‹ Œuvres compl`etes de Bossuet (volume 2)Chapitre 285 sur 458 · SUR LES PROTESTANTS NOUVEAUX CONVERTIS · texte numérisé non relu

SUR LES PROTESTANTS NOUVEAUX CONVERTIS

DOUTES PROPOSES A M. l'ÉVEQLE DE MEAUX, PAR M. UC LAMOIGNON DE BASTILLE, SUR LES NOUVEAUX CONVERTIS.

La question eslo'e savoir si les nouveaux convertis doivent être rontiaints aux exercices lie la religion cl à venir à la Messe.

Celle question n*esl-elle pas décidée bien nettement par saint Augustin? Il avait été d'avis qu'il ne fallait user d'aucune contrainte ; il est revenu à une opinion contraire. Peut-on croire qu'il ait changé Je sentiment sans avoir bien approfondi la matière ? Il louche la raison de douter, ne fictos calholicos haberemus qnos apertos hœrelicos noveramtu (523) : cependant elle ne l'a point arrêté. Ce n'est pas seulement le sentiment de ce saintdocteur; c'est celui d'un grand nombre d'évê |ues, qui l'obligèrent de changer en lui rapportant des raisons si convaincantes, qu'il fut Obligé de s'y rendre : et ces raisons les plus lortes étaient les dispositions des donatistes, qui étaient retenus par les préjugés de leur naissance, par une fausse honte, et par d'autres motifs qui sont si bien expliqués dans la lettre de ce Père à Vincent ; c'est ce qu'il appelle deinonstrantium exempta (524). On peut dire que cet état des donaiistes est le véritable portrait de celui où se trouvent maintenant les nouveaux convertis, ils sentent les mêmes faiblesses ; ils sont retenus par les me. ues préventions, ils demandent

ur la plupart les mêmes secours pour Cue déterminés a suivre le parti qu'ils ont pris. ^il est à craindre qn^ leur présence s it une profanatif n de nos mystères, suint Au-

gustin n'aurait-il pas employé cette raison, supposé qu'il en eût été touché? Cependant il n'en dit pas un mot : et si les évoques de ce temps eussent eu ce scrupule, Vincent, évêque dbnatiste, ne l'aurait-il pas relevé : ne s'en serait-il pas servi comme du- plus fort argument pour combattre saint Augustin ? il a répondu à foutes ses objections ; il n'a pas parlé de celle-là : nefaul-il pas conclure que l'on ne faisait pas alors la même difficulté, et que le bien gén rai de ia religion l'emportait sur ces considérations particulières ? Si c'était une plaie, elle était, oit-il, utile à l'Eglise, de même que l'incision Testa un arbre sur lequel on ente une espèce qui produira un jour de bons fruits. Je crois qu'on ne diia pas que saint Augustin n'a pas entendu parler de la Messe; puisqu'il n'y a qu'à lire VEpître à Vincent pour être persuadé du contraire, où il dit qu'un grand nombre ont été dissuadés de leurs erreurs par la vue de nos mystères, il serait inutile de confirmer l'autorité de saint Augustin | ar ccile de saint Isidore, de saint Grégoire le Grand, de saint Thomas, et par toutes les décrétâtes qui sont sur cette matière. M. de Aleaux a tout cela in scrinio pecloris.

Le concile de Milève, en 416, au canon 25, n'ordonne t-il pas que si f évêque nénli0e dans un diocèse de réduire les hérétiques à l'unité de la foi par une voie d'exécution, qu'il soit excommunié? Si episcopus intra .sex merises* si in ejus previncia exsecutio fuerit, et hœrelicos ad imitaient cathelicam tonvertendos non curavertt, non ei communicetur (523). Si Ion eût été retenu alors par la crainte de la profanation du mystère, auraiton fait une pareille disposition ? Et le con-

4&QEp. 117, Ai Vincent. Bogat., tom. H,

1524] Ibid

(626) Cône. Mikv., u, t. II €ont., eol. 1343.

PAKT. XIV. LlTTKES DIVEUSES. - MEMOIHES SLU LES PROTESTANTS.

eile de Tolède, en (533, aurait-il décidé que

ceux qui avaient été contraints '.foin brasser la religion catholique, sous le règne de Sise* but en Espagne, bien que c'eût été par force, devaient être contraints aux exercices de la religion? Qui jampr idem ad Chriêtiani totem venire coacti sunt, sicut faclum esi temporibus religiosissimi principis Sisebuti; quia j(ii)i constat cas esse sacramentis divinit associatos..., et corporis Domini cl sanyuinis castilisse participes , oporlet ut (idem etiam, quam vi tel necessilate susceperunt, teucre cogantur (5"2(>). Le seizième concile de Tolède, tenu soixante ans après (5*27), est encore en termes plus forts. On ne rapporte que ces deux conciles, pour faire souvenir M. deMeaux de tous les autres qui contiennent de pareilles dispositions.

Je ne m'arrêterai point à proposer ce qui a été fait pour éteindre l'hérésie des albigeois en cette province : ce n'était pas néanmoins un temps d'ignorance; c'était le siècle d'Innocent III, d'Honorius III, de saint Bernard. On ne disconviendra pas qu'il no paraisse évidemment, par tous les conciles qui uni été tenus sur cette matière, et qui ont été imprimés par M. Baluze, que l'on n'hésitait pas en ce temps-là a contraindre ceux qui s'étaient convertis par force, de venir à la Messe. Tous les conciles sont remplis des expédients dont il fallait se servir alors. Les curés tenaient des registres de ceux qui y manquaient : il y avait des témoins appelés testes synodales, pour observer ce qui se passait les fêles et les dimanches : on prononçait des amendes, et tout le reste, qui marque assez que l'on ne pensait qu'à contraindre les réunis à venir a l'église, et à participer à tous les saints mystères. Tant île conciles, tant de savants ho, unies n'eussent-ils pas élé retenus par la crainte des profanations, s'ils avaient élé persuadés que c'eût élé l'esprit de l'Eglise de s'arrêter par celle considération ?

Je quitte toutes ces autorités, pour me retranchera ce point, qui est de ma profession. Pour donner mou avis sur la difficulté qui se présente, je commencé par examiner ee que les empereurs ont fait dans l'espèce où nous nous trouvons, quelle conduite ils ont tenue. J'ouvre pour cela le Code Théodosien el le Code Juslinien : je lis les titres De hœrclicis , el La Novelle 109 de Juslinien : ce sont là l'es sources, ce me semble, où l'on doit connaître quel a été le pouvoir des empereurs, etjusqu'où ils ont élé. Après avoir bien examiné ces textes, je fais les réflexions suivantes.

Premièrement, la plupart de ces lois ont été demandées^par des conciles aux empereurs : ou elles ont élé dictées par des évèques, ou les empereurs onl été loués et par les conciles et par les évèques pour les avoir l'aies ; ce qui est aisé à justifier.

Secondement, neuf empereurs orthodoxes

depuis Constantin ont toujours suivi mêmes principes, etonl fait plus desoixante-

et dix lois sur cette matière.

Troisièmement, c'est par ces lois que hérésies ont été éteintes; el on ne peut dira

qu'il y ait eu d'autre voie efficace.

Quatrièmement, on ne montrera point que ces loi> aient élé blâmées par l'Eglise, et que l'on ait jamais représenté aux empereurs qu'ils faisaient mal ou qu'ils excédaient leur pouvoir.

Cinquièmement, elles ont élé suivies par lesGoliis contre les ariens, par Charlemagne contre les Saxons, par sainl Louis contre les albigeois.

Que portent ces lois ? Contiennent-elles des motifs qui puissent contraindre les réunis de pratiquer les exercices de la religion contre leur propre sentiment? Elles leur ôtent les honneurs et les biens, s'ils ne les suivent pas : ils ne peuvent rendre témoignage ; ils ne peuvent faire de testaments; ils ne peuvent recevoir aucun legs, donation ni succession, vendre ni acheter : ils ne sont plus réputés citoyens romains ; leurs biens sont confisqués, les femmes sont privées du privilège ue leur dot. La loi d'Honorius (528), entre dans un plus grand détail, condamne les réunis à une amende différente, suivant les qualitésdes personnes, s'ils ne veulent pa» se réduire à pratiquer les exercices de la religion ; Nisi ad observant iam calholicam menton proposituinque converterint , ducentas argenti libras cogentur exsolcere, si sint senatorii ordtnis. Ensuite est un tarit pour les autres conditions. Ils ont élé à la en eon damnés à l'exil et à la mort en certains cas.

Mais à quoi connaîtra- t-on si après l'abjuration ces réunis sont effectivement catnoliques ? Deux règles ; l'une générale : Si vel levi argumenlo ajudicio catholicœ rcligionis et tramite detecti fuerint deviare (329). Cette première ne suffisant pas, il a fallu en venir à la seconde, qui e.si contenue dans la Novelle 119 : Sacram eomnunionem in cuiho-lieu Ecclesia non percepienLes a Deo amabilibus sacerdotibus , hœreticos juste tocamus.

Après avoir pris ces notions, je fais ces deux réflexions. Si les hérésies onl élé éteintes par ces lois rigoureuses, la déclaration que je propose n'est-elle pas in Uniment plus douce el plus iv.^^t'vcQ'! Le roi terail difficulté de dire simplement qu'il veut que les nouveaux convertis pratiquent comme ses autres sujets les exercices de l'Eglise, les fêles et dimanches ; voyant tant de dispositions sacrées, eu pareil cas, îles meilleurs empereurs, et des rois ses prédécesseurs? Henri 11 l'ordonne expressément, dans l'édit de Chaieaubriant, aux nouveaux convertis; et tout le litre des ordonnances de l'observation des fêles et dimanches marque que ce soin a toujours été digne de la piété de nos rois.

(526) Conc. Tolet., iv, cap. 57, loin. V, col. 171'J- (.'•;") Ibid.t xvi, cap. I, loin. VI, col i">0. [y-±%; L. tionoriif U*g. 54-, Lod, Theod., De t>

! (5*9) L. Honorù, l«g. S, Cad. Th*oi.} Dt lurreticis.

OKUVRLS COMPLUTES DE BOSS1

M l'ospril de l'Bglise de ne point obliger les nouveaux réunis de venir à lu \! 5s . ci à pratiquer les exercices de la re-

■ que, ne croyant pas, ;n:. ni dos mystères ; quelle opiuion ir de tous les conciles, de tous n ont sollicita ces lois ? Car il esl bien certain qu'une inliubé de ces ois n'ont l'i équenlé les églises par la ' rainle de perdre leurs biens ou : il i si indubitable que dans s | routiers temps, lorsqu'ils y sonl entrés, ils d» croyaient pas, et qu'ils ont été longi 33 s dans celte disposition. Les mystères étaient-ils alors profanés; l'Eglise a-t-elLe souffert impunément celte profanation pendant tant d'années? Car le nombre des lois «les empereurs, dont la sévérité augmentait à proportion de l'opiniâtreté de ces gens-là., fait bien voir que ce n'a pas été L'ouvrage d'un jour.

Au lieu de dire que les mystères sont profanés, ne serait-il pas plus à propos de conclure que l'Eglise s'est toujours contentée, .•■ans faire cette espèce d'inquisition, d'instruire ceux qui sont présents, quand les réunis onl été reçus par une abjuration solennelle ; de les lolérer par l'espérance d'une conversion sin ère, principalement lorsque l'Eglise catholique a été la dominante , lorsque les irrévérences n'ont pas été à i rainure , p:.r l'obéissance et par la soumission îles peuples aux ordres des magistrats; loiSjU'on a vu des dispositions favorables dans ces réunis, et qu'un grand nombre d'entre eux no demandaient qu'à être déterminés par quelque espèce de contrainte, qui pût rompre tous les liens qui les an étaient ? Que s'il y a eu quelques usa ges contraires, ça été dans des temps où "Eglise catholique n'était pas la plus forte, où le scandale était à craindre, où il n'y avait point d'espérance bien fondée d'une conversion véritable, où enfin les mystères de notre loi n'étaient pas manifestés, et en aussi gran le vénération qu'ils le sont aujourd'bui.

Ma dernière n'A xion est que l'on doit cerlainemenl compter que tous les nouveaux convertis, qui sonl dans celte province au nombre de plus de deux cent mille, se réduisent à trois espèces : la première, de ceux (jui sonl sincèrement Catholiques, dont le nombre n'est pas grand; la seconde, de ceux qui sont fort ébranlés, qui voudraient avoir pris le bon parti, et qui ont quelque peine encore à se déclarer; c'est la plus grande portion : enfin la troisième, de ceux qui sont tout à fait attachés à la religion prétendus réf< a la moindre partie, et ceux-là

re divisés en deux sortes : les uns une fui dans cette religion, qu'ils la meilleure ; les autres sont les chefs m b les piliers, pour ainsi dire, des con-r pii ne peuvent se résoudre à perdre bon qu'ils ont eue dans leur première religion. Il ne faut pas croire qu il y (" lucoup de celte espèce : je n'eu puis

compter plus de quarante de ce caractère,

qui aient quelque considération dansée parti,

dont ils entretiennent la cabale, autant qu'ils le peuvent, par toutes sortes de voies. Laissera-t-on périr ce grand nombre de personnes qui ont de bonnes intentions, et qui pourraient être sauvées, à cause de l'incrédulité des autres? El n'est-ce pas ni où l'on peut appliquer la maxime de saint Augustin, qu'il établi! à l'occasion des donatisles dans nu cas lotit semblable, qu'il est d'une nécessité inévitable de tolérer dans l'Kgli.se le mélange des bons et des méchants?

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