CIRCULAIRE ADRESSÉE AUX HABITANTS DU ROYAUME DE CORSE
Il leur explique les motifs de son départ.
[Fin de Vannée \ 844.]
Mes bien-aimés Fils, (je vous appelle mes Fils a cause de l'amour paternel que je nourris pour vous tous au fond du cœur) ; mes bien-aimés Fils , ne vous étonnez pas en apprenant que je me suis embarqué pour la terre ferme , comme si par là j'avais montré peu d'inclination ou de bonne volonté à continuer l'œuvre des missions dans 1 intérêt de vos âmes : cette supposition serait, une infâme calomnie et un véritable mensonge. L'unique motif de mon absence momentanée de la Corse . c'est de me guérir du mal que je me suis occasionné en faisant une chute à
(I) 57e de ledit, ital.
Fiumorbo. De l'avis unanime clés hommes de l'art , je pourrais difficilement travailler pendant l'hiver prochain avec cette vigueur qu'exigent les fonctions du missionnaire, et d'ailleurs l'air de la terre ferme, croit-on , me sera beaucoup plus favorable. Mais aussitôt' que j'aurai repris mes forces, je reparaîtrai au milieu de vous pour consoler toutes les populations qui désirent le bienfait de la mission.
On m'a conseillé de faire la présente circulaire qui est adressée a tous les plébans ; pour être lue au prône , et cela dans le but d'imposer silence aux interprétations malveillantes qui seraient de nature à détruire le bien qui s'est fait jusqu'à ce jour.
Tout en me recommandant aux prières de tous , je vous serre tous sur mon cœur avec le désir de vous revoir, d'abord ici-bas, et surtout là-haut, en Paradis. — Vive Jésus!
A MONSIEUR AUGUSTIN GAVOTTI.
Moyens de réprimer les écarts de quelques prêtres et religieux en Corse.
Du couvent de la Paix [Gènes ... décembre 174 4-.]
Monsieur ,
Que la grâce de l' Esprit-Saint soit avec vous.
Pour vous obéir , je vous exposerai brièvement mon
(1) 54e de l'édit. ital.
sentiment touchant le remède à opposer au mal provenant des prêtres et des religieux dissolus du Royaume.
Qu'on écrive a monsieur le Commissaire d'appeler près de lui les quatre Provinciaux des Ordres existant dans l'île , savoir des Observantins , des Récollets , des Capucins et des Servîtes , et que de la part du Serenissime Gouvernement il les invite a adresser une circulaire aux couvents de chaque province. Dans cette circulaire, ils rappelleraient, en premier lieu, l'induit et le pardon général accordé par le Trône Serenissime a tous les religieux qui , dans le passé , soit en actes, soit en paroles , soit par écrit, ont violé le respect dû au Prince; puis ils énonceraient que si à l'avenir, quelqu'un ose se permettre de pareils écarts , on procédera contre lui avec la dernière rigueur (ils intimeraient ici les châtiments qu'ils jugeraient les plus expédients) ; que si, après les admonitions voulues , il n'y avait pas d'amendement, les Provinciaux en feraient part soit au Commissaire de Bastia , soit au Serenissime Gouvernement à Gènes, afin que le coupable fût exilé à perpétuité du Royaume. Que le Commissaire ajoute même que s'il a connaissance certaine que les Provinciaux ne remplissent pas leur devoir , on écrira a Rome , soit aux Généraux , soit à la sacrée Congrégation , ou même a notre-saint-père le Pape, pour qu'on leur inflige le châtiment qu'ils méritent. Qu'on leur donne l'assurance toutefois qu'on en viendra au châtiment , que pour autant que le délit sera bien constaté. Enfin que les Provinciaux exhortent tous leurs religieux à calmer et a réconcilier les esprits désunis , soit par de pieux discours , soit en invitant le peuple à aimer la paix et a la propager dans tout le royaume.
Si ces circulaires sont rédigées en termes pressants et énergiques, elles feront impression. 11 serait bon qu'elles
dussent passer sous les yeux du Commissaire avant d'être expédiées.
Pour ce qui concerne les prêtres séculiers, que le Commissaire s'entende pareillement avec les Evoques , et que ceux-ci fassent chacun une circulaire qu'ils adresseraient aux plébans de leurs diocèses ; les plébans réuniraient tous les curés et autres ecclésiastiques de leur circonscription , pour leur en donner lecture en commun. Si les évêques ont du zèle , ils en diront beaucoup plus que je ne pourrais en suggérer , mais qu'ils recommandent surtout aux curés d'instruire ces pauvres gens, et après leur avoir enseigné les choses nécessaires, de leur inculquer l'amour de la paix et le respect pour le Prince. Que monsieur le Commissaire fasse entendre d'une manière convenable aux évèques qu'il lui serait agréable de voir ces circulaires , pour en envoyer une copie à Gènes , et qu'ils sachent que s'ils ne châtient pas les prêtres délinquants, la sacrée Congrégation en sera informée, pour que le délit ne reste pas impuni.
Voila une ébauche tracée à la hâte du sentiment que vous désirez connaître; je n'ai pas le temps de lui donner une meilleure forme. Mais intelligenti petuca.
J'ai l'honneur d'être , Monsieur ,
Votre confrère en Jésus-Christ ,
Fr. Léonard, Missionnaire.