prenez la peine de considérer de quelle sorte les saints docteurs nous obligent de pleurer* les morts selon la doc-
tiquions pour les morts; mais il ne faut pas abuser de cette doctrine, ni, sous le prétexte de cette espérance qu'il nous ordonne d'avoir pour eux, flatter la confiance folle et t'éméraire de quelques Chrétiens mal vivants.
trinede l'Ecriture. Je n'ignore pas, Madame, Voyons donc, s'il vous plaît, Madame, quels qu'en vous entretenant de ces choses j'atten- sont ces bienheureux morts qui laissent tant drirai votre cœur, et que je tirerai des pleurs d'espérance à ceux qui survivent. Ce sont,
sans doute, ceux qui meurent avec les marques de leur espérance, c'est-à-dire dans la participation des saints sacrements, et qui rendent les derniers soupirs entre les bras de l'Eglise, ou plutôt entre les bras de Jésus-Christ même, en recevant son corps adorable. De tels morts, Madame, ne sont pas à plaindre; c'est leur faire injure que de les appeler morts, puisqu'on les voit sortir de ce monde au milieu de ces remèdes sacrés, qui contiennent une semence de vie éternelle. Le sang de Jésus-Christ ayant abon-
de vos yeux ; mais peut-être que Dieu permeitra qu'à latin vous en serez consolée; et j'écris ceci dans ce sentiment.
j Saint Paul avertit les fidèles qu'ils ne s'affligent passur les morts, comme les gentils qui n'ont pas d'espérance (/ Thess. iv, 12); et il explique, par ce peu de mots, tout ce qui se peut dire sur ce sujet-là. Car il est aisé de remarquer qu'il ne veut pas entièrement supprimer les larmes; il ne dit point: Ne vous affligez pas ; mais : Ne vous affligez pas comme les gentils qui n'ont pas d'espérance; et c'est de même que s'il nous damment coulé sur leurs âmes par ces sour-
disait : Je ne vous défends pas de pleurer ; mais ne pleurez pas comme ceux qui croient que la mort leur enlève tout, et que l'âme se perd avec le corps : affligez-vous avec retenue, comme vous faites pour vos amis qui vont en voyage, et que vous ne perdez que pour un temps. De là, Madame, nous devons entendre que la foi nous oblige de bien espérer de ceux qui meurent dans l'Eglise et dans la communion de ses sacrements; et
ces fécondes des sacrements , ils peuvent hardiment soutenir l'aspect de leur juge, qui, tout rigoureux qu'il est aux pécheurs, ne trouve rien à condamner où il voit les traces du sang de son Fils.
C'est à ceux qui ont perdu de tels morts, que saint Augustin, ensuivant l'Apôtre, permet véritablement de s'affliger; mais d'une douleur qui puisse être aisément guérie : il leur permet de verser des pleurs, mais qui
qu'encore qu'il soit impossible d'avoir une soient bientôt essuyés par la foi et par l'es
certitude entière -en ce monde, il y a tant pérance (103). Et il me semble que c'est à
de fortes raisons de les croire en bon état, vous que ces paroles sont adressées : car
que le doute qui nous en reste ne nous doit souffrez que je rappelle en votre mémoire
pas extrêmement affliger. Autrement l'Apô- de quelle sorte notre illustre mort a parli-
tre saint Paul, au lieu de consoler les lidèles, aurait redoublé leur douleur. Car s'il n'avait pas dessein de nous obliger à faire que notre espérance remportât de beauconp pardessus la crainte, n'est-il (pas véritable, Madame, que ce grand homme ne devait pas dire : Ne vous affligez pas comme les gentils ; mais plutôt : Affligez-vous plus que les gentils, et ne vous consolez pas comme eux ? Il leur est aisé de se consoler, puisqu'ils croient que les morts ne sont plus en état
(103) Serm. 172, n. 3, t. V.
pipeaux saints sacrements. A-t-il été de ceux à qui il les faut faire recevoir par force, qui s'imaginent hâter leur mort quand ils pensent à leur confession, qui attendent à se reconnaître quand ils perdent la connaissance? Il a été lui-même au-devant ; il s'est prépare à la mort avant le commencement de sa maladie. 11 n'a pas imité ces lâches Chrétiens qui attendent que les médecins les aient condamnés, pour se faire absoudre parles prêtres; et qui méprisent si fort leur àmc
q l'ila D-- pensent à la s mver que lorsque lo corps est éré ■■ bien loin d'attendre la
, . ,i,,u , n , il i prêtent) môme la mena e, et sa confession générale a été nonl devant le danger , mais encore ml le mal.
i n'est | as à moi île vous dire ce que peuvent • - sacrements reçus de la sorte; touto 1 Eglise vous le dit asseï : ci saint Augustin, qui tremble pour les pécheurs qui attendent se convertir à l'extrémité de la vie, ne craint pas de nous assurer de la réconciliation de ceux qui se | réparent à la recevoir I , n lant la santé (10V). Rendons grâces à Dieu, Madame, de ce (îu'il a inspiré celte pensée à l'eu M. le M., de ce que depuis tant d'années il l'avertissait si souvent par les maladies dont il le frappait; et que non-seulement il l'avertissait, mais qu'il lui faisait .sentir dans le cœur ses salutaires avertissements.
Mais pourrions-nous oublier ici la manière dont il l'a ùté de ce monde, et ce jugement si net et si tranquille qu'il lui a laissé jusqu'à la mort, afin qu'il n'y eût pas un moment qu'il ne pût faire profiter pour l'éternité? C'est, Madame, la fin d'un prédestiné. Il voyait la mort s'avancer à lui ; il la sentait venir pas à pas; il a communié dans cette créance : il a repassé ses ans écoulés, comme un homme qui se préparait à paraître devant sonjugepoury rendre compte do ses actions; il a reconnu ses péchés; et quand on lui a demandé s'il n'implorait pas la miséricorde divine pour en. obtenir le pardon, ce oui salutaire qu'il a répondu ne lui a pas été arraché à force de lui crier aux oreilles; c'est lui-môme, de son plein gré, qui, d'un sens rassis et d'un cœur humilié devant Dieu, lui confessant ses iniquités, lui en a demandé, pardon par le mérite du sang de son Fils, dont ii a adoré la vertu présente dans l'usage de ses sacrements. Tout cela ne vous dit-il pas qu'il est de ces morts mille fois heureux qui meurent en Notre-Seigneur ; et qu'étant sorti avec ses livrées, le nom de Jésus-Christ à la bouche, le Père le reconnaissant à ces belles marques pour l'une des brebis de son Fils, l'aura jugé à son tribunal selon ses grandes miséricordes?
Je ne vous parle ici, Madame, que de ce qu'il a fait en mourant; mais si je voulais vous représenter les bonnes actions de sa vie, desquelles j'ai été le témoin, quand aurais-je achevé cette lettre? Trouvez bon seulement que je vous fasse ressouvenir de sa tendresse paternelle pour les pauvres peuples; c'est le plus bel endroit de sa vie, et que les vrais Chrétiens estimeront plus que 1<; gloire de tant de victoires qu'il a remportées. Nous lisons dans la sainte Ecriture une chose remarquable de Néhémias. Ce grand homme étant envoyé pour régir le peuple de Dieu en Jérusalem, il nous a raconté luimôme, dans l'histoire qu'il a composée de son gouvernement, qu'il n'avait point foulé le peuple comme les autres gouverneurs (ce
V ' 0 i ; Sera». 395, t. Y.
sont les propres mots dont il se sert) , qu'il s'était même relâché de ce qui lui était dû légitimement; qu'il n'avait jamais épargné ses suins ; et qu'il avait employé son autorité
à taire vivre le peuple en repos, à faire llcurir la religion, à faire régner la justice (// Esdr. v, 15); après quoi il ajoute ces paroles : « Seigneur, souvenez-vous de moi en bien, selon le bien que j'ai fait à ce peuple.» (Ibid.y 19.) C'est qu'il savait, Madame, que, de toutes les bonnes œuvres qui montent devant la face de Dieu, il n'y en a point qui lui plaisent plus que celles qui soulagent les misérables, et qui soutiennent l'opprimé qui est sans appui. Il savait que ce Dieu, dont la nature est si bienfaisante, se souvient, en son bon plaisir, de ceux qui se rendent semblables à lui , en imitant ses miséricordes. Puisque M. le M. a gouverné les peuples dans le sentiment et dans l'esprit de Néhémias, nous avons juste sujet de croire qu'il aura eu part à sa récompense; et que Dieu se souvenant de lui en bien, aura oublié ses péchés.
Consolez-vous, Madame, dans cette pensée ; et ne songez pas tellement à la sévérité de ses jugements, que vous n'ayez dans l'esprit ses grandes et infinies miséricordes. S'il nous voulait juger en rigueur, nulle créature vivante ne pourrait paraître devant sa face ; c'est pourquoi ce bon père, sachant notre faiblesse, nous a lui-même donné les moyens de nous mettre à couvert de ses jugements. 11 a dit, comme vous remarquez, qu'il jugerait les justices (Psal. lxxiv, 3); mais il a dit aussi qu'il ferait miséricorde aux miséricordieux (Matlh. v, 7) ; et quoique nos péchés les plus secrets ne puissent échapper les regards de cet œil qui sonde le fond des cœurs, néanmoins la charité les lui couvre ; elle couvre non-seulement quelques péchés, mais encore la multitude des péchés. (/ Petr. iv, 8.)
M. le M. a été bienfaisant dans celte pensée ; et quoique sa générosité naturelle, dont le fonds était inépuisable, le portât assez à# faire du bien, il ne l'en a pas crue toute seule; il a voulu la relever par des sentiments chrétiens : il a pensé à se faire des amis qui le pussent recevoir un jour dans les tabernacles éternels; et je ne puis me ressouvenir des belles choses qu'il m'a dites sur ce sujet-là, sans en avoir le cœur attendri. C'est, Madame, ce qui me persuade (et ce qui me persuade fortement) que Dieu l'aura jugé selon ses bontés ; c'est pourquoi il l'a frappé, parce qu'il ne voulait pas le frapper; je veux dire qu'il ne l'a pas épargné en cette vie, parce qu'il voulait l'épargner en l'autre. Vous savez les peines d'esprit et de corps qui l'ont suivi jusqu'au tombeau, sans lui donner aucun relâche. Dieu a voulu, Madame, que vous et ses fidèles serviteurs eussent la consolation de voir qu'il n'était pas du nombre de ceux qui ont reçu leur récompense en ce monde. Il a crié à Dieu dans l'affliction et dans la douleur; lorsque sa