DE L INSTRUCTION DU DAUPHIN
Nous avons souvent ouï dire au roi, trèssaint Père , que Mgr le Dauphin étant le seul enfant qu'il eût, le seul appui d'une si auguste famille et la seule espérance d'un si grand royaume, lui devait être bien cher; mais qu'avec toute sa tendresse il ne lui souhaitait la vie que pour faire des actions dignes de ses ancêtres et de la place qu'il devait remplir, et qu'enfin il aimerait mieux ne l'avoir pas que de le voir fainéant et sans vertu.
C'est pourquoi , dès que Dieu lui eut donné ce prince, pour ne le pas abandonner à la mollesse, où tombe comme nécessairement un enfant qui n'entend parler que de jeux, et cpi'on laisse trop longtemps langui:
157 PART. IX. TIltOL. CATEGUET. Et l'ED unguiculis, primum timorcui Dt>i quo vita huraana nitilur, quoque ipsis regibus sua nuijostas et aucloritas constat ; tum cgregias ouinos disciplinas arlesque, qurc tantum decerent principem , accurata perdiscerel ; luaximo quidem cas, qu» regendo ac firmando iuiperio essent ; verum et cas quas quotnodocunque aniraum perpolire, ornare vitam, houiines litleratos conciliare principi possent, ut ipse Delphinus et morurn exemplar, ac flos juventutis, et prœclarus ingeniorum fautor , et tanto demum parente dignus haberetur.
AU. H. I>L INMIil riONE f.l-.l l'IUM
Eaui itaque logeai studiis principis lixit, ut nulla dies vacua efïlueret : aliud eniui cessare omuino ; aliud obleclare ac relaxare animuni : ai; pucrileni œtatem ludis jocisque exeitandatu, non tamen penitus permittendara, sed ad graviora studia quotidio revocandam , ne intermissa languescerent :
negotiosissiuiam principuin vilain nullo die vacare ab ingentibus curis ; pueritiatn quoque ita exercendam, ut e singulis diebusaliquot horœ decerperentur rébus seriis addicendœ; sic, ipsis jaui studiis ad gravitatem inflexum, atque assuefactura animum, negotiis tradi ; id quoque pertinere ad eam lenitatem, quae formandis ingeniis adliibenda esset; leneni enim esse vim consuetudinis, neque ituportuno monitore opus, ubi ultro ipsa monitoris officio fungeretur.
His rationibus adductus rex prudentissimus, certas quotidie horas litterarum studiis assignavit : lias quidem interdum asjiersis jocis ad liilariorem habitum comjionendas, ne tristis et horrida doctrinae faciès puerumdeterreret. Neque falsus animifuit:
sic nempe faclum est, ut ipsa consuetudine admonitus, lœtus et alacer, ac ludibundo similis, puer regius solita repeteret studia; aliud ludi genus si promptum animum adhiberet.
Sed caput institutionis fuit ducem Montauserium prœfecisse, virum militari gloria neenon litteraria clarum, pietatis vero laude clarissimum, unum omnium et natura et studio ad id factum, ut tanti herois (iliuni viriliter educaret. Is igilur principem nunnuam ab oculis ruanibusque dimittere ; assidue lîngere, a lieenlioribus quoque diclib puras aures tueri, pravisque ingeniis i>rœ-
parmi les caresses des femmes et les amusements du premier âge , il résolut de le tonner do bonne heure au travail et à la vertu. II. voulut que dès sa pi us tendre jeunesse, et pour ainsi dire dès le berceau, il apprit premièrement la crainte do Dieu, qui est l'appui de la vie humaine, et qui assure aux rois mômes leur puissance et leur majesté, et ensuite toutes les sciences convenables à un si grand prince , c'est-à-dire celles qui peuvent servir au gouvernement, ( et à maintenir un royaume ; et même celles ' qui peuvent , de quelque manière que ce soit, perfectionner l'esprit, donner de la politesse, attirer à un prince l'estime des hommes savants : en sorte que Mgr le Dauphin pût servir d'exemple pour les mœurs, de modèle à la jeunesse, de protecteur aux gens d'esprit, et en un mot se montrer digne lus d'un si grand roi.
La loi qu'il imposa aux études de co prince , fut de ne lui laisser passer aucun jour sans étudier. Il jugea qu'il y a bien de la différence entre demeurer tout le jour sans travailler et prendre quelque divertissement pour relâcher l'esprit. 11 faut qu'un enfant joue et qu'il se réjouisse , cela l'excite; mais il ne faut pas l'abandonner de sorte au jeu et au plaisir, qu'on ne le rappelle chaque jour à des choses plus sérieuses, dont l'étude serait languissante si elle était trop interrompue. Comme toute la vie des princes est occupée, et qu'aucun de leurs jours n'est exempt de grands soins, il est bon de les exercer dès l'enfance à ce qu'il y a de plus sérieux, et de les y faire appliquer chaque jour, pendant quelques heures ; afin (pue leur esprit soit déjà rompu au travail, et tout accoutumé aux choses graves, lorsqu'on les met dans les affaires. Cela même fait une partie de cette douceur, qui sert tant à former les jeunes esprits : car la force de la coutume est douce, et l'on n'a plus besoin d'être averti de son devoir depuis qu'elle commence à nous en avertir d'elle-même.
Ces raisons portèrent le roi à destiner chaque jour certaines heures à l'étude, qu'il crut pourtant devoir être entremêlées de choses divertissantes, afin de tenir l'esprit de ce prince dans une agréable disposition, et de ne lui point faire paraître l'étude sous un visage hideux et triste, qui le rebutât. En quoi, certes, il ne s'est pas trompé : car, en suivant cette méthode, il est arrivé quo le prince, averti parla seule coutume, retournait gaiement et comme en se jouant à ses exercices ordinaires, qui ne lui étaiei.t en effet qu'un nouveau divertissement, pour peu qu'il y voulut appliquer son esprit.
Mais le principal de cette institution fut sans doute d'avoir donné pour gouverneur à ce jeune prince, M. le duc de Montausier, illustre dans la guerre et dans les lettres, mais plus illustre encore par sa piété, et tel, eu un mot, qu'il semblait né pour élever le lils d'un héros. Depuis ce temps le prince a toujours été sous ses yeux, et comme dans ses maias : il n'a cessé de travailler à le for-
stare inaccessas; ad 'omnem virtuteni ,
maxime ad Dei cultum, monitis accendere,
exemplo prœire, invicia constantia opus
urgere, iisdemque vestigiis semper insiste-
re : nihil denique prœtermiltere, quo regius
juvenis quam valentissimo et corpore et
animo esset. Quem nos virum ubique con-
junctissimum liabuisse gloriamur ; atque
optimis quibusque artibus pracellentem, in
re quoque litteraria et adjutorem nacti, et
au<:torem secuti sumus.
Quolidiana stndia, matutinis œqueac poslmeridianis horis, ab rerum divînarum doctrina semper incepla : cptœ ad eara pertinerent, princeps detecto capite summa cum reverentia audiebat.
Cum Catechismi doctrinam quam niemoria teneret exponercmus, iterum atque ilerum monebamus prœter communes christianœ vitœ leges, multa esse quse singulis pro varia rerum personarumque ratione incumberent : bine sua principibus propria et prœcipua mimera, quao prâetermittere sine gravi noxa non possent. Horum su m ma capita tum dclibavitnus, alia graviora et rcconditiora maturiori œtati consideranda, doeebannis.
Sane repelendo eft'ecimus, ut hœc tria vocabula aptissime inter se connexa hœrerent inemoriœ, pietas, bonitas, justitia : bis vitam ebristianam, bis regii iraperii oflicia enntineri. Hœc vero ita colligebamus , ut qui pius in Deura esset, idem ergahomines ad Dei imaginera conditos, Deique filios, esset optïmus; tum qui bene omnibus vellet, eum et sua cuique tribuere, et a bonis areere sceleratorum injurias, et propter pubiicam pacera malefacta coercere, perversosque bomines ac turbulontos in ordinem cogère : principem ergo pium atque ideo bonum, omnibus benefacere, per sese nemini gravera, nisi scelere et contumacia provocatura.
Ad ea capita, quœ deinde copiose tradidiraus, prœcepta retulimus : ab eo fonte manare, eo redire omnia : ideo principem optimis disciplinis imbuendum , ut hœc prompte et facile prœstare possit.
Sacram bistoriam quœ utroque Testamento continetur, jam inde ab initio, et memoriter tenebat et sœpe memorabat : in ea maxime, quœ in pios principes Deùs ultro conlulerit ;
mer, toujours veillant à l'entour de lui, pour éloigner ceux qui eussent pu corrompre son innocence, ou par de mauvais exemples, ou même par des discours licencieux. Il l'exhortait sans relâche à toutes les vertus, principalement à la piété; il lui en donnait en lui-môme un pariait modèle, pressant et poursuivant son ouvrage avec une attention et une constance invincible; et en un mot, il n'oubliait rien de ce qui pouvait donner au prince toute la force de corps et d'esprit dont il a besoin. Nous tenons à gloire d'avoir toujours été parfaitement d'accord avec un homme si excellent en toute chose, que, même en ce qui regarde leslettres, il nous a non-seulement aidé à exécuter nos desseins, mais il nous en a inspiré que nous avons suivis avec succès.
L'étude de chaque jour commençait soir et matin par les choses saintes ; et le prince, qui demeurait découvert pendant que durait cette leçon, les écoutait avec beaucoup de respect.
Lorsque nous expliquions le catéchisme, qu'il savait par cœur, nous l'avertissions souvent qu'outre les obligations communes de la vie chrétienne, il y en avait de particulières pour chaque profession, et que les princes, comme les autres, avaient de certains devoirs propres auxquels ils ne pouvaient manquer sans commettre de grandes fautes. Nous nous contentions alors de lui en montrer les plus essentiels selon sa portée, et nous réservions à un âge plus mûr ce qui nous semblait ou trop profond ou trop difiicile pour un enfant.
Mais dès lors, à force de répéter, nous finies que ces trois mots, piété, bonté, justice, demeurèrent dans sa mémoire avec toute la liaison qui est entre eux. Et pour lui faire voir que toute la vie chrétienne et tous les devoirs des rois étaient contenus dans ces trois mots, nous disions que celui qui était pieux envers Dieu, était bon aussi envers les hommes, que Dieu a créés à son image, et qu'il regarde comme ses enfants; ensuite nous remarquions, que qui voulait du bien à tout le monde, rendait à chacun ce qui lui appartenait, empêchait les méchants d'opprimer les gens de bien, punissait les mauvaises actions, réprimait les violences, pour entretenir la tranquillité publique. D'où nous tirions cette conséquence, qu'un bon prince était pieux, bienfaisant envers tous par son inclination, et jamais fâcheux à personne, s'il n'y était contraint par le crime et par la rébellion.
C'est à ces principes que nous avons rapporté tous les préceptes que nous lui avons donnés depuis plus amplement : il a vu que tout venait do cette source, que tout aboutissait là, et que ses études n'avaient point d'autre objet que de le rendre capable de s'acquitter aisément de tous ces devoirs.
11 savait dès lors toutes les histoires de l'Ancien et du Nouveau Testament ; il les récitait souvent; nous lui faisions remarquer les grâces que Dieu avait faites aux
PART. IX- THEOL. CATEGHET. t.T PEDAG.— II. DE INSTITUTION!: DELPHINI.
quaoa Iremenda judicia do itnpiis et contumacibus lulerit.
Paulo juin adultior legil Evangelium, Actusque apostolorum, atque Ecclesiœ nascenlis exordia. llisJesuni Christum amare doccbatur, puerum amplexari, cum ipso adolescere, parentibus obedientem, Deo hominibusque gratum, novaque in dies sapienii;i- argumenta proferentem. Hinc audire prsdicantem : admirari signa stupeoda facienlem : colère benelkiuin : hœrere inorienli, ut et resurgcntem, et ad cœlos ascendentem sequi daretur. Tum Eccle.siana amorc pariter et bonore complecli : bumilem, palientem, jam inde a primordio curis exercitam, probatam suppliciis, ubique victriceai. In ea Lntueri, ex Christi placitis régentes aposlolos, ac verbo pariter et exemplo prœeunles : in omnibus auetorem ac prœsidenteoi Petrum : plebem dicto audientem, nec post apostolica décréta quidquam inquirentem. Cœtera denique, quœ et fundare lidem, et spem erigere, et charilalem inflammare queant : Mariam quoque colère, et iinpense venerari, piam apud Christum houiinum advocatam ; quœ tamen doceat non nisi Cliristo obedientibus bénéficia divine contingere: sœpe multumque cogitare, quanta castilatis et humilitatis prœmia tulerit; suavissimo pignore e ccelis dato, Dei mater eÛ'ecta, œternoque Parenti sancte sociata. Hic christianœ religionis pura et casta mysteria : virginem Christum, neque alteri qj'mi virgini dandum : colendam ergo in primis castirateni Mariœ cultoribus , ipsa caslitate ad summam dignitatem et fecunditatem evectœ.
In legendo Evangelio si forte evagaretur animus, aut débita reverentia tantisper ex-eideret, libruru amovere, sancte illum nec nisi summa veneratione lectitandum : id princeps gravissimi supplicii loco ducere : hinc pau'atim assuescere, ut attente et sancte p.-iura përlegeret, multa eogitaret. Nos plane et simpliciler explicaie sententias; quœ hœreticos convincerent, quœ ipsi improbe a vero detorsissent, suo loco notare : intérim admonere, tuuha esse quœ œtatem, multa quœ bumanum captum exsupereni : his saperbiam frangi, his exerceri fîdtm : nec fas in re tanta suo ingenio indulgere, sed omnia aecipienda ex majorum sensu, Ecele-
princes pieux, et combien ses jugements avaient été terribles contre les impies, ou
( -outre ceux qui avaient été rebelles à ses ordres.
Etant un peu plus avancé en âge, il a lu l'Evangile, les Actes des apôtres et 1rs commencements de l'Eglise. Il y apprenait à aimer Jésus-Christ, à l'embrasser dans son enfance, à croître pour ainsi dire avec lui, en obéissant à ses parents, en se rendant agréable à Dieu et aux hommes, et en donnant chaque jour do nouveaux témoignages de sagesse. Après il écoutait ses prédications, il était ravi de ses miracles, il admirait la bonté qui le portait 5 laire du bien à tout lo monde; il ne le quittait pas mourant, afin d'obtenir la grâce de le suivre ressuscitant, et montant aux cieux. Dans les Actes il apprenait à aimer et à honorer l'Eglise, humble, patiente, que le monde n'a jamais laissée en repos, éprouvée par les supplices, toujours victorieuse. 11 voyait les apôtres la gouvernant selon les ordres do Jésus-Christ, et la formant par leurs exemples plus encore que par leur parole; saint Pierre y exerçant l'autorité principale et y tenant partout la première place ; les Chrétiens soumis aux décrets des a| ôtres, sans se mettre en peine de rien, dès qu'ils étaient rendus. Enfin nous lui faisions remarquer tout ce qui peut établir la foi, exciter l'espérance et enflammer la charité. La lecture de l'Evangile nous servait aussi à lui inspirer une dévotion particulière pour la sainte Vierge, qu'il voyait s'intéresser pour les hommes, les recommander à son Fils comme leur avocate; et leur montrer en môme temps que ce n'est qu'en obéissant à Jésus-Christ qu'on en peut obtenir des grâces. Nous l'exhortions à penser souvent à la merveilleuse récompense qu'elle eut de sa chasteté et de son humilité, par le gage précieux qu'elle reçut du ciel, quand elle devint Mère de Dieu , et qu'il se fit une sainte alliance entre elle et le Père éternel. Nous lui faisions observer en cet endroit, combien les mystères de la religion étaient puis, que Jésus-Christ devait être vierge, qu'il ne pouvait être donné qu'à une vierge de devenir sa mère : et qu'il s'ensuivait de la que ia chasteté devait être le fondement de la dévotion envers Marie ; puisqu'elle devait à cette vertu toute-sa grandeur, et même toute sa fécondité.
Que si en lisant l'Evangile il paraissait songer à autre chose, ou n'avoir [.as toute l'attention et le respect que mérite celte lecture, nous lui ôtions aussitôt le livre, pour lui marquer qu'il ne le fallait lire qu'avec révérence. Le prince, qui regardait comme un châtiment d'être privé de cette lecture, apprenait à lire saintement le peu qu'il lisait, et à y penser beaucoup. Nous lui expliquions clairement et simplement les passages. Nous lui marquions les endroits qui servent à convaincre les hérétiques, et ceux qu'ils ont malicieusement détournés de leur véritable sens. Nous l'avertissions souvent, qu'il \ avait bien des
siwquo decreUs: novatoribus eerlam imminere pernieiem, nec nisi fucatnm falsamque pietatem.'quœab ea régula deflexisset.
Lectis reler.tisque Evangeliis, Veteris Testaments ac Regum prœsertim liistoriam aggressi sumus. In regibus Deum severissiinœ ultionis edere monimenta: quo enim excelsiore fastigio essent, summœ reruai Deo jubei-te prapositi, eo arctiore subjectione teneri , atque omnibus documento esse, quam fragiles, imo nuliœ, humanœ virus essent, nisi divino prœsidio niterentur.
Ex apostolicis Epistolis, certa capita selegimus quœ mores ehristianos informarent.
Quin ex prophetis quoque quœdani delibavimus; qua auctoritate, qua majestate, superbos lièges compellaret Deus; quam ipso spirilu immensos difflaret exerci-lus, imperia everteret, victos victoresque pari œquaret excidio.Quœ Christum prœdicerent vaticinia Prophetarum.ubi in Evangeliis occurrebant, ea in ipso i'onle quœsila demonstrabamus. Hœc adiniràri princeps : nos admonere, quam nova cum ontiquis apte cohœrerenl neque unquam vanas pollicitaliones Dei aut minas futuras, (irmaque omnino esse, quœ venturo sœculo assignant; verax ubique Deus, futurorum ex anle actis approbata ûde. His sœpe inspersimus vitas Patrum, splendidiora Martyrum acta, religiosam Historiam, quœ et erudirent pariter et oblectarent. Atque hœc de religione.
Grammatica studia enarrare quid allinet?
M quidem maxime curavimus, ut Latini pariter patriique sermonis proprietatem priruum, tum etiam elegantiam nosset. Hujus disciplina taedia temperavimus demonstratautilitate,rerumqueacverborum,quoad ierebat œtas, cogitatione conjuncta.
His perfectum est, ut vel puer, oplimos latinitatis auctores prompte intelligeret, nrcanos etiam sensus rimaretur, vixque hœreret unquam ubi animum intendisset :
ex iis, prœserlim ex poetis, jucundissima quœque et utilissima memoriœ eommendata porsœpe recitaret, atque occasione
choses en ce livre qui passaient son âge, et beaucoup même qui passaient l'esprit humain; qu'elles y étaient pour abattre l'orgueil des hommes et pour exercer leur foi; qu'il n'était pas permis en chose si haute de croire à son sens, mais qu'il fallait tout expliquer selon la tradition ancienne et les décrets de l'Eglise; que tous les novateurs se perdaient infailliblement; et que tous ceux qui s'écartaient de cette règle n'avaient qu'une piété fausse et pleine de fard.
Après avoir lu plusieurs fois l'Evangile, nous avons lu les histoires du Vieux Testament, et principalement celle des Rois : où nous remarquions que c'est sur les rois que Dieu exerce ses plus terribles vengeances, que plus le faîte des honneurs, où Dieu même les élève en leur donnant la souveraine puissance, est haut, plus leur sujétion devient grande à son égard; et qu'il se plaît à les faire servir d'exemple, du peu que peuvent les hommes, quand le secours d'en haut leur manque.
Quant aux Epîtres des apôtres , nous en avons choisi les endroits qui servent à former les mœurs chrétiennes. Nous lui avons aussi fait voir, dans les Prophètes, avec, quelle autorité et quelle majesté Dieu parle aux rois superbes : comment d'un souffle il dissipe les armées, renverse les empires et réduit les vainqueurs au sort des vaincus, en les faisant périr comme eux. Lorsque nous trouvions dans l'Evangile les prophéties qui regardent Jésus-Christ, nous prenions soin de montrer au prince, dans les Prophètes mômes, les lieux d'où elles étaient tirées. Il admirait ce rapport de l'Ancien et du Nouveau Testament: l'accomplissement de ces prophéties nous servait de preuve certaine pour établir ce qui regarde le siècle à venir. Nous montrions que Dieu, toujours véritable, qui avait accompli a nos yeux tant de grandes choses prédites de si loin, n'accomplirait pas moins fidèlement tout ce qu'il nous faisait encore attendre* de sorte qu'il n'y avait rien de plus assuré que les biens qu'il nous promettait et les maux dont il nous menaçait après cette vie. A cette lecture nous avons souvent mêlé les Vies des Saints, les actes les plus illustres des martyrs et l'Histoire religieuse, atin de divertir le prince en l'instruisant. Voilà ce qui regarde la religion.
Nous ne nous arrêterons pas à parler de l'étude de la grammaire. Notre principal soin a été de lui faire connaître premièrement la propriété, et ensuite l'élégance de la langue latine et de la langue française. Pour adoucir l'ennui de cette étude, nous lui en faisions voir l'utilité; et autant que son âge le permettait, nous joignions à l'é-
tude des mots la connaissance des choses. Par ce moyen i) est arrivé que tout jeune il entendait fort aisément les meilleurs auteurs latins: il en cherchait même les sens les plus cachés ; et à peine y hésitait-il dès qu'il y voulait un peu penser. H apprenait par cœur les plus agréables et les plus utiles endroits de ces auteurs, et surtout des
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dnla, rébus ipsis quœ inciderenl, aple ne eommodaret.
ICiï
la his vero auctoribus pcrlcgendis nunquam nb instituto nostro discessimus, quo pietatem simul inoruuique doctrinam, ac civileni prudentiam traderemus. Genlilis theologiao religionisque fabulas, et infanda mysteria, documento esse quam alla caligine persese boulines mersi degerent : politissimas, quasque gentes, ac civilis sapientiœ consultissiinas,i€!gy|itios, Grœcos, Romatios, easdeui in summa rerum divinarum ignoratione versalas, absurdissima portenta coluisse ; neque ex his unquam iiisi Clirislo duce eniersisse : hinc veram religionet-n, divinœ gratiœ totam esse tribuendam.
Neque eo secius gentiles pure sancteque qunad res sineret, sua sacra habuisse ratos, his ruaxime stare rempublicani : multa quoque moruui, multa justitiœ exempta praebuisse, quibus premi Chrislianos, si nec a Deo docti virtuteni relinuissent. Heec quidem plerumque non prœeipientium specie, sed familiariter monebamus, quœ semel animo hausta, sœpe ipse Delphinus sponte ruemorabat : meminimusque, laudato Alexandro, qui adversus Persas communem Grœeiœ causaui tanto animo susce])isset, ultro advertisse, quam longe esset gloriosius principi chrisliano, communem Christianitatis hostem, ifisius jam cervicibus imminentem, propulsare ac debellare.
^Equum autem duxinius, auctorum opéra non minutatim incisa, hoc est non unum aut alterum, Mneidos puta aut Cœsaris librum, a reliquis avulsum et abruplum, sed integrum opus continenter, et quasi uno spiritu légère : ut princeps paulatim assuesceret, non singula quœque, sed ipsam rerum seriem aique operis summam intueri : cum nec singulis sua lux aut pulchritudo constet, nisi universi operis, velut œdificii, rationem atque ideam animo informaris.
In poetis, Virgilio maxime ac Terentio est delectatus : in historicis, Sallustio ac Caesare. Hune vero egregium et scribendi et agendi magistrum vehementer admirari :
belli administrandi ducem adhibere; nos cum summo imperatore iter agere, castra
poêles; il les récitait souvent, et dans lej occasions il les appliquait à propos aux sujets qui se présentaient.
En lisant ces auteurs, nous ne nous sommes jamais écarté de notre principal dessein, qui était de faire servirtoutessps études à lui acquérir tout ensemble la piété, la connaissance des mœurs et celle de la politique. Nous lui faisions connaître, par les mystères abominables des gentils, et par les fables de leur théologie, les profondes ténèbres où les hommes demeuraient plongés en suivant huis propres lumières. Il voyait que les nations les plus polies et les plus habiles en tout ce qui regarde la vie civile, comme les Egyptiens, les Grecs et les Homains, étaient dans une si profonde ignorance des choses divines, quelles adoraient les plus monstrueuses créatures de la nature, et qu'elles ne se sont retirées de cet abîme que depuis que Jésus-Christ a commencé de les conduire: d'où il lui était aisé de conclure que la véritable religion était un don de la grâce. Nous lui faisions aussi remarquer que les gentils, bien qu'ils se trompassent dans la leur, avaient néanmoins un profond respect pour les choses qu'ils estimaient sacrées; persuadés qu'ils étaient que la religion était le soutien des Etats. Les exemples de modération cf de justice que nous trouvions dans leurs histoires nous servaient à confondre tout Chrétien qui n'aurait pas le courage de pratiquer la vertu, après que Dieu même nous l'a apprise. Au reste, nous faisions le plus souvent ces observations, non comme des leçons, mais comme des entretiens familiers: et cela les faisait entrer plus agréablement dans son esprit : de sorte qu'il faisait souvent de lui-même de semblables réflexions. Et je me souviens qu'ayant un jour loué Alexandre, d'avoir entrepris avec tant de courage la défense de toute la Grèce contre les Perses, le prince ne manqua pas de remarquer qu'il serait bien plus glorieux à uh prince chrétien de repousser et d'abattre l'ennemi commun de la chrétienté, qui la menace et la presse de toutes paris.
Nous n'avons pas jugé à propos de lui faire lire les ouvrages des auteurs par parcelles, c'est-à-dire de prendre un livre de Y Enéide par exemple, ou de César, .séparé des autres. Nous lui avons fait lire chaque ouvrage entier, de suite, et comme tout d'une haleine, afin qu'il s'accoutumât peu à peu, non à considérer chaque chose en particulier, mais à découvrir tout d'une vue le but principal d'un ouvrage et l'enchaînement de toutes ses parties : étant certain que chaque endroit ne s'entend jamais clairement, et ne paraît avec toute sa beauté, qu à celui qui a regardé tout l'ouvrage comme on regarde un édifice, et en a pris tout le dessein et toute l'idée.
Entre les poêles, ceux qui ont plu davantage à Mgr le Dauphin sont Virgile et Térem e ; et entre les historiens, c'a été SallmsteetCesar.il admirait le dernier, comme un excellent maître pour faire de grandes choses, et pour les écrire. Il le regardait
M-, OEUVRES COMPLE
designare, aciem inslruere, inire atque expedire consilia, laudare, coercere militem, opère exercere, spe erigere, promptum et alacrem habere, fortem et abstinentem exercilum agere ; hune disciplina-; socios fide ac tutela in oflicio retinere ; locis atque hostibus universam belli aceommodare rationem cunctari interdum, urgere sœpius, ipsaque celeritate non consilia hostibus, non fugaui relinquere ; victis parcere, comprimere rebellantes, debellatas génies œquitate acprudentia eoniponere : his lenire simul et confirmare victoriam.
Quid memorem, ut in Terentio suaviter atque utiliter luserit : quantaque se hic rerura humanaruui exempta praebueriut, intuenti fallaces voluptaturu ac muliercularuui illecebras, adolescentulorum impotentes et cœcos impetus; lubricam eetatem servorum ministeriis atque ailulatione per dévia prœcipitatam, tum suis exagitatam erroribus, atque anioribus cruciatam, nec nisi miraculo expeditam, vix tandem conquiescentem ubi ad ofïïciuuj redierit. Hic morum, hic œtatum, hic cupidilatum naturam a summo artifice expressam; ad hase personarum forma m ac lineauienta, verosque sermones, denique venustum illud ac decens, quo artis opéra commendetur. Neque intérim jucundissimo poetœ, si quœ licenlius scripserit, parcimus : sed e nostris plurimos intemperantius quoque lusisse, mirati, horum lasciviam exitiosam moribus, severis imperiis coercemus.
In immensum creverit opus, si exponere aggredimur quœ in quoque auctore nolala, prœsertim in Cicérone, quem jocanlem, philosophantem, perorantem audivimus.
Geographiam interea, ludendo et quasi peregrinando transgressimus : nune secundo delapsi flumine, nunc oras maritimaslegentes, inox in altum pelagus invecti aut medilerranea pénétrantes, urbes ac portus, non tamen festinatis itineribus neque incuriosi hospiles peràgramus; sed omnia lustramus, mores inquirimus, maxime inGallia; divergissinios populos, bellicosissimam gentem,
IES DE BOSSliET.
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comme un homme de qui il fallait apprendre àfaire la guerre. Nous suivions ce grand capitaine dans toutes ses marches, nous lui voyions faire ses campements, mettre ses troupes en bataille, former et exécuter ses desseins, louer et. châtier à propos les soldats, les exercer au travail, leur élever le cœur par l'espérance, les tenir toujours en haleine; conduire une puissante armée sans endommager le pays, retenir dans le devoir ses troupes par la discipline, et ses alliés par la foi et la protection ; changer sa manière selon les lieux où il faisait la guerre, et selon les ennemis qu'il avait en tête ; aller quelquefois lentement, mais user le plus souvent d'unesi grande diligence que l'ennemi, surpris et serré de près, n'ait ni le temps de délibérer ni celui de fuir; pardonner aux vaincus, abattre les rebelles, gouverner avec adresse les peuples subjugués, et leur faire ainsi trouver sa victoire douce pour la mieux assurer.
On ne peut dire combien il s'est diverti agréablement et utilement dans Téretice, et combien de vives images de la vie humaine lui ont passé devant les yeux en le lisant. Il a vu les trompeuses amorces de la volupté et des femmes, les aveugles emportements d'une jeunesse que la flatterie et les intrigues d'un valet ont engagée dans un pas difficile et glissant ; qui ne sait que devenir, (jue l'amour tourmente, qui ne soit de peine que par une espèce de miracle, et qui ne trouve le repos qu'en retournant à son devoir. Là le prince remarquait les mœurs et le caractère de chaque âge et de chaque passion exprimé par cet admirable ouvrier, avec tous les traits convenables à chaque personnage, des sentiments naturels, et enfin avec cette grâce et cette bienséance que demandent ces sortes d'ouvrages. Nous ne pardonnions pourtant rien à ce poêle si divertissant, et nous reprenions les endroits où il a écrit trop licencieusement. Mais en même temps nous nous étonnions que plusieurs de nos auteurs eussent écrit pour le théâtre avec beaucoup moins de retenue, et condamnions une façon d'écrire si déshonnêle , comme pernicieuse aux bonnes mœurs.
il faudrait faire un gros volume pour rapporter toutes les remarques que nous avons faites sur chaque auteur, et principalement sur Cicéron, que nous avons admiré dans ses discours de philosophie, dans ses oraisons, et même lorsqu'il raillait librement et agréablement avec ses amis.
Parmi tout cela, nous voyions la géographie en jouant et comme en faisant voyage, tantôt en suivant le courant des fleuves, tantôt rasant les côtes de la mer, et allant terre à terre ; puis tout d'un coup cinglant en haute mer, nous traversions ensuite dans les terres, nous voyions les ports et les villes, non en les courant comme feraient des voyageurs sans curiosité, mais examinant tout, recherchant les mœurs, surtout celles de la France, et nous arrêtait dans les plus fameuses villes pour connaître les humeurs
PART. IX. THEOL. CATECIIET ET PEDAG. - II. DE INSTITUTIONE DELPHIM.
sœpe et ruobilem, populosissimas urbcs : taolara iraperii molciu su rama arlo regenilain cl continendaro.
Porro hîstoriam, humana? vitra cuagislram ac civilis prudeiiliœ ducem, sumroa diligenlia tradidimus : scd prsecipuam in eo opei-.iiii collocaviraus, ut Francicara maxime, hoc est mi.iiii, leneret. Nec libros taraen operose evolvendos puero dedimus (quanquam et nonnulla ex vernaculis auctoribus, Comineo preesertim ac Belle»), legenda decerpsiraus ) : sed nos ipsi, ex fontdms ac probatissirais quihusque scriptoribus ea srlegimus quœ ad rerum sériera animo compleclendam maxime pertinerent. Ea nos principi viva voce narrare, quantum ipse raenioria facile retineret; mox eadem recitanda reposcere : is postea Gallico sermone pauca conscribere, inox in latinum vertere; iil Ihematis loco esse ; nos utraque pari diligenlia eraendare : uliimo hebdomadis die, quœ per totaiu scripta essent, uno tenore relegere : in libros dividere, libros i[isos ileruiu itcrnmque rev.olvere.
Hinc assiduitate scribendi factura est, ut historia nostra principis manu styloque Gallice simul et Latine confecla, ad poslreuia jam régna devenerit : et Latina quidem, ex quo ea lingua salis principi nota, omisiums; reliquam historiam G al lice codera studio persequimur. Sic autem egimus, ut cura prineipis judicio nostra quoque historia cresceret : ac tempora quidem anliqua strictius, nostris proxiniaexplicatius traderemus; non taraen minuta quaeque et curiosa sectati, sed mores gentis bonos pravosque, majorum instituta, legesque prœcipuas; rerum conversiones, earumque causas ; arcana consiliorum, inopinatos eventus, quibus aniraus assuefaciendus esset, atque ad omnia componendus ; regum errata ac secutas calamitates; ipsorum jam inde a Clodoveo per lanta spatia teraporum inconoussam Qdem, atque in tuenda catholica religione constantiam; huic conjunctam Sedis apostolices observantiam singularem, ea eniiu maxime gloriatos : hinc regnum ipsum a tôt sœculis ûrraura constitisse : postquam suborlae hae-
reses, uhique turbidos insanosque motus,
OEuvres COMPT.. DE B0S*tBT. VIII.
opposées de lanl de divers peuples qui composent cette nation belliqueuse et remuante: ce qui, jointe la vaste étendue d'an royaume
si peuplé, faisait voir qu'il ne pouvait être conduit qu'avec une profonde sagesse.
Enfin nous lui avons enseigné l'histoire. Et eorame c'est la maîtresse de la mu humaine et de la politique, nous l'avons fait avec une grande exactitude : mais nous avons principalement eu soin de lui apprendre celle de la France, qui est la sienne. Nous ne lui avons pas néamoins donné la peine de feuilleter les livres; et, à la réserve de quelques auteurs de la nation, comme Philippe de Comines et du Bellay, dont nous lui avons fait lire les plus beaux endroits, nous avons été nous-même dans les sources, et nous avons tiré des auteurs les plus approuvés ce qui pouvait le plus servir a lui faire comprendre la suite des affaires. Nous en récitions de vive voix autant qu'il en pouvait facilement retenir, nous le lui faisions répéter, il l'écrivait en français, et puis il le mettait en latin ; cela lui servait de thème, et nous corrigions aussi soigneusement son français que son latin. Le samedi il relisait tout d'une suite ce qu'il avait composé durant la semaine ; et l'ouvrage croissant, nous l'avons divisé par livres, que nous lui faisions relire très-souvent.
L'assiduité avec laquelle il a continué ce travail l'a menéjusqu'aux derniers règnes : si bien que nous avons presque toute nolrn histoire en latin et en français, du style et de la main de ce prince. Depuis quelquetemps, comme nous avons vu qu'il savait assez de latin, nous l'avons fait cesser d'écrire l'histoire en cette langue. Nous la continuons en français avec le même soin, et nous l'avons disposée de sorte qu'elle s'étendit à proportion que l'esprit du prince s'ouvrait et que nous voyions son jugement se former, en récitant fort en abrégé ce qui regarde les premiers temps, et beaucoup plus exactement ce qui s'approche des nôtres. Nous ne descendons pas néanmoins dans un trop grand détail des petites choses, et nous ne nous amusons pas à rechercher celles qui ne sont que de curiosité : mais nous remarquons les mœurs de la nation bonnes et mauvaises, les coutumes anciennes, les lois fondamentales, les grands changements et leurs causes, le secret des conseils, les événements inespérés, pour y accoutumer l'esprit et le préparer à tout ; les fautes des rois et les calamités qui les ont suivies, la foi qu'ils ont conservée pendant ce grand espace de temps qui s'est passé depuis Clovis jusqu'à nous ; cette constance à défendre la religion catholique, et tout ensemble le profond respect qu'ils ont toujours eu pour le Saint-Siège, dont ils ont tenu à gloire d'être le» enfants les plus soumis; que c'a été cet attachement inviolable à la religion et à l'Eglise qui a fat subsister le royaume depuis tant de siècles. Ce qu'il nous était aisé de faire voir par les épouvantables mouvements que l'hérésie a
,7, ai VUES C031PLETES DE BOSSUE! .
amuinutam regnm majeslatem, se florenfissimuro imperium tantum non accisum, n^c pristinas vires nisi perculsa demum frai laque bœresi récépissé.
Ut autem principi, ex ipsa hisloria, rerum agendarum eonsiaret ratio; in iis exponendis, periculorum stalu constituto, velut inita deliberationc, solemus omnia momenta perpendere, ab coque exquirere quid deinde dceerneret; tura éventas exsequimur, peccata nolamus, reele facta laudamus; atque experientia duce, certain consiliorum capiendorum expediendorumque raiionem stabili mus.
Caelerum, cum ex uni versa regum nostroruni historia, vit», morumque exempla sumamus, tum sanctum Ludovicum unum proponimus, absolutissimi régis exemplar. Eum non modo sançlitatis gtoria, quod nemr> nescit, sed laude etiam militari, i'ortiludine, constantia, œquilate, magnilicentia, civili prudentia prœstilisse , retei tis gestorum consiliorumque fonlibus, demons'tramtis.
Mine glonam Erancica? dormis, atque id augiu-tissimaeiamilue summo decori exstitisse : quod quo auctore prognaia sit, eo, exemplo inorum, regiarumque artium magistro, ac certissimo apud Deum deprecatore uterelur.
Secundum eum, res Ludovici Magni, vivamque eam quam oculis intueraur historiara : rempublicam optimis legibus eonstitutam ; œrarii rationes ordinatas; revelata traudium latibula : militarem disciplinam pari prudentia atque auctoritate firmatam; annonœ cocnparandœ, obsidendarum urbiurn, regendorum exercituum, novas 8rtes, invictos ducum ac mililum onimos; nec tantum impetum, sed robur atque constantiam, gentique intixum, sub tanto rege omnia pervincenda ; regem ipsum magni instar exercitus : bine: consilioruai viffi et cohœrentiara, atque occulta molimina, non nisi stupendis reruiu eventibuseruptura, elusos hoslesacterritos; socios summa fuie constantiaque defensos; parta jam tutaque Victoria, sequis conditior.ibus iJalam pacem ; denique, incredibile studium tuendte atque amplificandœ religionis, et parentis maximi ad optlraa qua?que capesserida conatus, obsequen'.issimo fil io commendamus.
Phi'osopliica ita tfcstriWraus, ut quae fixa
causés dans tout le corps de 1 Etat, en affaiblissant la puissance et la majesté royale, et en réduisant presque à la dernière extrémité un royaume si florissant, sans qu'il ait pu reprendre sa première force, qu'en abattant l'hérésie.
Mais alin (pie le prince apprît de l'histoire la manière de conduire les affaires, nous avons coutume, dans les endroits où elles paraissent en péril, d'en exposer l'état et d'en examiner toutes les circonstances, joui délibérer, comme on ferait dans un conseil, ce qu'il y aurait à faire en ces occasions : nous lui'dcmandons son avis; et quand il s'est expliqué, nous poursuivons le récit pour lui apprendre les événements. Nous marquons les fautes, nous louons ce qui a été bien fait : et, conduit par l'expérience, nous établissons la manière de former les desseins et de les exécuter.
Au reste, si nous prenons de toute l'histoire de nos rois des exemples pour la vis et pour les mœurs, nous ne proposons que le seul saint Louis, comme le modèle d on toi parfait. Personne ne lui conteste la gloire île la sainteté; mais après l'avoir fait parai • tre vaillant, ferme, juste, magnifique, grand dans la paix et dans la guerre, nous montrons, en découvrant les motifs de ses actions et de ses desseins, qu'il a été très-habile dans le gouvernement des affaires. C'est de lui que nous tirons la plus grande gloire de l'auguste maison de France, dont le principal honneur e>t de trouver tout ensemble dans celui à qui elle doit son origine, un parfait modèle pour les mœurs, un excellent maître pour leur apprendre à régner, et un intercesseur assuré auprès de Dieu.
Après saint Louis, nous proposons les actions de Louis le Grand, et celte histoire vivante qui se passe à nos yeux : l'Etat affermi par de bonnes lois, les finances bien ordonnées, toutes les fraudes qu'on y faisait découvertes, la discipline militaire établie avec autant de prudence que d'autorité; ces magasins ces nouveaux movens d'assiéger les places et de conduire les armées en toutes saisons; !e courage invincible des chefs et des soldats; l'impétuosité naturelle de la nation soutenue d'une fermeté et d'une confiance extraordinaires, cette ferme croyance qu'ont tous les Français que rien ne leur est impossible sous un si grand roi; et enfin le roi même qui vaut tout seul une grande armée, Ja force, la suite, le secret impénétrable de ses conseils, et ces ressorts cachés dont l'artifice ne se découvre que par les effets qui surprennent toujours; les ennemis confus et dans l'épouvante; les alliés fidèlement défendus; la paix donnée à l'Europe à des conditions équitables après une victoire assurée. Enfin, cet incroyable attachement à défendre la religion ; celte envie de l'accroître, et ces efforts continuels de parvenu* à tout ce qu'il y a de plus grand et de meilleur. Voilà ce que nous remarquons dans le père, et ce que nous recommandons au tils d'imiter de tout son pouvoir.
Pour les choses qui regardent la philos©-
17-, PART. IX. THEO!» CATECHET. b.T PEDAU. - "• DE IN .TITUTIONE DELPIIIN1. V,
esscnt, vilœque liunianœ utilia, serio ccrtisque rationibus formata iraderemus, quœ opinionibus dissensionihusque jactala historiée-referre m us; œquom ac benevolum ulrique parli principes prfi&stituri, ac forruaturi regendis rébus, iiatum, non ad liligandum, sed ad judicandum.
Cuiu autem intelligeremus, oo philosophiam maxime contineri, utauimum primum ad sese revecatum, hinc quasi firmatogradu, ad Deum erigeret, ab eo initip exorsi sumus; eam en ira veram esse- philosophiam, maximeque parabilem, qua scilicel bomo ipse, non lectione librorutn ac philosophoruiu placitis operosê colloctis, aut expérimentes longe conquisitis, sed ipsa sui experientia nixus, ad auctoreui suum se deinde convuleret. Hujus pulchemniœ utilissimœque philosophie jani inde a primis annis seminajeciraus; omnique industria enisi sumus uli puer quam maxime aiiimuin a corpore cecerneret, hoc est eam partem quœ imperaret ab ea quœ serviret, tum, sub mentis corpori imperantis imagine, Deum orbî universo, ipsique adeo menti, imperantem agnosceret. Adultiore vero œlate, cura tempus admoneret jam via ac ratione tradendam esse philosophiam, memores Dominici prœcepti : Allendite vobis (Luc. xxi, 34) ; Davidicœque sentenliœ : Mirabilis fada est scienlia tua ex me (Psal. cxxxvm, 6) ; tractatum instituimus de cognitione Dei et sui : quo structurera corporis, animique naturamfex bis maxime quœ in se quisque exj eritur, exponimus : idque oranino agiraus, ut cura homo sibi sit prœsentissimus, tura sibi in omnibus prœsentissimum contempletur Deum sine quo illi nec motus, nec spiritus, nec vitn, nec ratio conslet, juxta illam sententiam maxime philosophicamApostoli, Athenis, hoc est, in ipsa philosophiœ arce disputantis : Non longe est ab unoquoque noslrum, in ipso enim vivimus, et mOvemur, et sumus (Act. xvii, 27, 28); et iterum : Cum ipse det omnibus vitam, et inspirationem, et omnia. (Ibid., 25.) Quœ cura Apostolus ut philosophiœ nota assumât ad ulleriora animos provecturus, nos illum a natura humanis ingeneratnm mentibus divinitatis sensum ex ipsa nostri cognitione el ici end ma excitandumque suscepimus , certisqiic argnmcniis effecimus,
plue, nous les avons distribuées, de sorti', ipie celles qui sont horB de doute et iihli - i la vie, lui puissent être montrées sérieusement, et dans toute la certitude de leurs principes. Pour celles qui ne sont que d'opinion, et dont on dispute, nous nous sommes contenté do les lui rapporter historiquement, jugeant qu'il était de sa dignité d'écouter les deux parties, et d'en protéger également les défenseurs, SflflS entrer dans leurs querelles; que celui qui est né pour le commandement, doit apprendre à juger, et non à disputer.
Mais après avoir considéré que la philosophie consiste principalement a rappeler l'esprit à soi-même, pour s'élever ensuite comme par un degré sûr jusqu'à Dieu, nous avons commencé par là, comme par la recherche la plus aisée, aussi bien que la plus solide et la plus utile qu'on se puisse proposer. Car ici, pour devenir parfait philosophe, l'homme n'a besoin d'étudier autre chose que lui-même; et, sans feuilleter tant de livres, sans faire de pénibles recueils de ce qu'ont dit les philosophes, ni aller chercher bien loin des expériences, en remarquant seulement ce qu'il trouve en lui, il reconnaît par là l'auteur de son être. Aussi, avions-nous, dès les premières années, jeté les semences d'une si belle et si utile philosophie, et nous avions employé toute sorte de moyens pour faire que le prince sût dès lors discerner l'esprit d'avec le corps, c'està-dire, cette partie qui commande en nous, de celle qui obéit, atin que l'ûme, commandant au corps, lui représentât Dieu commandant au monde entier et à l'âme môme. Mais lorsque, le voyant plus avancé en âge, nous avons cru qu'il était temps de lui enseigner méthodiquement la philosophie, nous en avons formé le plan sur ce précepte de l'Evangile : Considérez-vous attentivement vousmêmes (Luc. xxi, 34); et sur celle parole de David : O Seigneur! fui tiré de moi une merveilleuse connaissance de ce que vous êtes. (Psol. cxxxvm, 6.) Appuyé sur ces deux passages, nous avons fait un traité de la connaissance de Dieu et de soi-même, où nous expliquons la slructure du C"rps et la nature de l'esprit, par les choses que chacun expérimente en soi; et faisons voir qu'un homme qui sait se rendre présent à luimême, trouve Dieu plus présent que toule autre chose, puisque sans lui il n'aurait ni mouvement, ni esprit, ni vie, ni raison, selon celte parole vraiment philosophique de l'Apôtre prêchant à Athènes, c'est-à-dire, dans le lieu où la philosophie était comme dans son fort : Il n'est pas loin de chacun de nous, puisque c'est en lui que nous vivons, que nous sommes mus et que nous sommes (Act. xvu, 27. 28) ; et encore : puisqu'il nous donne à tous la rie, la respiration et toutes choses (Ibid. ,26). A l'exemple de saint Paul, qui se sert de cette vérité comme connue aux philosophes, pour les mener plus loin, nous avons entrepris d'exciter en nous, par la seule considération de nous-mêrues, ce sentiment de la Divinité que la nature a mis dans nos âmes en les formant, de sorte qui!
173 OEUVRES COMPLETES Dlï UOsSl KT.
ut nui se belluis niliil pr»st«re vellent, mortalium omnium vanissiiui pariter ac turpissinii, neenon nequissimi judicarentur.
Quid plura? hinc dialeeticara moralemque philosopliiam adornavimus, excolendis animi quas in nobis experiebaniur, subliuiioribus p8rtibus, intelligendi nhnirum ac voiendi facultate. Ac dialecticam quidem ex riatone et Aristotele, non ad umbratilem verborum pugnam , sed ad judicium ratione formandum : eam maxime partera oratione coroplexi quee topica argumenta rébus gerendis apta componeret, caque per se>e invalida, alia aliis neclendo, firmaret. Quo demum ex fonte rhetoricam exsurgerejussitnus, quœ midis argumentis, quasi ossibus nervisque, a dialectica compactis, et cariera et spiiitum, et motuni inderel ; eamque adeo non stridulam et canoram, non lumidara el evanidam, sed sanam vigentemque fecimus; neque fuco depinximus, sed verura eolorem nitoremque dedimus ex ipsa verilale elUorcscenlem. Eo sane selecta Aristotelis , Ciceronis , Quintiliani aliorumque prœcepta contuiimus ; sed exemplis magis quam prœeeptis egimus : solebamusque orationes quœ maxime afficerent, percelleientque animum, sublatis lîguris, ornamentisque verborom, quasi detracta cute, ad illam, quam modo diximus, ossium nervo- ; unique compagem, hoc. est ad simplicia nudaque argumenta rédiger?, ut quid logica prœstaret, quid rhetorica adderet, quasi oculis cerneretur.
Moralem verô doctrinnm non alio ex fonte quam ex Scriptura, Chrislianœque religionis decretis , repelendam ostendimus : neque committendum, ut qui pleno tlumitie irrigari possit, turbidos rivulos consectetur. Neque eo secius Aristotelis moralia persecuti sumus, quibus adjunximus Soeratica illa mira et pro tempore sublimia dogmata, quœ et lideiu nb incredulis, et ah obduratis ruborem exprimeient. Intérim docebamus quid in borum decretis Christiana philosophie reprehenderit , quid addiderit ; probaia vero, qua auctorilate lirmarit, qua doctrine illustraveul philosnphuaca gravilatem tantœ sapientiœ comparatam, meram esse infantiam confiteri 0| orteret.
Neque abs re duximus ex Romanis legibus ■ihqiud delibare : quid jus ipsum et quotuijlex, quœ condilio personarum, quœ reium
paraisse clairement que ceux qui ne veulent point reconnaître ce qu'ils ont au-dessus des bêles, sont tout ensemble les plus aveugles, les plus méchants et les plus impertinente de tous les hommes.
De là nous avons passé à la logique et à la morale, pour cultiver ces deux principales parties que nous avions remarquées en notre esprit, c'est-à-dire la faculté d'entendre, et celle de vouloir. Pour la logique, nous l'avons tirée de Platon et d'Aristole, non pour la faire servir à de vaines disputes de mots, mais pour former le jugement par un raisonnement solide, nous arrêtant principalement à celle partie qui sert à trouver les arguments probables, parce que ce sont ceux que l'on emploie dans les affaires. Nous avons expliqué comment il les faut lier les uns aux autres; de sorte que, tout faibles qu'ils sont chacun à part, ils deviennent invincibles par cette liaison. De celte source nous avons tiré la rhétorique, pour donner aux arguments nus, que la dialectique avait assemblés, comme des os et des nerfs, de la chair, de l'esprit et du mouvement. Ainsi nous n'en avons pas fait une discoureuse, dont les paroles n'ont que du son ; nous ne î'avons pas faite enflée et vide de choses; mais saine et vigoureuse ; nous ne l'avons point fardée, mais nous lui avons donné un ton naturel et une vive couleur : en sorte qu'elle n'eût d'éclat que celui qui sort de la vérité même. Pour cela nous avons tiré d'Aristote, de Cicéron, de Quint il ien et des autres les meilleurs préceptes; mais nous nous sommes beaucoup plus servi d'exemples que de préceptes , et nous avions coutume , en lisant les discours qui nous émouvaii-nt le plus, d'en ôler les ligures et les autres ornements de paroles, qui en sont comme la chair et la peau : de sorte que, n'y laissai. t que cet assemblage d'os et de nerfs dont nous venons de parler, c'est à-dire les seuls arguments, il était aisé de voir ce que la logique faisait dans ces ouvrages, et ce que la rhétorique y ajoutait.
Pour la doctrine des mœurs, nous avons cru qu'elle ne se devait pas tirer d'une autre source que d'e l'Ecriture et des maximes de l'Evangile, et qu'il ne fallait pas, quand on peut puiser au milieu d'un fleuve, aller chercher des ruisseaux bourbeux. Nous n'avons pas néanmoins laissé d'expliquer la morale d'Aristole, à quoi nous avons ajouté celte doctrine admirable de Socrate, vraiment sublime pour son temps, qui peut strvir n donner de la foi aux incrédules et à faire rougr les plus endurcis. Nous marquions en même temps ce que la philosophie chrélienne y condamnait, ce qu'elle y approuvait ; avec quelle autorité elle en continuait les dogmes véritables, et combien eile s'élevait au-dessus; en sorte qu'on fût obligé d'avouer que la philosophie, toute gra\e qu'elle paraît, comparée à la sagesse de l'Evangile, n'était qu'une pure enfance.
Nous avons cru qu'il serait Ion de donner au prince quelque teinture des lois romaines ; en lui faisant voir, par exemple , ce
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rlivisiones, qurc ratio conlracluum, quœ lestarnentorum hœreditatumgue; magisrratuo-m quoque poteslatem, judicioruiiique auctoritdicni : alia ejusraodi quibus vitro civilis i rincipia continentur.
Melaphysicam sanè quœ in anlediclis maxime versai ur, commemorare non vacat.
Physica bene multa in explicando corpore liuniano tradidimus : cœlera ex ooslro instilulo historiée polius quam dogmalice, Arislolelis placilis minime prœtermissis. Expérimenta vero rcrum naturalium sic exhibera fecimus, ut in his prinecps, ludo suavissimo atque utilissimo, humanœ mentis industriam, prœclaraque aiiiuin inventa, quibus naturaiu et relegerent, et ornarent, interdum adjuvarent ; ipsam denique naturae artcm , imo summi Opificis et patentissimam, etoccultissimam providenliam miraretur.
Mathematicas disciplinas, argumeutandi magistras, ab optiino dor.tore accepil ; ncc tantùm, ut fit, munire et oppugnare urbes, metari castra; ipse industriâ manu munimenta describere, aciem instruere, eireumducere, sed etiam machinarum construen- (larum artem , liquidorum solidorumque librationes, varia mundi systcmata, atque Euclidis Elementa, primos certe libros, tain prompto animo liausit, ut spec'antibus miraeulo essel.
Haee quidem omnia suo ordine locoque sensim inslillata : ac praecipua cura fuit, uti adtemperate omnia prœberenlur,quo facilius iucoquerentur, et coalescereut.
Nune prope jam confecto cursu , tria in primis prsestanda suscepimus.
Historiam universam, antiquam novamque : illam ab origine mundi ad Carolum Magnum, atque eversum anliquum Romanum imperium; banc, ab condito novo pcr Francos imperio, ordinatam ; jamque anlè perleclam ita revolvimus, ut et perpeluam retigionis seriem, et imj eriorum vices, earunique causas ex alto repetitas, liquidé deluonslremas. Et quidem religionem, utri.usçue testamenti consertis inter se eoaptatispie mysteriis, semper immotam, ipso œvo .revisse, ac nova antiquis superstrucla vim loburque addidisse : quo pondère vicias prostratasque hs?reses , ipsam veritalem
lAG. - H- LE I.NSTITl TIOM. DII.II1IM. 17°.
que c'est que le droit , de combien de tories il v en avait, la condition des personnes, la division des choses; ce que c'est quelles contrats, les testaments, les successions, la
puissance des magistrats, l'autorité des jugements et les autres principes de la vie civile.
Nous no dirons rien ici de la métaphysique, parce qu'elle est toute répandue dans ce qui précède. Nous avons mêlé beaucoup de physique en expliquant le corps humain; et pour les autres choses qui regardent celte étude, nous les avons traitées selon notre projet, plus historiquement que dogmatiquement. Nous n'avons pas oublié ce qu'en a dit Aristote : et pour l'expérience des choses naturelles, nous avons fait faire devant le prince les plus nécessaires et les plus belles. Il n'y a pas moins trouvé de divertissement que de profit. Elles lui ont fait connaître l'industrie de l'esprit humain, et les belles inventions des arts, soit pour découvrir les secrets de la nature, ou pour l'embellir, ou pour l'aiiler. Mais, ce qui est plus considérable, il y a découvert l'art de la nature môme, ou plutôt la providence de Dieu, qui est à la fois si visible et si cachée.
Les mathématiques, qui servent le plus a la justesse du raisonnement, lui ont été montrées par un excellent maître, qui ne s'est pas contenté, comme c'est l'ordinaire, de lui apprendre à fortifier des places, à les attaquer, à faire des campements; mais qui lui a encore appris à construire des forts, a les dessiner de sa propre main, a mettre une armée en bataille et à la faire marchei Il lui a enseigné les mécaniques, le poids des liquides et des solides, les différents systèmes du monde, et les premiers livres d'Euclide ; ce qu'il a compris avec tant de promptitude, que ceux qui le voyaient en étaient surpris.
Au reste toutes ces choses ne lui ont été enseignées que peu à peu, chacune en son lieu. Et noire soin principal a été qu'on les lui donnât à propos, et chaque chose en soi temps, afin qu'il les digérât plus aisément. et qu'elles se tournassent en nourriture.
Maintenant que le cours de ses études est presque achevé, nous avons cru devoir travailler principalement à trois choses :
Premièrement à une llutoire universelle; qui eût deux parties : dont la première comprît depuis l'origine du monde jusqu'à la chute de l'ancien empire romain, et au couronnement de Charremagne ; et la seconde, depuis ce nouvel empire établi par les Français. Il y avait déjà longtemps que nous l'avions composée, et môme quo nous l'avions fait lire au prince; mais nous la repassons maintenant, et nous y avons ajouté de nouvelles réflexions, qui font entendre toute la suite de la religion et les changements des empires, avec leurs causes profondes que nous reprenons dès leur origine. Dans cet ouvrage on voit paraître la religion toujours ferme et inébranlable, dès le commencement du monde; le rapport des deux. Testaments lui donne celle force; et l'Evauç
cjusque propugnatriceui ac magistram Eccle- Matu , petra scilicet nixam, firmo gradu constitisse : imperia verô ipso œvo i'aliscentia, ac velut mutuis confecla eaerïibus, alterum in alterum corruisse. Illius ergo flrmitudinis, harum ruinaruru causas aperimus. ,Egyptiorum, atque Assyriorum, Persarum, postea Grœcorum, Romanorum , sequentis deinde œvi, nec longo tamen serraone, instituta persequimur : quid unaquaeque gens, et fatale aliis, sibique ipsi pestiferum aluerit, quœque secuturis documenta pra?buerit. Sic rerum humanarum, universœque hisloriœ duplicem fructum capimus : primum, ut religion!, ipsa perennitate, sua auctoritas ac sanctitas constet; tum ut imperiis sponte lapsuris , ex priscis exemplis fulcimenta quœramus : sic sane ut cogilemus ipsis fui timentis innatam rébus hunianis hœrere mortalitatem, spemque ad cœlestia transferendam.
Alterum opus nostruin, institula j>olitica, civileinque prudentiam, ipsosque juris fontes, ex sacra Scripturœ decretis et exemplis reserat : néque lantum, qua pietate tolendus regibus, ac placandus Deus ; qua .vollicitudine ac reverenlia tutanda £cclesias lides, servanda jura , paslores designandi , verum etiam unde ipsa civilitas, quibusque initiis cœtus humani coaluerint , qua arle tractandi aniini , ineunda consilia , bella ndministranda, componenda pas, sanciendœ leges, vindicanda auctoritas, constituenda respubliea. Planumque oninino fit, Scriptulas divinas aliis omnibus libris qui vitam civilem instiluunt, quantum auctoritate, lantum prudentia,ac rerum gerendarum ratione près tare.
Terlium opus nostrum, regni Gallicani peculiaria instituta complectitur : quœ cum aliis imperiis composita et collata. uni versa) reipublicœClirisliana", totiusque adeo Europe désignant Slatum.
His demum perfectis, quoad tempus et industria nostra tulerit , reposcentj régi aruantissimum lilium, ejus jussu ductuque,
atque
bonis omnibus artibus èxornatum
gi!e, qu'on voit s'élever sur les fondements de la loi, montre une solidité qu'on reconnaît aisément être à toute épreuve. On voit la vérité toujours victorieuse, les hérésies renversées, l'Eglise, fondée sur la pierre, les «battre par le seul poids d'une autorité si bien établie, et s'affermir avec le temps; pendant qu'on voit au contraire les empires les plus florissants, non-seulement s'affaiblir par la suite des années , mais encore se défaire mutuellement, et tomber les uns sur les autres. Nous montrons d'où vient, d'un côté, une si ferme consistance; et, de l'autre, un état toujours changeant et dos ruines inévitables. Cette dernière recherche nous a engagé à expliquer en peu de mots les lois et les. coutumes des Egyptiens, des Assyriens et des Perses, celles des Grecs, celles des Romains, et celles des temps suivants; ce que chaque nation a eu dans les siennes qui ait été fatal aux autres et à elle-même, et les exemples que leurs progrès ou leur déea-dence ont donnés aux siècles futurs. Ainsi nous tirons deux fruits de l'Histoire universelle : le premier est de faire voir tout ensemble l'autorité et la sainteté de la religion par sa propre stabilité et par sa durée perpétuelle; le second est que, connaissant ce qui a causé la ruine de chaque einpire, nous pouvons, sur leur exemple, trouver les moyens de soutenir les Etats, si fragiles de leur nature : sans toutefois oublier que ces soutiens mêmes sont sujets à la loi commune de la mortalité qui est attachée aux choses humaines, et qu'il faut porter [il us baut ses espérance;.
Par le second ouvrage nous découvrons les secrets de la politique, les maximes du gouvernement et les sources du droit dans la doctrine et dans les exemples de la sainte Ecriture. On y voit non-seulement avec quelle piété il faut que les rois servent Dieu, ou le fléchissent après l'avoir offensé; avec quel zèle ils sont obligés à défendre la foi de l'Eglise, à maintenir ses droits et à choisir ses pasteurs, mais encore l'origine de la vie civile; comment les hommes ont commencé à former leur société, avec quelle adresse il faut manier les esprits, comment il faut former le dessein de conduire une guerre, ne l'entreprendre pas sans bon sujet, taire une paix, soutenir l'autorité, faire des lois et régler un Etat. Ce qui fait voir clairement que l'Ecriture sainte surpasse autant en prudence qu'en autorité tous les autres livres qui donnent des préceptes pour la vie civile, et qu'on ne voit. en nul autre endroit des maximes aussi sûres pour le gouvernement.
Le troisième ouvrage comprend les lois et les coutumes particulières du royaume de France. En comparant ce royaume avec tous les autres, ou met sous les yeux du prince tout l'état de la chrétienté, et même de toute l'Europe.
Nous achèverons tous ces desseins autant que le temps et notre industpre le pourra permettre. Et quand le roi nous redemandera ce fils si cher, aue nous avons tàibé,
181 PART. IX. TUEOL. C.\ ll.Clll.T ET PEDAG.
perpolitum reddere parati sumus : meliore magistro, ipso scilicel rege, Lpsoquo rerum u<u, ad majora studia promovendum.